Le réseau social de la haine : l’islamophobie sur Facebook

Le réseau social de la haine : l’islamophobie sur Facebook

#Islamophobie
Imran Awan's picture
29 juillet 2016

Notre étude montre que l’islamophobie sur Facebook est bien plus répandue que l’on ne le pensait auparavant – attisant la haine religieuse et raciale

Twitter, Instagram et Facebook ont tous quelque chose en commun. Ce sont des réseaux sociaux extrêmement puissants qui ont des millions d’utilisateurs actifs pouvant publier des textes et des images et rester connectés à travers le globe. 

Fin 2013, Facebook comptabilisait 1,23 milliard d’utilisateurs actifs par mois et 757 millions d’utilisateurs par jour. Mais au sein de cet espace online existe aussi un nombre croissant de communautés virtuelles et de groupes prônant la haine envers autrui et se servant de ces plateformes pour partager des idées violentes, islamophobes et racistes qui tentent de créer un environnement virtuel hostile.

Suite au décès tragique de la député britannique Jo Cox, assassinée par un individu issu d’un milieu d’extrême droite, puis au vote médiatique sur le Brexit au Royaume-Uni, on a constaté une hausse de l’hostilité envers les musulmans dans la vie réelle. 

Les réactions islamophobes ont conduit à une atmosphère plus tendue pour les musulmans, tant online qu’offline. Par exemple, l’Allemagne, qui a accueilli des milliers de réfugiés en 2015, a commencé à voir émerger sur Facebook un certain nombre d’injures racistes et de discours de haine. Le PDG et fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, qui a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel, a déclaré : « Les discours de haine n’ont aucune place sur Facebook et dans notre communauté… jusqu’à récemment en Allemagne, je ne pense pas que nous faisions un travail suffisant, et je pense que nous devrons continuer à faire de mieux en mieux ».

En tant qu’universitaire possédant un profil public Twitter mais pas de compte Facebook, j’ai voulu examiner le rôle des crimes de haine et de l’islamophobie sur Facebook. La recherche que j’ai conduite a porté sur cent pages, publications et commentaires Facebook, et a recensé 494 cas de discours de haine contre des communautés musulmanes.

Pour moi, ces résultats révèlent des parallèles intéressants, avec des musulmans diabolisés et calomniés online, et des publications sur Facebook manifestant des attitudes négatives, de la discrimination, des stéréotypes, des menaces physiques et du harcèlement ayant tous le potentiel d’inciter à la haine raciale et religieuse, à la violence ou à des actions nuisibles car dénigrant et intimidant un individu ou groupe.

En particulier, les types d’injures que j’ai recensés m’ont conduit à établir cinq « murs » de la haine islamophobe qui peuvent être catégorisés de la manière suivante :

·         Les musulmans sont des terroristes

·         Les musulmans sont des violeurs

·         Les musulmanes constituent une menace pour la sécurité

·         Il y a une guerre entre les musulmans et « nous »

·         Les musulmans devraient être déportés



« L’autre bombe islamique »

Les injures les plus fréquentes sont celles qui consistent à dépeindre les musulmanes comme des menaces sécuritaires en raison de leurs tenues vestimentaires (76 occurrences), suivies par la croyance que les musulmans devraient être déportés (62 occurrences). La représentation des musulmans comme terroristes arrive en troisième position (58 occurrences). L’idée qu’il y a une guerre contre les musulmans (53 occurrences) et que ces derniers sont des violeurs (45 occurrences) concluent ce top 5 des commentaires les plus répandus.

Cette étude a également permis d’identifier les vingt expressions offensives les plus communément employées online à l’encontre des musulmans. On trouve parmi celles-ci l’expression « muzrats » (terme injurieux combinant « muzzie » = musulman en argot et « rats »), « Pakis » (Pakistanais), « pédophiles », « violeurs », « sales », « racaille » et « pourriture ». Ces commentaires choquants se sont intensifiés dans le sillage d’événements très médiatisés comme l’affaire des abus sexuels de Rotherham, le scandale du « cheval de Troie » et le meurtre du soldat britannique Lee Rigby.

 



Ces événements ont également provoqué une augmentation des abus dans le monde entier, les États-Unis et l’Australie étant notamment témoins d’une forte augmentation des commentaires inflammatoires publiés sur des pages telles que Ban Islam in Australia (Interdisez l’islam en Australie) et Ban Islam in America (Interdisez l’islam en Amérique).

Il s’avère en outre que les hommes sont bien plus susceptibles de publier ce type d’injures, étant auteurs de 80 % de tous les commentaires abusifs du site.

Il est intéressant de noter que les événements mondiaux aussi bien que régionaux et locaux ont tous eu un impact sur les attitudes et les réponses des utilisateurs en ligne.

Voici un bref échantillon d’exemples d’hostilité anti-musulmans trouvés sur Facebook :

Comment la racaille musulmane célèbre l’Aïd.

SI SEULEMENT CES PAKIstanais ALLAIENT SE FAIRE FOUTRE POUR DE BON.

Putains de Pakis. Tuez-les tous. Tuez-les tous ils quittent leur propre pays pour s’infiltrer et ensuite se reproduire comme des lapins et vivre sur l’argent du contribuable ils exigent des lois pour leur religion veulent des mosquées etc. S’ils veulent la religion musulmane et des bâtiments musulmans putain qu’ils rentrent chez eux ils demandent l’asile dans nos pays après avoir plus que probablement commis des actes terroristes contre nos troupes… rassemblez-les tous, foutez-les sur une île qu’ils s’entretuent…. Je le redis, qu’ils aillent se faire foutre.



Traduction : « J’ai une bombe » (2e vignette), « L’islam est un crime contre les femmes » (3e vignette)

Facebook est désormais signataire d’un nouveau Code de conduite de l’Union européenne qui l’engage à passer en revue et enlever les propos haineux de ses sites européens dans les 24 heures suivant leur publication. 

Il est certain que dans un tel climat, il est important d’analyser ces « nouvelles » communautés en surveillant leurs activités, car le contenu qu’elles publient peut avoir un impact préjudiciable sur la cohésion communautaire au sein de la société.

De plus, compte tenu des données récentes faisant état d’une hausse des abus online à l’encontre des musulmans, il est nécessaire de s’occuper de la question de l’islamophobie sur les réseaux sociaux. Notre étude a tenté d’examiner comment les musulmans étaient vus sur une plateforme de réseaux sociaux, Facebook en l’occurrence. Sur la base de cette recherche, il est apparu clairement que les musulmans sont victimes de stéréotypes et qu’une véritable violence offline est encouragée afin de prendre à parti les communautés musulmanes.

Mon inquiétude est que des groupes et communautés online utilisent ce support pour nourrir un contre-discours extrémiste offline. Il faut aussi noter que bien qu’internet ne manque pas de contenus susceptibles d’être considérés comme offensants, ceux-ci ne sont pas forcément illégaux au Royaume-Uni.

Souvent, la notion de liberté de parole et d’expression est utilisée par ceux qui publient ce genre de contenus pour se défendre en affirmant qu’il s’agit là d’un droit constitutionnel. Toutefois, un tel droit doit être rééquilibré en prenant en compte celui de ne pas être victime d’intimidations et d’abus.

Notre étude prouve que l’islamophobie sur Facebook est bien plus répandue que l’on ne le pensait auparavant et est utilisée par des groupes et individus pour attiser la haine religieuse et raciale.

 

- Le Dr. Imran Awan est professeur associé de criminologie et expert des questions liées à l’islamophobie, la haine sur internet, la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Il est l’auteur de plusieurs articles académiques et ouvrages dans ce domaine et a supervisé la rédaction du livre Cyberspace: Hate Crimes go Viral (publié par Ashgate en 2016). Vous pouvez le suivre sur Twitter @ImranELSS

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le logo de Facebook sur la façade d’un centre de l’innovation Facebook à Berlin, le 24 février 2016 (AFP). 

Traduit de l’anglais (original).