En Algérie, une nouvelle mosquée géante devrait « servir de rempart contre l’extrémisme »

En Algérie, une nouvelle mosquée géante devrait « servir de rempart contre l’extrémisme »

#Religion

Le minaret, qui culmine à 265 mètres, sera le plus haut du monde, et la bibliothèque de la mosquée abritera un million de livres

À Alger, des ouvriers chinois travaillent sur le chantier de la troisième plus grande mosquée du Proche-Orient – et la plus grande d’Afrique (AFP)
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09 mai 2016
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Monday 9 May 2016 12:21 UTC
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09 mai 2016

L’Algérie a entrepris de construire l’une des plus grandes mosquées du monde qui, selon les officiels, servira de rempart contre la montée de groupes militants comme al-Qaïda.

La mosquée est présentée comme le couronnement de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Âgé maintenant de 79 ans, l’homme d’État demeure en mauvaise santé depuis qu’il a été victime d’un AVC en 2013.

La Djamaâ el-Djazaïr (« mosquée de l’Algérie ») en cours de construction face à la pittoresque baie d’Alger fera partie d’un complexe comprenant une bibliothèque d’un million de livres, une école coranique et un musée d’art et d’histoire islamique.

S’élevant à 265 m, son minaret sera aussi le plus haut du monde et la salle de prière de 20 000 m2 pourra accueillir jusqu’à 120 000 fidèles. L’Algérie a une population de près de 40 millions d’habitants.

Les autorités s’efforcent de promouvoir le projet comme une entreprise de lutte contre l’extrémisme qui « sera un coup dur pour les extrémistes ».

« Certaines personnes nous ont accusés d’édifier un temple à la gloire de l’extrémisme mais au contraire, cela va porter un coup dur aux extrémistes », a déclaré à l’AFP Ahmed Madani, un conseiller auprès du ministre de l’Habitat responsable de la construction. « Ce sont eux qui sont hostiles à ce projet. »

« [La mosquée sera] un symbole de l’islam modéré en Algérie et un rempart contre toutes les formes d’extrémisme », a insisté Ahmed Madani.

Le complexe est construit par une entreprise chinoise et devrait être terminé en 2017. Il se situera entre une future zone touristique et des quartiers ouvriers autrefois considérés comme des pépinières de militants.

Dans les années 1990, ce pays d’Afrique du Nord a été ravagé par une guerre civile entre le gouvernement et les partisans du Front islamique du salut qui fit environ 200 000 morts.

Plus de deux décennies plus tard, des groupes armés restent actifs dans certaines régions d’Algérie, et le pays a été la cible de plusieurs attentats meurtriers revendiqués par al-Qaïda au cours des dernières années.

« Foi et culture »

Selon Ahmed Madani, les officiels algériens caressent l’idée de construire une mosquée depuis 1962, année où l’Algérie a gagné son indépendance par rapport à la France.

« Le rêve a commencé à se transformer en réalité » après l’élection d’Abdelaziz Bouteflika, un homme connu pour sa piété et sa dévotion à l’art et à la culture islamiques, d’après Madani.

Bouteflika est au pouvoir depuis 1999. Il est respecté par de nombreuses personnes pour le rôle qu’il a joué en mettant fin à la guerre civile, mais ses opposants et les associations de défense des droits l’accusent d’avoir un côté autoritaire et de bâillonner toute opposition politique.

La nouvelle mosquée « ne sera pas seulement un lieu de culte. Ce sera un endroit où les liens entre la foi et la culture seront renforcés grâce à sa bibliothèque ultra-moderne et à l’école coranique qui accueillera quelque 300 étudiants », a précisé Madani.

Pays riche en pétrole, l’Algérie possède déjà plus de 30 000 mosquées.

La construction de la Djamaâ el-Djazaïr – que certains ont surnommé la « mosquée Bouteflika » – a débuté en 2012, quand les prix du pétrole étaient élevés, a constaté Abdeladjid Tebboune, ministre de l’Habitat.

Quatre ans plus tard, l’Algérie doit faire face à une diminution des revenus due à la baisse des prix du pétrole, et ses réserves en devises ont chuté.

Le coût de revient du complexe de la nouvelle mosquée se monte à 1,2 milliard d’euros, et ses détracteurs ont commenté sur internet que le coût est « astronomique » et que l’argent aurait dû être employé à construire des hôpitaux et améliorer les soins de santé.



Vue aérienne de la mosquée prise le 26 avril 2016 (AFP)

Un risque de tremblement de terre ?

Les experts interrogés par l’AFP ont déploré ce que beaucoup ont qualifié de projet « dangereux », et prédit que le coût de cette construction colossale pourrait encore augmenter si les délais n’étaient pas respectés.

« La plus grande partie du travail est loin d’être achevée, et cela prendra beaucoup de temps pour tout finir », a affirmé un architecte, en faisant allusion aux installations techniques comme aux décorations murales comprenant de la calligraphie qui n’est pas encore terminée.

La mosquée sera équipée de panneaux solaires et d’un système sophistiqué de récupération des eaux de pluie qui seront ensuite recyclées pour des usages divers.

Les experts ont aussi mis en garde contre le risque que la mosquée soit détruite par un tremblement de terre.

L’Algérie se situe à cheval sur deux grandes plaques tectoniques et le pays est régulièrement affecté par des séismes, en particulier le long de la côte méditerranéenne.

En 2003, un tremblement de terre qui a touché la ville côtière de Boumerdès, à l’est d’Alger, a fait près de 3 000 morts et 10 000 blessés.

Abdelakrim Chelghoum, un spécialiste des séismes, a signalé aux autorités qu’une étude séismique effectuée par une entreprise allemande sous-estimait le risque que la mosquée puisse être endommagée par un tremblement de terre.

Mais Ahmed Madani a balayé cette objection.

Il a affirmé qu’un mécanisme capable d’absorber les mouvements de terrain avait été mis en place, et que celui-ci pourrait réduire l’impact d’un séisme de magnitude 9, le rendant équivalent à celui d’une secousse de force 3,5.

 

Traduction de l’anglais (original) par Maït Foulkes.