Battues, torturées, violées… les domestiques bangladaises fuient le cauchemar saoudien

Battues, torturées, violées… les domestiques bangladaises fuient le cauchemar saoudien

#DroitsdelHomme

« Je me souviens de l’essence qui coulait dans mon dos », se rappelle l’une des nombreuses employées de maison ayant fui le royaume en raison des persécutions infligées par leurs employeurs saoudiens

Khaleda Akhter, une employée de maison qui a fui l’Arabie saoudite, à son retour à Dacca, au Bangladesh, en février (MEE/Kaamil Ahmed)
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25 mai 2018
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Friday 25 May 2018 13:39 UTC
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25 mai 2018

DACCA – Une foule attend à l’extérieur du terminal des arrivées de l’aéroport international Shah Jalal tandis que des dizaines de chauffeurs de taxi font la queue en attendant des clients.

Alors que les passagers quittent le hall des arrivées transportant des TV à écran plat ou d’énormes paquets recouverts de film plastique, une cohorte de mendiants cherche à attirer l’attention des passants.

Un groupe de femmes apparaît dans ce flux humain ininterrompu. Vêtues d’habits colorés, elles tirent leurs valises et cherchent leurs proches.

Parmi elles, Khaleda Akhter, 28 ans, vient de passer plusieurs mois dans un refuge tenu par des Bangladais en Arabie saoudite et souhaite désespérément voir ses deux enfants. Tenant un exemplaire du Coran contre sa poitrine, elle cherche la sortie du hall des arrivées et se dirige vers les doubles portes. Au départ, ses pas sont lents et réguliers : elle mesure ce qui a changé depuis qu’elle a quitté le Bangladesh, il y a un an.



La foule à l’extérieur de l’aéroport international Shah Jalal, à Dacca, en février 218 (MEE/Kaamil Ahmed)

La jeune femme repère où elle doit aller, empoigne son abaya pour éviter qu’elle ne traîne par terre et se fraye un chemin jusqu’à la gare. De là, elle embarquera pour la prochaine étape du périple qui la reconduira chez elle, à Râjshâhî, à 250 km de là, près de la frontière avec l’Inde.

Les vêtements de Khaleda dissimulent un rappel de la raison pour laquelle elle a quitté l’Arabie saoudite. Défaisant les bandages de ses bras, elle montre les marques qui symbolisent le prix qu’elle a payé pour avoir désiré une vie meilleure.

« Ils ont tenté de me brûler », confie-t-elle, séchant ses larmes. « Pas une fois, mais deux. Si j’avais su que cela se passerait ainsi, je ne serais jamais partie. »

« Je devais tenter le coup »

Comme des centaines de Bangladaises parties travailler en tant qu’employées de maison dans le royaume du Golfe, Khaleda Akhter a fui ses employeurs après des mois d’abus. 

Elle est l’une des centaines de Bangladaises qui font le voyage vers le royaume chaque année dans l’espoir d’une vie meilleure.

En 2018, au moins un millier de domestiques bangladaises sont rentrées au pays pour échapper aux violences physiques et sexuelles en Arabie saoudite, selon l’ONG locale BRAC. La plupart ont fui pour l’un des refuges gérés par l’ambassade bangladaise à Riyad et Djeddah.

Beaucoup n’ont pas été payées par leurs employeurs et ont été privées de leur passeport par les recruteurs, qui leur ont vendu le rêve d’un travail dans cet État du Golfe.



Des Bangladaises rapatriées d’Arabie saoudite attendent que leur passeport soit traité à l’aéroport de Dacca (photo fournie à MEE)

Khaleda s’installe dans le restaurant situé à côté de la gare, tenant la main d’Aisha Begum, une autre employée de maison, qui a fui un employeur qui ne l’avait pas payée pendant quatre mois et la battait régulièrement. 

Le restaurant est bondé. Des assiettes de riz et de curry voyagent entre la cuisine et les tables. Les serveurs apportent des tasses de chai.

Lorsqu’Aisha, 45 ans, parle à Khaleda, elle est en confiance et la regarde dans les yeux. Les deux femmes sont impatientes de déguster leur premier shinghara, une collation à base de pommes de terre frites populaire dans le sous-continent indien. Aisha remonte son hijab vert, ses boucles d’oreilles en or visibles derrière son voile, et fait signe au serveur.

« Cela fait presque un an que j’attends ça », explique-t-elle tandis qu’elle sirote enfin sa première tasse de chai depuis son retour.

Khaleda et Aisha se sont rencontrées dans un refuge de Djeddah fin 2017. Khaleda y est restée pendant trois mois, Aisha deux.

Cette dernière se rappelle son calvaire aux mains d’un employeur violent, trois mois sans savoir à quel moment elle serait encore battue. « Mon Dieu, la pression était trop forte », déplore-t-elle en se mettant à pleurer.

« Je suis partie en Arabie saoudite uniquement pour que ma famille et moi-même ayons une meilleure vie. Qu’y a-t-il comme emploi au Bangladesh ? Tout le monde part à la moindre opportunité. Je devais tenter le coup. »

Les intermédiaires qui vendent du rêve

Khaleda et Aisha ont quitté le Bangladesh avec l’aide de l’un des milliers d’intermédiaires – connus sous le nom de dalaal – qui sont basés au Bangladesh. Des plus grandes villes jusqu’aux plus petits villages, ils s’occupent des passeports et des visas et garantissent un emploi dans les foyers saoudiens. Les intermédiaires travaillent à leur tour pour des agences de recrutement qui sont principalement basées dans la capitale, Dacca.

La majorité des domestiques travaillant en Arabie saoudite viennent de villages comme celui de Khaleda, où la pauvreté sévit et où il est facile pour les intermédiaires de vendre du rêve : la promesse de gagner des centaines de dollars, la chance de visiter la Mecque et Médine, et un lieu de travail sûr où elles ne seront pas confrontées à des abus.



De retour à Dacca, Khaleda Akhter (à gauche) et Aisha Begum évoquent le refuge de Riyad (MEE/Kaamil Ahmed)

Malgré le manque d’argent, beaucoup de femmes prennent le risque et payent, concevant les frais de recrutement exorbitants comme un investissement. Certains vendent même des terres ou contractent des emprunts auprès de leur famille pour obtenir l’argent nécessaire pour partir.

« Aller à l’étranger représente non seulement la richesse mais aussi un symbole de statut dans la culture bangladaise », explique Ali Ahmed du Human Development Research Centre, une ONG de défense des droits des migrants basée à Dacca. « Les intermédiaires se rendent dans les communautés rurales où ils recrutent directement les femmes pour le compte d’agences. »

« La dépense principale devrait être le passeport, mais ils [les intermédiaires] ajoutent un supplément à leurs services pour l’obtention d’un visa et d’autres documents. »

Il est facile pour les intermédiaires de vendre du rêve dans les villages pauvres : la promesse de gagner des centaines de dollars, la chance de visiter La Mecque et Médine, un lieu de travail sûr

Pour chaque femme qu’ils recrutent, les intermédiaires facturent entre 30 000 et 60 000 takas (entre 300 et 600 euros environ), sur lesquels leur part s’élève à 100 euros. Le Bangladesh est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant de 1 538 dollars en 2017 – dans les zones rurales périphériques, c’est bien moins.

Lorsque les migrants ont commencé à quitter le Bangladesh au cours des années 1970, il y avait deux manières : directement par le biais du ministère bangladais de la Main-d’œuvre ou par des agents de recrutement. La plupart des Bangladais ont recours à ces derniers pour éviter la corruption endémique qui règne au sein de la bureaucratie bangladaise.

En 2017, l’indice de perception de la corruption de Transparency International classe le Bangladesh au 143e rang sur 180 avec un score de 28/100.

Ali Ahmed est persuadé que beaucoup de Bangladais font confiance aux intermédiaires pour travailler à l’étranger parce qu’ils sont « connus des familles » et « faciles à joindre en cas de problèmes ».



Mais même en passant par des intermédiaires, la corruption aggrave les choses et gonfle le coût final pour les travailleurs, qui n’ont personne pour représenter leurs intérêts.

L’activité des intermédiaires n’est pas réglementée, malgré le fréquent recours à leurs services. La migration est également bonne pour les finances du gouvernement bangladais : les envois de fonds des travailleurs étrangers constituent la deuxième plus importante source de revenus pour son économie.

Khaleda et Aisha ont toutes deux contacté des intermédiaires de leurs villages. « Le dalaal avait dit que l’endroit était parfait, que les salaires étaient excellents, qu’ils ne nous toucheraient pas », rapporte Khaleda.

Mais la réalité fut tout autre.

« Il fallait que je m’enfuie »

Au début, la vie en Arabie saoudite était belle pour Khaleda. Elle travaillait de longues heures, certes, mais elle avait un travail stable et sûr : cuisiner, nettoyer et s’occuper des enfants de son parrain. Elle était payée en temps et en heure, avait l’autorisation d’appeler sa famille au pays et avait la liberté de quitter la maison quand elle le souhaitait.

Mais les abus ont commencé quand son parrain saoudien, un policier, est mort cinq mois après son arrivée.

« Le Saoudien qui a parrainé mon visa était bon avec moi et m’a bien traitée », indique-t-elle. Mais après sa mort, sa femme a commencé à me frapper. Quand la femme en avait fini avec moi, d’autres membres de la famille s’y mettaient. »

« Mon cœur battait la chamade. Je savais que s’ils m’attrapaient, ce serait l’enfer »

- Khaleda Akhter après avoir fui le domicile de ses employeurs saoudiens

Pour Khaleda, les violences ont commencé avec des coups et des gifles et ont culminé avec les tentatives de ses employeurs de la brûler vive.

« Je me souviens de l’essence qui coulait dans mon dos », rapporte-t-elle. « Je pensais que je rêvais, puis j’ai commencé à sentir la chaleur. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à crier et à paniquer. Cela n’avait aucun sens. Pourquoi me faisaient-ils ça ? Il fallait que je m’enfuie. »

Khaleda, qui s’était vue interdire d’utiliser son téléphone portable après la mort de son parrain, a donc dû appeler son intermédiaire en secret. Celui-ci a ignoré ses appels jusqu’à ce qu’elle contacte directement sa mère et lui demande de lui parler. Il l’a alors rappelée et lui a conseillé de s’enfuir.

On lui a également donné le numéro de BRAC, l’une des plus grandes ONG du monde. Basée au Bangladesh, BRAC aide des ressortissants bangladais à faire face aux abus dont ils peuvent être victimes à l’étranger.

Khaleda a attendu que la famille soit endormie, a rassemblé ses quelques biens et s’est enfuie de la maison au milieu de la nuit. « Mon cœur battait la chamade », raconte-t-elle. « Je savais que s’ils m’attrapaient, ce serait l’enfer. »

Elle a marché des kilomètres dans la chaleur du désert avant d’être arrêtée par une patrouille de la police saoudienne. « Ils m’ont demandé où j’allais et ce que je faisais dans la rue. J’ai essayé de leur expliquer que j’en avais eu assez, mais dès qu’ils ont entendu « Bangladesh » et « refuge », ils ont su exactement où m’emmener.

Au refuge, Khaleda a contacté un travailleur social de BRAC, Noyon al-Amin, et ils ont commencé à envoyer des messages via IMO, une application utilisée par des millions de Bangladais pour organiser leur voyage de retour.



Noyon al-Amin, un travailleur social de BRAC, devant l’aéroport pour aider les personnes qui ont fui l’Arabie saoudite (MEE/Kaamil Ahmed)

Noyon rejoint Khaleda et Aisha dans le restaurant, mais sans s’attarder : il entre et sort constamment entre deux tasses de chai, jonglant avec l’organisation du voyage des deux femmes et avec ses communications avec d’autres travailleurs maltraités qui doivent revenir.

Il est habituel de voir Noyon al-Amin avec une barbe de plusieurs jours devant l’aéroport, tenant un porte-bloc et attendant de nouveaux arrivants. Il visite quotidiennement les terminaux pour rencontrer les travailleurs maltraités et les aider à rentrer chez eux. Parfois, il doit identifier les corps de migrants qui sont ramenés dans des cercueils d’Arabie saoudite et d’ailleurs – plusieurs fois par semaine.

Sortant une serviette de sa poche pour essuyer la sueur de son front, Noyon ouvre WhatsApp et IMO et commence à passer en revue les douzaines d’appels au secours qu’il reçoit quotidiennement de domestiques et de travailleurs en Arabie saoudite.

« Nous avons eu le cas, il n’y a pas si longtemps, de trois femmes revenant d’Arabie saoudite qui étaient devenues cliniquement folles »

- Noyon al-Amin, travailleur social

« Regardez, on voit que cette femme a été brûlée avec une cigarette », indique-t-il. « Et celle-là a été frappée avec un fer à repasser. La quasi-totalité des cas que nous avons suivis au cours des six derniers mois viennent d’Arabie saoudite. Lorsqu’ils nous contactent, nous signalons leur cas à l’ambassade du Bangladesh à Riyad. Ensuite, ils sont dirigés vers les refuges. »

Noyon al-Amin connaît personnellement le traumatisme psychologique que subissent ces femmes : il a été lui-même victime d’un trafic vers la Malaisie avec la promesse de travailler dans une usine d’électronique avant d’être emmené dans la jungle et forcé de couper des arbres aux côtés de dizaines de travailleurs bangladais et tamouls. « Beaucoup des hommes avec lesquels nous travaillions sont morts après avoir été mordus par des serpents et d’autres insectes lors de l’abattage des arbres », raconte-t-il.

Il a fini par s’échapper et défend maintenant les Bangladais qui travaillent à l’étranger. 

Traumatisés dans le refuge

Selon les médias locaux, le gouvernement bangladais a mis en place des refuges au début des années 2000 pour répondre à la demande. MEE a obtenu des câbles diplomatiques envoyés par l’ambassade du Bangladesh en Arabie saoudite aux autorités bangladaises à Dacca, demandant davantage de ressources auprès du ministère des Affaires étrangères. 

Les câbles, qui datent de 2015, rapportent qu’au moins trois à quatre femmes se présentent chaque jour à l’ambassade, demandant à être rapatriées.

Ce nombre est probablement plus élevé aujourd’hui. Selon les chiffres officiels publiés par le ministère bangladais du Travail, 20 952 femmes ont été autorisées à travailler en Arabie saoudite en 2015. Ce nombre a quadruplé, atteignant 83 365 en 2017, lorsque les autorités saoudiennes ont assoupli les restrictions pour répondre à la demande en main-d’œuvre domestique.



Mais tandis que le Bangladesh a encouragé un plus grand nombre de femmes à travailler en Arabie saoudite, d’autres pays ont pris des mesures pour empêcher leurs ressortissantes de se rendre dans le royaume et d’autres pays du Golfe suite à des rapports d’abus.

Au début de l’année 2018, le gouvernement philippin a ainsi interdit aux citoyennes du pays de travailler au Koweït suite à des cas d’abus physiques et sexuels. 

De même, en 2014, l’Indonésie a interdit à ses ressortissantes de travailler comme domestiques dans 21 pays du Moyen-Orient, y compris l’Arabie saoudite.  

Les diplomates bangladais en Arabie saoudite ont demandé davantage de ressources en prévision d’une augmentation des cas d’abus. Le ministère des Affaires étrangères du Bangladesh et l’ambassade bangladaise à Riyad n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de MEE et à nos sollicitations quant au nombre de femmes se trouvant actuellement dans des refuges.

Toutefois, MEE s’est entretenu avec une douzaine d’autres anciennes domestiques qui sont passées par ces refuges et a estimé le nombre de personnes concernées à plusieurs centaines.

« Il y a de nombreuses femmes dans les refuges, mais je suis reconnaissante de la façon dont on s’est occupé de moi », affirme Aisha. « Ce fut un moment de paix après avoir affronté tant de choses en Arabie saoudite. Beaucoup de femmes veulent partir. »

« Il y avait tellement de sang »

Les images et les vidéos de l’intérieur des refuges obtenues par MEE montrent que les femmes peuvent y circuler librement.

Néanmoins, l’attente en a aussi traumatisé certaines, qui ont été maltraitées mais restent bloquées en Arabie saoudite soit parce qu’elles n’ont pas les papiers adéquats, soit parce que leurs employeurs les accusent de crimes que ces femmes affirment ne pas avoir commis.

« Il était 23 heures passées. Nous étions toutes endormies… et nous avons entendu ses cris… nous l’avons vue par terre, baignant dans son sang »

- Khaleda Akhter décrit une tentative de suicide dans un refuge de Riyad

Parfois, la frustration déborde.

Sur une vidéo envoyée d’un refuge saoudien à Noyon al-Amin, on peut voir une employée de maison bangladaise en pleine crise de panique criant « ramenez-moi à la maison, ramenez-moi à la maison ! », tandis que d’autres résidentes du refuge tentent de la calmer. 

Noyon al-Amin craint que la domestique filmée ait développé des troubles psychologiques après être restée à l’intérieur du refuge pendant des mois, en proie à la détresse causée par la violence physique ou sexuelle qu’elle a subie. 

« Nous avons eu le cas, il n’y a pas si longtemps, de trois femmes revenant d’Arabie saoudite qui étaient devenues cliniquement folles », explique-t-il. « Ces femmes ont été torturées si violemment, à la fois sexuellement et physiquement, qu’elles portent désormais les cicatrices physiques et émotionnelles de leur calvaire. »

Une semaine avant l’arrivée d’Aisha au refuge, Khaleda a vu une femme tenter de se suicider.

« Il y avait tellement de sang », raconte la jeune femme. « Il était 23 heures passées. Nous étions toutes endormies… et nous avons entendu ses cris… nous l’avons vue par terre, baignant dans son sang. »



Capture d’écran d’une vidéo montrant une domestique faisant une crise de panique dans un refuge de Riyad

« Neuf femmes essayaient de contenir neuf blessures. Elle s’est tailladée les mains, les pieds et le torse. Le sang luisait sur le sol. Si nous n’avions pas fait ça, elle aurait fini complètement exsangue. »

Middle East Eye s’est entretenu avec plusieurs femmes qui ont confirmé que cet incident s’était bel et bien produit. Elles ont également déclaré que les responsables diplomatiques du Bangladesh avaient interdit aux femmes de parler à leurs proches de cette tentative de suicide.

MEE a interrogé l’ambassade du Bangladesh à Riyad et le ministère de la Main-d’œuvre au sujet de la tentative de suicide, des refuges et des femmes qui y sont hébergées. Aucun n’avait répondu au moment de la publication de cet article en anglais.

Noyon al-Amin essaie toujours d’identifier qui était cette femme afin de pouvoir l’aider. Tout ce qu’il a pu déduire, d’après les récits qu’il a obtenus, c’est qu’elle venait du nord du Bangladesh.

Selon lui, son cas n’était qu’un parmi d’autres. « Certaines femmes ne peuvent plus parler, après tant de tortures. Leurs cicatrices psychologiques prendront des années à guérir. C’est une épidémie.

« Nous essayons de fournir aux femmes un accès à l’hôpital et de payer pour le traitement. Nous essayons également de les conseiller pour les aider à reconstruire leur vie. »

Middle East Eye a demandé aux ambassades saoudiennes au Royaume-Uni et aux États-Unis quelles mesures le pays avait l’intention de prendre pour lutter contre les abus infligés aux domestiques dans le royaume et s’il était au courant des refuges. Aucune n’avait répondu au moment de la publication.

La dignité est plus importante que l’argent

Malgré les avertissements et les articles dans la presse locale sur les abus généralisés auxquels sont confrontées les domestiques dans le Golfe, des femmes continuent à quitter le Bangladesh pour l’Arabie saoudite.

« Nous savons que des filles de notre village vont en Arabie saoudite. Mais que pouvons-nous faire ? Elles sont comme nous, désespérées d’avoir de l’argent et de voir le monde », déclare Aisha, abattue.

« Si j’entends parler d’une autre fille qui se rend en Arabie saoudite, je la frapperai avec ma chaussure jusqu’à ce que cette idée lui sorte de la tête »

- Aisha Begum, ancienne employée de maison en Arabie saoudite

Les deux fils adolescents d’Aisha arrivent. Décontenancée par le fait de les voir pour la première fois depuis un an, elle leur prend les bras et les embrasse sur la joue.

Noyon al-Amin donne un billet de train à Khaleda. Elle et Aisha s’embrassent, échangent leurs numéros et font leurs adieux.

En tenant ses fils par la main, Aisha s’apprête à quitter le restaurant. Mais avant de partir, elle a un dernier conseil à donner aux femmes qui veulent aller en Arabie saoudite.

« Si j’entends parler d’une autre fille qui se rend en Arabie saoudite, je la frapperai avec ma chaussure jusqu’à ce que cette idée lui sorte de la tête », tonne-t-elle. « Notre dignité vaut plus que n’importe quelle somme d’argent. »



Une femme de ménage bangladaise montre des marques de brûlure causées par un fer à repasser avec lequel l’a battue son employeur saoudien (photo fournie à MEE)

Cette semaine encore, une centaine de domestiques bangladaises sont rentrées au pays après avoir échappé à leurs employeurs saoudiens, portant à au moins 2 000 le nombre de retours de domestiques bangladaises employées en Arabie saoudite depuis le début de l’année, selon BRAC.

« Les Saoudiens savent que s’ils torturent une Bangladaise, rien ne se passera »

- Shariful Hasan, employé de BRAC

La grande majorité des femmes rapatriées cette semaine ont été victimes d’abus sexuels, selon des ONG locales.

« La quasi-totalité d’entre elles ont été soumises à des abus – sexuels, physiques ou le non-paiement de leur salaires », a déclaré à MEE Shariful Hasan, un autre employé de BRAC.

« Certaines ont affirmé qu’elles avaient été violées par des hommes de la famille de leur employeur, tandis que d’autres se sont plaintes d’avoir été forcées à se prostituer et d’avoir été torturées lorsqu’elles refusaient. »

Shariful Hasan a précisé à MEE qu’aucun employeur accusé d’avoir torturé son employée n’avait été inculpé ou arrêté par les autorités saoudiennes.

« Les Saoudiens savent que s’ils torturent une Bangladaise, rien ne se passera », a déclaré Hassan.

À nouveau, les autorités saoudiennes n’ont pas répondu aux demandes de commentaires formulées par Middle East Eye.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.