EXCLUSIF : Blair a rencontré Khaled Mechaal pour négocier la fin du siège de Gaza

EXCLUSIF : Blair a rencontré Khaled Mechaal pour négocier la fin du siège de Gaza

#PolitiquePalestinienne

Ces discussions sont considérées comme la preuve de l’échec des conditions posées par le Quartet il y a huit ans concernant la reconnaissance d’Israël par le Hamas avant le début de négociations

L’ancien Premier ministre britannique et ancien envoyé spécial du Quartet pour la paix au Moyen-Orient, Tony Blair (AFP)
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22 juin 2015
Last update: 
Tuesday 13 October 2015 12:26 UTC
Last Update French: 
13 octobre 2015

Tony Blair a rencontré Khaled Mechaal, le chef du Hamas, à deux reprises à Doha afin de négocier un plan visant à mettre fin au siège de Gaza qui dure depuis huit ans, a appris Middle East Eye.

Blair a rencontré Mechaal avant sa démission de son poste d’émissaire au Moyen-Orient pour le Quartet en mai, mais le dialogue se poursuit avec lui et ses collaborateurs, d’après les informations de MEE.

Tony Blair, accompagné d’autres anciens responsables britanniques, a discuté des moyens de mettre fin au siège de Gaza. Parmi les enjeux essentiels figure un cessez-le-feu, ce qui pourrait constituer un tournant, en échange de l'obtention d’un port maritime et peut-être d’un aéroport à Gaza. Les termes d’un cessez-le-feu, sa durée, ainsi que d’autres détails de l’accord doivent encore être précisés.

Blair est l’un des nombreux envoyés des Nations unies et de l’Union européenne à s’être rendu à Gaza au cours des six derniers mois. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, Mohammed al-Emadi (président du Comité national du Qatar pour la reconstruction de Gaza), Paul Garnier (ambassadeur suisse auprès de l’Autorité palestinienne) et Frank-Walter Steinmeyer (ministre allemand des Affaires étrangères) ont tous récemment effectué le même voyage. Steinmeyer a qualifié Gaza de « baril de poudre » qui risque d’exploser.

Toutefois, le dialogue de Doha entre Tony Blair et Khaled Mechaal est considéré comme le plus sérieux et soutenu à avoir lieu avec le groupe palestinien jusqu’à présent. MEE croit comprendre que Blair a le soutien du Premier ministre britannique David Cameron, de Washington, de l’Union européenne et que les Israéliens ainsi que deux pays arabes sont au courant.

Le bureau de Tony Blair et le Hamas ont tous deux refusé de confirmer ou de nier les réunions en réponse aux questions posées par courriel par MEE. Cependant, des sources européennes et palestiniennes indépendantes ont confirmé ces réunions et ont déclaré que les discussions sont encore loin de leur conclusion.

L’offre de Blair est intelligemment présentée, selon les sources de MEE, et a produit des réactions opposées au sein du Hamas.

D’une part, l’offre elle-même est considérée comme la preuve de l’échec des conditions posées il y a huit ans par le Quartet concernant la reconnaissance d’Israël par le Hamas avant que celui-ci puisse participer aux négociations. Ni la reconnaissance d’Israël ni la demande de désarmement du Hamas – en particulier ses roquettes – ne sont en jeu.

Pour la première fois, le Hamas, et non l’Autorité palestinienne, tient le premier rôle dans les négociations au sujet de la bande de Gaza. De plus, ces discussions rendent absurdes les tentatives répétées de l’UE visant à déclarer le Hamas comme une organisation terroriste. L’UE fait appel d’un jugement des instances de l’UE selon lequel le Hamas devrait être retiré de sa liste terroriste.

Ensuite, l’offre elle-même serait une reconnaissance du rôle central du Hamas à Gaza selon les sources de MEE. Le fait que Tony Blair se tourne vers Khaled Mechaal signifie que les alliés occidentaux d’Israël réalisent qu’ils n’ont pas d'autre interlocuteur à Gaza. Trois guerres, le siège, le refus du président palestinien Mahmoud Abbas de laisser passer des fonds aux travailleurs du Hamas à Gaza, ont tous été fondés sur le fait de mettre la pression sur les Gazaouis afin qu’ils rejettent le Hamas.

Par ailleurs, cette offre est une occasion pour le Hamas et Gaza de se libérer de la sphère d’influence de l’Égypte. La décision du dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi de démolir la moitié de la ville frontalière de Rafah, fermant 521 tunnels et le point de passage de la frontière elle-même, a causé autant de difficultés dans la bande de Gaza que la fermeture de la frontière israélienne.

Cependant, le passage de la frontière égyptienne a été ouvert récemment, ce qui ne serait pas sans lien avec les discussions, permettant ainsi le passage de ciment pour la reconstruction, et le Hamas a été retiré de la liste des organisations terroristes par un tribunal égyptien. Un port maritime priverait définitivement l’Égypte de sa capacité de fermer la frontière. Les sources de MEE affirment que Sissi n’aura aucun droit de veto sur cette affaire.

D’autre part, l’offre, qualifiée de « trop belle pour être vraie » par certains, a provoqué la méfiance chez d’autres.

Premièrement, certains se méfient de Blair lui-même, après le rôle qu’il a joué au Moyen-Orient, à la fois comme Premier ministre britannique ayant envahi l’Irak en 2003 et en tant qu’envoyé ayant donné à Israël une protection internationale lors de chaque guerre.

Depuis que le coup d’état militaire a renversé les Frères musulmans (alliés du Hamas) en Égypte en 2013, Blair a largement soutenu Sissi. Blair a déclaré  lors d’une visite en Égypte en tant qu’émissaire pour le Quartet : « Le fait est que les Frères musulmans ont tenté d’éloigner le pays de ses valeurs fondamentales d’espoir et de progrès. L’armée est intervenue, sur la volonté du peuple, afin de permettre au pays d’atteindre la prochaine étape de son développement, qui devrait être démocratique. Nous devons aider le nouveau gouvernement à y parvenir ».

En Grande-Bretagne, Tony Blair a relié les Frères musulmans à ce qu’il appelle « la pénétration islamiste » de la société occidentale : « La population musulmane en Europe représente maintenant plus de 40 millions de personnes et augmente. Les Frères musulmans et d’autres organisations sont de plus en plus actifs et ils opèrent sans enquête approfondie ni contrainte. La récente controverse sur les écoles à Birmingham (et des allégations similaires en France) montre que la pénétration islamiste de nos propres sociétés suscite de vives inquiétudes ».

Le fait que Blair reconnaisse que le Hamas ne peut pas être renversé militairement est aussi une arme à double tranchant, lui qui fait valoir qu’un accord de paix pourrait être un autre moyen d’atteindre le même but. Il a déclaré : « Le Hamas ne sera pas détruit... on ne détruira le Hamas en tant qu’entité politique... je sais que cela ne se produira que dans le contexte d’une voie à suivre, en particulier pour la population de Gaza, qui leur donne un peu d’espoir pour l’avenir, parce que, finalement, un mouvement politique comme celui-ci a le soutien dont il a besoin sur le terrain, et vous avez besoin de transférer... retirer ce soutien ».

Une offre de Blair, qui conserve des liens étroits avec les Émirats et Sisi – qui promeuvent tous deux activement l’ancien chef du Fatah Mohammed Dahlan – pourrait être considérée comme un piège pour le Hamas.

Alors que l’offre ne concerne que la bande de Gaza et qu'Abbas a pratiquement rompu l’accord qu’il a conclu avec le Hamas sur un gouvernement d’union nationale, le Hamas se raccroche toujours à la perspective d’un gouvernement d’unité qui fonctionnera un jour, ont indiqué les sources. Il a hâte de conclure une entente séparée avec Israël, qui pourrait l’écarter du reste de la Palestine. Ceci constitue une des raisons pour lesquelles cet accord ne sera pas considéré comme une fin au conflit, et que le cessez-le-feu ne sera que temporaire pour mettre fin au siège.

Indépendamment de l’issue de cette dernière initiative, ces discussions sont considérées comme une percée politique pour le Hamas : un farouche opposant reconnaît que les négociations avec ce dernier sont inévitables. Toutefois, le Hamas prend garde à ne pas suivre le même chemin que le Fatah et son échec dans ses négociations avec Israël.

Une source de MEE a déclaré : « La grande question est la suivante : le Hamas sera-t-il en mesure d’ouvrir un nouveau chapitre dans la négociation politique, différent de celui du Fatah ? Pour les Palestiniens, les négociations de paix ont seulement conduit à des concessions et l’abandon de droits. Le plus gros problème débattu au sein du Hamas consiste à déterminer s'ils sont en train de répéter les erreurs du Fatah ou si le résultat sera différent pour les Palestiniens, cette fois ? »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.