Des milliers de femmes saoudiennes signent une pétition demandant la fin de la tutelle masculine

Des milliers de femmes saoudiennes signent une pétition demandant la fin de la tutelle masculine

#ArabieSaoudite

Les femmes saoudiennes appellent le roi Salmane à abolir le système qui les oblige à demander la permission des hommes pour effectuer les tâches les plus fondamentales

Des femmes saoudiennes arrivent au festival Jenadriyah de la culture et de l’héritage au nord de Riyad (AFP)
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27 septembre 2016
Last update: 
Tuesday 25 April 2017 9:58 UTC
Last Update French: 
25 avril 2017

Plus de 14 000 femmes ont signé lundi en Arabie saoudite une pétition envoyée au roi Salmane, qui demande la fin du système de tutelle en vigueur dans le royaume, lequel oblige les femmes à obtenir la permission des hommes pour la plupart des tâches de la vie quotidienne.

L’activiste saoudienne Hala Aldosari, qui a rédigé la pétition, a déclaré qu’elle avait obtenu plus de 14 682 signatures après l’avoir partagée sur Twitter sous un hashtag en arabe qui se traduit par #JeSuisMaPropreTutrice.

Hala Aldosari, chercheuse dans le domaine de la santé féminine, a écrit la pétition après la publication plus tôt cette année d’un rapport de Human Rights Watch critiquant le système de tutelle masculine.

Celui-ci oblige les femmes à obtenir la permission d’un tuteur masculin – soit le mari, soit un membre de la famille – pour sortir de prison, sortir du pays, travailler, recevoir des soins médicaux, se marier, etc.

Aziz al-Yousef, qui a contribué à la pétition, affirme que celle-ci « n’est pas seulement un problème de femme » et qu’elle a été faite pour « faire pression sur les hommes normaux ».

« Les femmes devraient être traitées comme des citoyennes à part entière », a-t-elle déclaré au Guardian.

Hala Aldosari a indiqué que dans les jours précédant la pétition, environ 2 500 femmes ont envoyé des messages au roi via l’application Telegram, demandant la fin du système de tutelle masculine.

Le gouvernement saoudien a accepté à deux reprises d’abolir le système, en 2009 et en 2013, suite aux demandes du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Le système est cependant resté en place, bien que quelques réformes aient été introduites sous le roi Abdallah, aujourd’hui décédé. L’ancien monarque avait adopté des lois autorisant les femmes à se présenter aux élections municipales et à être nommées au conseil consultatif royal.

Malgré ces réformes, l’Arabie saoudite reste le seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire.

Le vice-prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane – fils du roi actuel –, a décrit plus tôt cette année sa vision pour 2030, dans laquelle il appelle les femmes à jouer un plus grand rôle sur le marché du travail.

La vision de Mohammed Ben Salmane, qui est second en ligne de succession au trône, impliquerait, si elle est appliquée, des changements fondamentaux au système de tutelle. Selon son plan, les femmes devraient pouvoir accepter des emplois sans demander la permission de leur tuteur masculin.

La famille royale n’a pas encore répondu à la pétition mais Hamid M. Khan, directeur adjoint du Rule of Law Collaborative de l’Université de Caroline du Sud, a déclaré au Guardian qu’un certain soutien à l’idée de mettre fin au système existait au sommet de l’État.

« Beaucoup au sein de la famille royale – pas tous mais un nombre important dans la famille royale – voient tout cela en fait comme quelque chose d’un peu épuisant », a-t-il dit.

« Cette notion de tutelle n’est pas nécessairement incluse dans le Coran mais elle se base sur le point de vue juridique selon lequel il y a certaines conceptions patriarcales de la part de ces hommes sur la nécessité de mettre les femmes sous tutelle. »

Certains érudits religieux ont soutenu la fin du système sur le principe qu’il ne relève pas de règles divines mais de politiques gouvernementales. 

« Ils ont tous déclaré que cela ne relevait pas de la religion, que c’est une règle du gouvernement qui devrait être changée », a déclaré Aziz al-Yousef. 

 

Traduit de l'anglais (original).