Israël et Palestine : la solution à deux États morte et enterrée ?

Israël et Palestine : la solution à deux États morte et enterrée ?

#IsraëlPalestine
- Richard Falk's picture
07 février 2017

Au lieu de traiter la lutte palestinienne comme une cause perdue, le nouveau contexte pourrait renouveler l’attention et les manifestations de solidarité

La conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient du 15 janvier dernier, à laquelle 72 gouvernements ont participé, a réaffirmé qu’une solution à deux États devait être atteinte à travers des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens.

Donald Trump a soutenu énergiquement la vision colonialiste de Netanyahou d’une « solution » israélienne à un seul État

Celle-ci a été décrite comme la seule et unique voie vers la paix. Cette issue, bien que guère inattendue, semble devoir être considérée avant tout comme une expression de futilité géopolitique, une peur de ce que l’avenir réserve et une absence embarrassante d’un quelconque plan B plausible.

Les États-Unis apportent depuis vingt ans un parrainage diplomatique à une diplomatie d’Oslo défaillante qui ne peut être poursuivie dans les circonstances actuelles, même rebaptisée.

Les nouveaux dirigeants à Washington confèrent une autorité accrue à cette évaluation de fin de parcours. Le président Donald Trump a soutenu énergiquement la vision colonialiste de Netanyahou d’une « solution » israélienne à un seul État.

Des promesses vides

Malgré la fanfare, la procédure de Paris a en réalité creusé l’écart entre la rhétorique publique vide des diplomates et les conclusions pessimistes que les décideurs politiques se transmettent en privé.

Cet écart résulte d’une contradiction embarrassante. Le maintien du consensus à deux États reste une approche utile en matière de relations publiques pour montrer que le calvaire palestinien n’est pas oublié et que la communauté internationale est toujours engagée en faveur d’une solution pacifique au conflit.

Cependant, en privé, on reconnaît qu’il n’y a aucun espoir d’intéresser sérieusement les dirigeants israéliens actuels à un processus diplomatique qui pourrait entraîner la création d’un État palestinien. Cela fait qu’il est futile et trompeur sur le plan politique de continuer à insister en faveur de la solution à deux États.



Le président français François Hollande prononce un discours lors de la conférence pour la paix au Proche-Orient, le 15 janvier 2017 à Paris (AFP)

Sur cette base, il semblerait que la conférence de Paris n’ait été rien d’autre qu’un rituel vide, d’aucune aide aux Palestiniens et sans rapport avec le défi de trouver un moyen acceptable de mettre fin au conflit.

Toutefois, malgré la tentation d’adopter un tel point de vue, il demeure encore de bonnes raisons de faire une pause avant de désigner l’initiative française comme un échec total.

Voici ce que nous devrions nous demander : si la conférence de Paris a été aussi peu pertinente, pourquoi a-t-elle attiré la participation de plus de 70 gouvernements, dont celui des États-Unis ? Mais aussi : pourquoi Netanyahou a-t-il pris la peine de dénoncer la conférence de Paris comme « les dernières secousses du monde d’hier » tout en promettant que « le monde de demain sera[it] différent » ?

À LIRE : À Paris, une conférence pour la paix sans la paix

Du point de vue du Premier ministre Benyamin Netanyahou, la plus grande différence entre hier et demain est sans aucun doute Trump. Trump ira-t-il vraiment au bout de sa promesse incendiaire de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ? Comme pour verser un acompte partiel, Trump a désigné David Friedman, un extrémiste pro-colonisation, comme prochain ambassadeur des États-Unis en Israël.

Friedman, un avocat spécialiste des faillites à New York inexpérimenté dans le domaine de la diplomatie, a scandaleusement comparé les membres de J Street, l’ONG sioniste libérale, aux juifs qui ont collaboré avec les kapos nazis dans les camps de la mort génocidaires.

Un tel langage hyperbolique laisse effectivement présager une nouvelle aube rouge qui établit un contraste entre la partisanerie pro-israélienne des années d’Obama et quelque chose d’encore plus inégal, en se débarrassant de toute prétention de sympathie pour le calvaire palestinien ou de l’affirmation connexe selon laquelle la paix finira par être trouvée sur la base d’un compromis politique.

Avec de telles évolutions en tête, il semblerait bien que Netanyahou ait raison de penser que le monde de demain sera différent – mais peut-être pas comme il l’imagine.

L’effondrement de la diplomatie

À certains égards, la conférence de Paris, tout en provoquant l’ire de Netanyahou, a capitulé face au monde de demain.

Hollande a veillé à ce que la déclaration finale de la conférence répète la formule de Netanyahou portant sur des négociations directes sans émettre l’idée d’un État palestinien en tant qu’issue souhaitable

François Hollande a veillé à ce que la déclaration finale de la conférence répète la formule de Netanyahou décrivant des négociations directes comme la seule et unique voie vers la paix sans même émettre l’idée d’un État palestinien comme étant l’essence d’une issue souhaitable.

De plus, Hollande n’a pas profité de l’occasion pour demander au Conseil de sécurité de l’ONU de recommander l’admission de la Palestine comme membre à part entière de l’ONU, une mesure que de nombreux soutiens de la conférence avaient fermement appuyée et attendue.

Même John Kerry a clairement indiqué que la conférence ne devait pas tenter d’exercer une influence politique sur les parties, bien que les dirigeants israéliens aient vivement critiqué le secrétaire d’État américain sortant pour avoir exprimé des opinions anti-colonisation.

Kerry a enfoncé le dernier clou dans le cercueil des attentes palestiniennes à Paris en téléphonant à Netanyahou le jour de la conférence pour le rassurer sur le fait qu’aucune action supplémentaire à l’ONU ou ailleurs ne serait engagée pour critiquer les politiques et les pratiques israéliennes.

Vivre dans le monde de demain de Netanyahou signifierait que la lutte palestinienne serait traitée comme une cause perdue, ce qui permettrait à tout le monde de cesser de s’intéresser aux mesures prises par Israël pour consolider sa victoire – soit un dernier enterrement public de la solution à deux États.



Plusieurs milliers de Palestiniens se rassemblent pour protester contre les démolitions de maisons (MEE)

Pas de fin en vue

Comment devrions-nous comprendre ce moment présent ?

Sur la table de la diplomatie mondiale se trouve cette coquille vide d’une solution à deux États à laquelle personne n’ose désormais toucher.

Face à cet effondrement de la diplomatie, nous assistons en revanche à un nouveau chapitre du long récit de la souffrance et de la déception des Palestiniens.

À LIRE : La démolition de maisons palestiniennes en Israël, c’est la Nakba qui continue

Abandonnés en réalité par le monde, les Palestiniens semblent voir leur destin progressivement réduit à la poursuite indéfinie des arrangements actuels qui associent une occupation sévère et sans fin en vue à un processus insidieux d’annexion en Cisjordanie et de judaïsation progressive de Jérusalem-Est.

Un tel processus semble prendre la direction d’une déclaration unilatérale d’Israël selon laquelle ses frontières internationales permanentes s’étendent à l’ensemble de la Palestine historique, du Jourdain à la Méditerranée. Passé cette étape, le conflit serait terminé.

L’autodétermination, une lutte pas oubliée

Mais le peuple palestinien et ses représentants les plus authentiques n’acceptent pas cette triste interprétation de leurs perspectives.

De ce point de vue, la conférence de Paris a été une déception – mais pas un échec.

En défiant les souhaits d’Israël, les principaux États du monde ont envoyé un message indiquant que la lutte palestinienne pour l’autodétermination n’a pas été oubliée et ne le sera pas. Cela a renforcé l’initiative prise par le Conseil de sécurité en décembre dernier, lors d’un vote à l’issue duquel quatorze de ses quinze membres ont décidé de condamner l’illégalité de la politique d’expansion des colonies menée par Israël.

Même les États-Unis ont abandonné leur rôle de gardien d’Israël au sein de l’ONU en s’abstenant au lieu d’exercer leur droit de veto.

En d’autres termes, Obama et Kerry sont peut-être partis, mais la plupart des membres du monde d’hier ne sont pas prêts à accepter l’unilatéralisme israélien et l’abandon des droits fondamentaux palestiniens qui en résulterait.

Certes, Trump pourrait causer des remous en transférant l’ambassade américaine à Jérusalem, mais une telle démarche pourrait avoir des contrecoups. Celle-ci pourrait renouveler la résistance palestinienne, générer un plus grand soutien de la part des voisins arabes et intensifier l’opinion publique mondiale en faveur d’une issue juste à la longue lutte palestinienne.



Des partisans pro-palestiniens réclament la reconnaissance d’un État palestinien, sur Parliament Square à Londres, le 13 octobre 2014 (AFP)

Au lieu de traiter la lutte palestinienne comme une cause perdue, le nouveau contexte pourrait renouveler l’attention et les manifestations de solidarité.

La géopolitique des années à venir est imprévisible à un degré sans précédent. L’affaiblissement du leadership américain pourrait donner plus de place à la solidarité avec la Palestine à l’échelle internationale.

Pour soutenir son rôle, l’Autorité palestinienne pourrait prendre des mesures supplémentaires pour établir son identité d’« État » occupé illégalement, déjà reconnu sur le plan diplomatique par plus de 130 pays et déclaré État non membre par l’Assemblée générale des Nations unies en 2012.

Il faut s’attendre à ce que la résistance palestinienne sous diverses formes ne disparaisse pas et continue de pousser Israël à s’en remettre à une force excessive pour rétablir l’ordre.

Ce schéma encouragera le mouvement de solidarité mondial à accentuer son militantisme et pourrait finalement pousser les gouvernements à imposer des sanctions.

 

- Richard Falk est un spécialiste en droit international et relations internationales qui a enseigné à l’université de Princeton pendant 40 ans. En 2008, il a également été nommé par l’ONU pour un mandat de six ans en tant que Rapporteur spécial sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : un Palestinien porte un drapeau national lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à proximité de la colonie juive de Beit El, le 13 octobre 2015 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.