En France, l’entrepreneuriat est une sortie par le haut pour les jeunes de la diversité

En France, l’entrepreneuriat est une sortie par le haut pour les jeunes de la diversité

#France

De plus en plus de jeunes quittent le salariat pour entreprendre. Entre accomplissement de leurs ambitions et dépassement des stéréotypes, l’entrepreneuriat est une voie de plus en plus populaire pour les jeunes Français issus de l’immigration et des banlieues

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État en charge du numérique, à la rencontre des startups sociales en France (Konexio/Twitter)
Safa Bannani's picture
21 mars 2018
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Monday 26 March 2018 12:42 UTC
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26 mars 2018

Samir Benfares est de cette génération de jeunes de la diversité et des quartiers populaires ralliée à l’entrepreneuriat. Après avoir travaillé de nombreuses années pour de grandes entreprises, Samir, originaire de Yerres, en Essonne, a choisi de fonder avec son associé A2Job, une plateforme de recrutement dans le secteur sanitaire, social et médico-social. Cette plateforme technologique facilite le recrutement pour les employeurs de ce secteur et simplifie la recherche d’opportunités d’emplois pour les candidats.

Samir avait depuis longtemps l’entrepreneuriat dans son plan de carrière. « J’ai toujours voulu être indépendant pour être libre dans mon activité. J’ai évolué dans des entreprises très compétentes dans un cadre de travail vraiment agréable, mais j’avais toujours cette frustration de ne pas être libre dans mes choix », confie-t-il à MEE.

« Je ne vous cache pas qu’il y a aussi la motivation financière. Aujourd’hui, le salariat, même si on peut très bien gagner sa vie, ne rapporte pas autant qu’un travail indépendant », ajoute le jeune entrepreneur de 33 ans.

« Quand on vient des quartiers populaires sans avoir fait une grande école, on ne commence pas au même salaire que les autres et on ne rattrapera jamais le salaire des autres »

- Jihane Herizi, entrepreneuse

Une passion pour l’entrepreneuriat partagée par Jihane Herizi, originaire de Dugny en Seine-Saint-Denis, qui confie qu’elle « préfère mettre son capital de créativité au profit de son projet ». Cette psychologue de formation qui « refuse d’être [mise] dans un moule » est aussi une « serial » entrepreneuse : de la communication à l’événementiel, de la formation en ressources humaines à l’animation de communautés.

« Le seul moyen de rattraper ta courbe de salaire, de développer ta créativité et d’être toi-même, c’est d’entreprendre », juge la jeune femme de 32 ans.

Son dernier projet intrapreneurial ne rentre pas lui non plus dans le moule puisqu’il cible le secteur public. « Je veux avoir un impact dans ce que je fais », défend-elle. « Et quoi de mieux pour avoir un impact sur nos concitoyens que le secteur public, en mêlant toutes mes compétences ? ».

Aujourd’hui, Jihane est responsable de la formation Alpha au sein de l’incubateur de startups de l’État beta.gouv.fr. Son rôle est « d’accompagner les personnes qui sont dans les administrations françaises et qui ont envie d’innover afin de créer de nouveaux projets », mais aussi de former « des personnes qui veulent intégrer les startups de l’État », explique-t-elle.

« Si la porte est fermée, je passe par la fenêtre »

L’entrepreneuriat est souvent perçu comme une sortie par le haut pour les jeunes issus de l’immigration et/ou vivant dans les banlieues, souvent victimes de discriminations. Des discriminations à l’embauche mais aussi et surtout un plafond de verre largement documenté par la recherche en sciences sociales.

Un constat que Jihane confirme : « Quand on vient des quartiers populaires sans avoir fait une grande école, on ne commence pas au même salaire que les autres et on ne rattrapera jamais le salaire des autres ».

« Les difficultés que rencontrent les jeunes des quartiers sont l’absence d’un rôle-modèle ou, en tout cas, de personnes qui leur ressemblent et qui ont réussi », analyse l’intrapreneuse. Pour autant, cette dernière dit refuser la « posture victimaire ». « Si la porte est fermée, je passe par la fenêtre », revendique Jihane. « Il faut développer cet esprit de persévérance quand on vient des quartiers populaires », insiste-elle.

 

 

Un esprit de persévérance et un refus de se voir comme victime que l’on retrouve également chez Samir Benfarès. « Je viens du secteur professionnel de l’informatique, où il y a énormément de diversité. Je n’y ai pas rencontré de racisme car j’ai toujours essayé d’avoir un comportement exemplaire. Je pense que ça peut faire la différence », commente-il.

Un devoir d’exemplarité qui, pour d’autres, est vécu toutefois comme un frein à la progression professionnelle.

Les banlieues, un terreau fertile pour l’entrepreneuriat

Refusant cette fatalité de l’exclusion et du plafond de verre, des initiatives d’accompagnement à l’entrepreneuriat des jeunes de la diversité et des banlieues ont été lancées par la société civile. Des dispositifs qui rencontrent un public réceptif à ce discours positif sachant reconnaître leur capacité à réussir.

« Dans les quartiers sensibles, il y a deux fois plus de gens qui veulent créer leur entreprise que n’importe où ailleurs »

- Sylvaine Falque, vice-présidente de l’association Planet Positive France

« Dans les quartiers sensibles, il y a deux fois plus de gens qui veulent créer leur entreprise que n’importe où ailleurs. L’entrepreneuriat est bien identifié comme un bon moyen de gagner sa vie et de se développer », confirme Sylvaine Falque, vice-présidente de l’association Planet Positive France fondée par l’économiste Jacques Attali.

L’association, qui mène le programme d’accompagnement à l’entrepreneuriat des jeunes de banlieues « Entreprendre en banlieues », dispose de « bureaux installés dans les quartiers dits ‘’difficiles’’ où le taux de chômage est deux fois supérieur à la moyenne nationale, en particulier chez les jeunes, où il atteint souvent 50 % », explique Sylvaine Falque. Depuis sa création, Positive Planet France a accompagné plus de 20 000 personnes, dont plus de 5 000 ont créé leur entreprise.

À LIRE : France : contre les discriminations, les femmes voilées choisissent de créer leur entreprise

Autre initiative, celle de « Startup Banlieues », cofondée par Jihane Herizi, dont le parcours n’est définitivement pas banal. Cette association a permis à 100 jeunes entrepreneurs de banlieue de bénéficier fin septembre 2017 d’une formation à l’entrepreneuriat, « Startup Banlieue », à Saint-Denis, plus importante ville de banlieue parisienne située dans le département français comptant le plus dentrepreneurs

Même Station F, plus grand incubateur de startups au monde fondé par Xavier Niel, le patron de Free, et installé à Paris, participe de cette dynamique. « Mon associé et moi avons eu la chance de rejoindre l’incubateur Station F dans le programme ‘’Le Fighters program’’ qui donne un petit coup de pouce à des startups dont les fondateurs sont issus de la diversité », témoigne ainsi Samir Benfarès.

Des coups de pouces dont ces jeunes déterminés auront bien besoin pour relever les nombreux défis de l’entrepreneuriat, qu’ils voient comme le moyen de concrétiser leurs rêves.