Blessé d’une balle dans la tête puis arrêté, Mohammed Tamimi garde le moral

Blessé d’une balle dans la tête puis arrêté, Mohammed Tamimi garde le moral

#OccupationPalestine

L’adolescent ainsi que dix autres Palestiniens ont été arrêtés dans le cadre de la répression continue d’Israël contre le village de Nabi Saleh, connu pour sa résistance de longue date à l’occupation

Mohammed a passé quatre jours dans le coma et subi deux opérations pour enlever une balle en acier recouverte de caoutchouc logée à l’arrière de son cerveau (MEE/Tessa Fox)
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28 février 2018
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Wednesday 28 February 2018 11:02 UTC
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28 février 2018

NABI SALEH, Cisjordanie occupée – À trois heures du matin, Mohammed Tamimi a été réveillé par des hurlements et des cognements contre la porte d’entrée du domicile familial.

Alors qu’il était encore dans son lit, la porte de sa chambre s’est ouverte et il a vu des soldats israéliens arriver vers lui, son père dans leur sillage.

Il savait qu’il était sur le point d’être arrêté.

Le village palestinien de Nabi Saleh, situé au nord-ouest de Ramallah, en Cisjordanie occupée, est habitué aux raids nocturnes des forces israéliennes.

Mohammed, 15 ans, ainsi que dix autres jeunes Palestiniens du village ont été arrêtés tôt dans la matinée du 26 février. Tous sauf deux ont moins de 18 ans.

Le cas de Mohammed est un cas spécial, lui qui n’est sorti de l’hôpital que fin décembre.

Mohammed a passé quatre jours dans le coma et subi deux opérations pour enlever une balle en acier recouverte de caoutchouc logée à l’arrière de son cerveau après avoir été touché presque à bout portant par les forces israéliennes. Sa blessure l’empêche d’aller en cours depuis au moins six mois.

La mère de Mohammed, Emthal Tamimi, s’est montrée terriblement préoccupée au sujet de son fils après son arrestation.

Une expérience traumatisante

« Je suis devenue folle », a confié Emthal à Middle East Eye.

Elle a demandé aux soldats de laisser son fils tranquille en raison de la fragilité de son état de santé. « Nous nous sommes disputés, je leur ai dit qu’il était inutile de le prendre, qu’il était blessé, qu’il devait prendre des médicaments tous les matins et tous les soirs », a raconté Emthal.

Désobéissant aux soldats qui lui avaient ordonné de rester à l’intérieur de la maison, Emthal a couru après son fils alors qu’il était emmené dans un véhicule blindé. « Je les ai suivis et je leur ai demandé de le menotter devant parce qu’il a mal à l’épaule, mais ils lui ont laissé les menottes derrière », s’est-elle souvenue.

Contrairement aux autres jeunes de Nabi Saleh, Mohammed a été libéré le jour même, en milieu d’après-midi.

L’avocat de la famille a pu localiser l’endroit où les soldats l’avaient emmené et le faire libérer. « Il a subi une autre opération samedi, c’est pour cela qu’ils ont pu obtenir son retour anticipé », a expliqué Emthal.

Après avoir été avertie que Mohammed serait ramené au village dans l’heure, Emthal a attendu patiemment chez elle, entourée d’amis et de sa famille. « J’espère qu’il ira bien », a confié Emthal, nerveuse face à son état de santé et à la brutalité des soldats.

Toujours le moral

Après être rentré à la maison, Mohammed était tout sourire.

Il a pris sa mère dans ses bras dans la salle de réception de leur maison. Emthal aurait voulu que cette accolade dure un peu plus longtemps. Elle ne voulait manifestement pas le perdre une nouvelle fois.

Mohammed paraissait détendu et calme, mais lorsqu’il s’est assis à côté de sa mère, il a été submergé par l’émotion et a dû retenir ses larmes. Pourtant, quand il a commencé à parler, il s’est mis à plaisanter.



Accolade entre Mohammed et sa mère après la libération de Mohammed (MEE/Tessa Fox)

« Je pense que c’est juste de la malchance », a-t-il affirmé.

Il a ensuite expliqué, en plaisantant, que les forces israéliennes l’avaient arrêté parce qu’il avait déplacé les meubles de sa chambre.

« Quand j’ai changé la position de mon lit, ils sont venus m’arrêter », a déclaré Mohammed à Middle East Eye. « Au début, c’était comme ça, a-t-il expliqué en formant la pièce avec ses mains, et ils ne sont pas venus ».

« C’est la deuxième fois. Ils m’ont arrêté une fois auparavant, également après avoir déplacé mon lit », a indiqué Mohammed en agitant les bras et en riant, tentant de confirmer l’exactitude de sa théorie.

Ne sachant plus comment positionner le lit pour éviter d’être arrêté, Mohammed a affirmé qu’il allait désormais « déplacer [le lit] dans une autre pièce ».

Mohammed s’est dit surpris d’avoir été libéré le même jour que son arrestation, même compte tenu de son état. « J’étais en train de dormir, ils m’ont réveillé et ils m’ont dit que je pouvais rentrer chez moi », a-t-il raconté.

Il lui manque encore une partie de son crâne car les chirurgiens attendent que son cerveau dégonfle pour pouvoir effectuer un remplacement.

Il ne peut s’exposer aux rayons du soleil et doit faire très attention à ce que rien ne heurte sa tête.

Les soldats israéliens ont ignoré le fait que son cerveau n’est pas protégé. « Ils m’ont frappé aux jambes, ils m’ont giflé le visage et ils faisaient comme s’ils ne remarquaient pas ce que j’ai à la tête », a déclaré Mohammed.

« J’ai fait de mon mieux pour protéger ma tête parce qu’ils n’en avaient rien à faire. Ils ont continué à me frapper et à me donner des coups de pied. »

Libéré pour porter un message

Mohammed et le reste de sa famille savent qu’il a été arrêté avec les autres garçons de Nabi Saleh pour en faire un exemple. Libéré plus tôt, il se retrouve en position de messager des Israéliens pour le reste de la communauté.

« Le premier message [qu’ils m’ont donné pendant ma détention] était : “Toutes les nuits, nous en arrêterons six jusqu’à arriver à quarante” », a rapporté Mohammed. 

« L’autre message s’adresse aux plus âgés : ils arrêteront la plupart d’entre eux, tous ceux qui parlent », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’ils viseraient en particulier les leaders de la résistance de Nabi Saleh.

« Ils ont essayé de me faire avouer des noms, parce qu’ils savaient que j’avais peur »

– Mohammed Tamimi

« Ils ont essayé de me faire avouer des noms, parce qu’ils savaient que j’avais peur qu’ils me donnent des coups de pied et touchent ma tête. »

Ces messages et ces arrestations de masse font partie de la punition collective qu’Israël continue d’infliger à Nabi Saleh depuis que le village a commencé à protester contre l’occupation israélienne en 2010.

Naji Tamimi, le père de Noor Tamimi, âgée de 20 ans et arrêtée avec sa cousine Ahed à la mi-décembre, a également été menacé lors du raid nocturne.

« Ils m’ont posé des questions sur la résistance à Nabi Saleh, ils veulent que j’en endosse la responsabilité », a déclaré Naji à Middle East Eye.

« Je leur ai dit que le problème était l’occupation, que la résistance était un autre volet de l’occupation. Que s’ils voulaient mettre fin à la résistance, ils devaient mettre fin à l’occupation. »

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.