Prenons garde, la promesse du transfert de l’ambassade à Jérusalem n’est pas une menace en l’air

Prenons garde, la promesse du transfert de l’ambassade à Jérusalem n’est pas une menace en l’air

#Jérusalem
Hani al-Masri's picture
10 janvier 2017

Si nous voulons empêcher le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem par l’administration Trump – et mettre fin à la menace d’une nouvelle intifada –, nous devons agir rapidement, avant qu’il ne soit trop tard

Le président élu des États-Unis Donald Trump s’est engagé à plusieurs reprises à transférer l’ambassade de son pays à Jérusalem, dernièrement en réponse à la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant les colonies israéliennes en Cisjordanie.

Depuis l’occupation israélienne de Jérusalem-Est en 1967, plusieurs présidents des États-Unis n’ont pas tenu leur promesse de transfert de l’ambassade malgré les engagements pris lors des campagnes électorales. La question est donc de savoir si Trump va effectivement tenir sa promesse.

Ce qui rend la menace de Trump sérieuse est son soutien extrême pour Israël. Il est follement amoureux de cet État et en particulier de son Premier ministre, Benyamin Netanyahou

Mardi dernier, son engagement a semblé connaître des progrès tangibles lorsque trois sénateurs républicains ont présenté un projet de loi reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et transférant l’ambassade située actuellement à Tel Aviv vers cette ville.

Il convient de se rappeler toutefois qu’en 1995, le Congrès des États-Unis avait adopté une loi similaire qui reconnaissait Jérusalem comme capitale d’Israël et déclarait que l’ambassade américaine devait y être transférée au plus tard en 1999. Les présidents successifs ont reporté sa mise en œuvre tous les six mois.

Cela dit, ce qui rend la menace de Trump sérieuse est son soutien extrême pour Israël. Il est follement amoureux de cet État et en particulier de son Premier ministre, Benyamin Netanyahou.

Et ce qui rend cette promesse dangereuse est qu’elle survient à un moment où les divisions entre Palestiniens ne font que croître et, par conséquent, le leadership palestinien s’affaiblit.

Comme l’a laissé entendre le mois dernier un article de Foreign Affairs, rappelant que la visite tristement célèbre d’Ariel Sharon à Jérusalem en 2000 avait déclenché une intifada qui sévit pendant quatre ans, un transfert de l’ambassade américaine pourrait facilement déclencher un nouveau soulèvement. Pourtant, à plusieurs reprises, les membres de la campagne de Trump et ses assistants ont promis ce transfert.

Récemment, la chaîne israélienne Channel 2 a annoncé que des employés du Parti républicain impliqués dans la campagne de Trump étaient déjà en quête d’un terrain pour la nouvelle ambassade et s’étaient entendus sur le site du Diplomat Hotel.

C’est comme si l’on nous disait qu’un bâtiment existe déjà et qu’il ne suffit plus que de la décision d’y transférer l’ambassade.

Une réponse muette

Il ne sera pas facile de transférer l’ambassade à Jérusalem, une mesure qui constituerait non seulement une violation du droit international et du statut juridique de Jérusalem, mais qui entrerait également en contradiction avec la politique américaine en place depuis de nombreuses années.

Certains milieux israéliens ont mis en garde contre le fait que le pays pourrait devenir un État religieux nationaliste extrémiste en l’absence d’un maître à la Maison Blanche pour l’en dissuader

Mais ce n’est pas comme si les responsables palestiniens ou arabes avaient beaucoup agi pour rendre ce transfert plus difficile : leurs réactions ont été complètement insipides et inappropriées compte tenu de la gravité de la question.

Pas une seule campagne politique, médiatique ou diplomatique n’a été organisée pour expliquer le retour de flamme sans précédent qui viendrait des communautés palestinienne, arabe, islamique et internationale si la mesure était effectivement adoptée.

Au départ, le négociateur palestinien pour la paix, Saeb Erekat, a ignoré la question. Plus tard, il a écarté l’éventualité que Trump tienne réellement sa promesse, semblant totalement inconscient de l’hostilité de Trump et de son équipe à l’égard des Palestiniens et des Arabes et, plus encore, à l’égard des musulmans.

Enfin, il a déclaré que les Palestiniens prenaient l’éventualité d’un transfert de l’ambassade au sérieux et qu’ils auraient une réponse appropriée, avec un retrait potentiel de la reconnaissance par les Palestiniens de l’État d’Israël.

Tracer une limite

Les déclarations de Trump et les opinions qu’il a exprimées pendant sa campagne et après sa victoire sont extrêmement inquiétantes. Parmi celles-ci figurent les propos d’un assistant de haut rang qui a affirmé que pour Trump, les colonies ne sont pas un obstacle à la paix.

Trump a également cherché à dissuader le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi de déposer le projet de résolution condamnant les colonies israéliennes en Cisjordanie au Conseil de sécurité de l’ONU et à dissuader l’administration Obama de permettre l’adoption de la résolution en n’y opposant pas son veto.

« Concernant l’ONU, les choses seront différentes après le 20 janvier », a tweeté Trump, laissant entendre qu’il essaiera d’ignorer la résolution, ce qui ne sera pas chose aisée étant donné qu’elle a obtenu un large soutien de la part de communauté internationale.

La décision d’un nombre considérable de pays occidentaux de voter en faveur de la résolution et le soutien que l’Allemagne y a apporté, bien qu’elle ne soit pas membre du Conseil de sécurité, ou encore l’abstention des États-Unis ne relevaient pas d’un compte à régler entre Obama et Netanyahou, mais d’une préoccupation mondiale face aux répercussions que la victoire de Trump pourrait avoir pour les États-Unis et le monde.

La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU était censée constituer un obstacle empêchant la situation au Moyen-Orient de se détériorer davantage.

Empêcher la situation d’empirer

Lorsqu’en s’abstenant de voter, l’administration Obama est allée jusqu’à appuyer une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU définissant la base, les objectifs et le cadre de référence pour le règlement de la paix, elle avait pour but de tracer une limite que ni Trump, ni Netanyahou ne pouvaient franchir après son départ.

Certains milieux israéliens ont mis en garde contre le fait que le pays pourrait devenir un État religieux nationaliste extrémiste en l’absence d’un maître à la Maison Blanche pour l’en dissuader – comme cela a été le cas pas le passé. En effet, Trump ne ferait que l’y encourager.

D’autres milieux se sont félicités de sa victoire électorale et ont estimé qu’il s’agissait d’une occasion de se débarrasser une bonne fois pour toutes de la solution à deux États et d’annexer les colonies existantes ou même l’ensemble de la zone C, d’étendre la construction de colonies et de retirer toutes les restrictions imposées sur les constructions.

Cependant, même ceux qui ont salué sa promesse, y compris le ministre chargé de Jérusalem, ne s’attendaient pas à ce qu’il transfère l’ambassade puisque, selon eux, le département d’État et les experts juridiques l’auraient mis en garde contre les répercussions de cette initiative.

À la place, certains ont donc exigé que le gouvernement israélien prenne l’initiative de transférer ses propres bureaux et ministères à Jérusalem afin que Trump et le reste du monde puissent lui emboîter le pas.

Intérêts et pouvoir

Nous vivons dans un monde qui ne comprend aucun autre langage que celui des intérêts et du pouvoir. Quiconque ne maîtrise pas un de ces langages ou les deux ne sera entendu par personne.

Si les Palestiniens, les Arabes et les individus libres du monde souhaitent empêcher l’ambassade américaine d’être transférée à Jérusalem, alors ils doivent agir promptement et être prêts avant qu’il ne soit trop tard. Ils devraient expliquer la gravité des retombées que cette mesure pourrait avoir sur les relations des États-Unis, leurs intérêts et leur influence dans la région.

Ces répercussions pourraient comprendre l’éruption d’une intifada qui sera beaucoup plus importante que les précédentes, le renoncement au processus de paix qui a commencé avec la signature des accords d’Oslo, la poursuite d’une nouvelle stratégie multidimensionnelle dont la pierre angulaire sera la ténacité et la résistance sur la terre de Palestine, mais aussi le recours à toutes les cartes et armes légitimes en accord avec le droit international, en particulier la campagne BDS, pour poursuivre Israël pour son occupation, ses crimes et son racisme à tous les niveaux et dans tous les forums locaux, arabes, régionaux et internationaux.

Il ne sera pas facile de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem parce qu’une telle mesure aura d’énormes répercussions. Cependant, avec Trump au pouvoir, ce ne serait plus impossible, surtout à une époque où Israël est gouverné par le pire gouvernement et le plus extrémiste de son histoire.

Nous sommes au seuil d’une nouvelle ère au cours de laquelle la politique américaine sur la question palestinienne, déjà mauvaise aujourd’hui, pourrait évoluer jusqu’à devenir plus catastrophique qu’elle ne l’a jamais été. Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui pourrait être le dernier clou enfoncé dans le cercueil de la solution à deux États et du processus de paix. La promesse de Trump ne devrait pas être sous-estimée.

 

Hani Al-Masri est directeur général de Masarat, le Centre palestinien pour la recherche politique et les études stratégiques. Il a fondé Badael, le Centre palestinien pour les médias, la recherche et les études, dont il a été directeur général entre 2005 et 2011. Il a publié des centaines d’articles, d’études et de documents politiques dans des revues et journaux palestiniens et arabes, notamment Al-Ayyam et Al-Safir. Il a auparavant occupé le poste de directeur général du département de la publication au ministère palestinien de l’Information et a été membre de la Commission du dialogue qui s’est tenue au Caire en 2009. Il est membre du conseil d’administration de la Fondation Yasser Arafat.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : la vieille ville de Jérusalem en décembre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.