Erdoğan est un occupant avec des « plans sinistres », selon la conseillère d’Assad

Erdoğan est un occupant avec des « plans sinistres », selon la conseillère d’Assad

#GuerreSyrie

Bouthaina Shaaban affirme dans une interview exclusive pour MEE que le président turc a permis aux « Frères musulmans » d’entrer en guerre en Syrie et qu’il occupe illégalement le nord du pays

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a rejeté les allégations selon lesquelles il a aidé des rebelles extrémistes en Syrie (AFP)
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22 septembre 2017
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Friday 22 September 2017 16:52 UTC
Last Update French: 
22 septembre 2017

DAMAS – La conseillère présidentielle de Bachar al-Assad a fait part de son mépris pour le président turc, affirmant que les « plans sinistres » de Recep Tayyip Erdoğan ont permis aux rebelles d’envahir le pays et que ses troupes sont des occupants illégaux dans le nord.

Bouthaina Shaaban a également déclaré à Middle East Eye que son gouvernement considérait comme illégitimes les forces kurdes alliées aux États-Unis qui combattent l’État islamique. Cependant, elle a indiqué que Damas n’avait aucune intention d’affronter les Kurdes syriens ou la Turquie sur le plan militaire.

Dans une interview exclusive, elle a déclaré : « L’armée syrienne et ses alliés sont les forces légitimes qui combattent l’État islamique. Toutes les autres forces qui ne coopèrent pas avec le gouvernement arabe syrien et l’armée syrienne ne sont pas légitimes sur notre territoire. »

« La plupart de ces prétendus opposants sont des Frères musulmans et Erdoğan est un Frère musulman »

– Bouthaina Shaaban, conseillère du président syrien

« Mais cela ne signifie pas que nous œuvrons pour la guerre ou dans le but de prolonger la guerre. Nous nous efforçons de trouver une solution à tous ces problèmes. »

La Turquie a envoyé des troupes dans le nord de la Syrie, près de la ville frontalière de Jerablous, officiellement dans le but de combattre l’État islamique, mais également pour empêcher les forces kurdes de prendre le contrôle de la région.

D’autres troupes turques sont attendues prochainement à Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, dans le cadre d’un accord conclu avec la Russie et l’Iran la semaine dernière pour y créer une zone de désescalade. La Turquie et la Russie enverront chacune 500 militaires pour surveiller un cessez-le-feu.

Avec l’Iran et la Russie, la Turquie est garante du processus dit d’Astana, qui a déjà créé trois autres zones de désescalade en Syrie. Ce jeudi, Erdoğan a déclaré que la Turquie enverrait des troupes dans la province d’Idleb dans le cadre du plan de désescalade.



Bouthaina Shaaban, conseillère de haut rang de Bachar al-Assad (AFP)

« Des agissements illégaux »

S’exprimant avant l’annonce d’Erdoğan, Bouthaina Shaaban a affirmé que le président turc était « l’origine » d’un grand nombre des problèmes qui touchent la région, avant d’ajouter que le rôle de garant du processus d’Astana assumé par la Turquie « ne signifi[ait] pas que ce que la Turquie fait en Syrie est légal ».

« Il y a une différence entre le processus d’Astana et ce que fait la Turquie en Syrie, c’est-à-dire occuper un territoire », a-t-elle déclaré, accusant la Turquie d’avoir joué un rôle négatif et dangereux en Syrie en permettant le passage de combattants rebelles, d’armes et d’argent à travers la frontière.

Elle a soutenu que la majorité des combattants rebelles restants étaient des « Frères musulmans », un mouvement politique islamiste dont la branche syrienne a pris les armes contre le gouvernement syrien dans les années 1980 à Hama et Alep.

Plus récemment, ses filiales en Égypte, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis ont été catégorisées comme des organisations « terroristes » par leurs gouvernements, bien qu’elles affirment rejeter la violence.

« C’est une guerre qui est principalement soutenue par la Turquie dans la mesure où la plupart de ces prétendus opposants qui sont approuvés par la Turquie sont des Frères musulmans et Erdoğan est un Frère musulman », a-t-elle déclaré.

« Le monde doit être conscient de ces plans sinistres d’Erdoğan »

– Bouthaina Shaaban, conseillère du président syrien

« J’espère que les Européens découvriront qui il est avant qu’il ne soit trop tard. C’est ce que je pense. Parce qu’il y a deux ans, lorsque Merkel est venue à sa rencontre pour discuter de la question des réfugiés, j’ai dit qu’elle venait à la source du problème. Il est l’origine du problème », a-t-elle ajouté.

« Je suis ravie de voir l’Allemagne prendre aujourd’hui conscience du rôle d’Erdoğan concernant les Turcs en Allemagne. Non seulement les Turcs en Allemagne, mais aussi les Turcs en Asie centrale. »

« Erdoğan se sert de ces Turcs pour son organisation religieuse des Frères musulmans et je pense vraiment que l’Europe, l’Occident et le monde doivent être conscients de ces plans sinistres d’Erdoğan. »

Ankara et Erdoğan ont rejeté les allégations répétées selon lesquelles la Turquie est alignée avec les rebelles extrémistes en Syrie, comme le Front al-Nosra et l’État islamique.

La Turquie a manifestement revu à la baisse ses demandes pour un changement de régime, se contentant de déclarations ministérielles indiquant que ce souhait n’est « plus réaliste » et faisant part d’un « espoir » que les relations reviennent à la normale.

Le gouvernement turc n’a pas répondu aux demandes de commentaires formulées par MEE au sujet des allégations de Bouthaina Shaaban.



Des chars turcs quittent Jerablus (Syrie) pour retourner en Turquie (AFP)

Les forces kurdes et syriennes convergent vers Deir ez-Zor

Ses propos surviennent alors que les forces syriennes avancent contre le groupe État islamique à Deir ez-Zor et rompent le siège imposé par le groupe contre les zones sous contrôle gouvernemental avec l’aide des forces russes et de frappes aériennes.

En deux semaines, les soldats du gouvernement ont relié l’aérodrome et la partie principale de la ville, qui étaient séparés auparavant par les combattants de l’État islamique. Plus tôt cette semaine, ils ont rejoint la rive est de l’Euphrate à l’aide de ponts flottants russes.

Dimanche, deux avions militaires syriens ont atterri à l’aérodrome pour la première fois depuis trois ans.

Avec l’aide des forces spéciales américaines, les unités en grande partie kurdes connues sous le nom de Forces démocratiques syriennes (FDS) ont presque terminé de libérer Raqqa, capitale du califat autoproclamé de l’État islamique.

Les forces kurdes avancent vers le sud depuis Raqqa sur la rive est de l’Euphrate, à travers la province de Deir ez-Zor, dans le but manifeste d’atteindre les gisements pétroliers stratégiques avant l’armée syrienne.

L’avancée rapide de l’armée syrienne devrait contrecarrer les plans des forces kurdes.

Au sujet des FDS, Bouthaina Shaaban a déclaré : « Cette petite force n’exprime pas l’opinion de tous les Kurdes de Syrie. »

« Des millions de Kurdes de Syrie sont de très bons citoyens qui veulent l’unité de la Syrie ainsi que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ».

« Nous ne reconnaissons pas les forces kurdes »

À la question de savoir s’il y avait un risque d’affrontements entre les Kurdes et l’armée syrienne, Bouthaina Shaaban a répondu : « Nous espérons que non. »

Sameer Suliman, général et chef adjoint de l’administration politique de l’armée syrienne, a abondé dans ce sens dans un autre entretien accordé à Middle East Eye.

« Nous ne reconnaissons pas les forces kurdes et nous n’avons aucune coordination avec elles. Mais elles sont là et les États-Unis les soutiennent. »

« L’armée syrienne avance vers l’endroit où Daech se trouve et c’est notre droit. Les autres parties comprennent cela et ne doivent pas nous mettre d’obstacles », a-t-il affirmé.

La vitesse des succès de l’armée syrienne à Deir ez-Zor pourrait être due à une décision manifeste de l’État islamique de battre précipitamment en retraite.

Une agence de presse basée dans le nord-est de la Syrie et généralement bien informée, Jorf News, a rapporté la semaine dernière que Yassen Salama Muadedi, l’émir de l’État islamique chargé de la guerre en Syrie, également connu sous le nom d’Abou Taha, avait convoqué les commandants du groupe à une réunion le 12 septembre à al-Qaïm, dans l’ouest de l’Irak.

Selon Jorf News, il a ordonné le retrait immédiat des forces de l’État islamique de Raqqa et Deir ez-Zor après avoir critiqué des commandants du groupe pour leur négligence, leur mauvaise planification et leurs agissements de corruption.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.