EXCLUSIF : Le fils du défunt roi parmi les victimes de torture en Arabie saoudite

EXCLUSIF : Le fils du défunt roi parmi les victimes de torture en Arabie saoudite

#ArabieSaoudite

Des sources confirment que le prince Miteb, fils du défunt roi Abdallah, figure parmi les six princes qui ont dû être hospitalisés après leur arrestation au cours de la purge saoudienne

Le prince Miteb ben Abdallah, photographié à Paris en 2014 (Reuters)
- David Hearst's picture
17 novembre 2017
Last update: 
Saturday 18 November 2017 7:15 UTC
Last Update French: 
18 novembre 2017

Le prince Miteb ben Abdallah, fils du défunt roi Abdallah, qui fut autrefois considéré comme un futur prince héritier, a été battu et torturé comme cinq autres princes lorsqu’il a été arrêté et interrogé à Riyad pendant la purge politique en cours dans le royaume, selon des informations confirmées par Middle East Eye.

Ces six princes ont été admis à l’hôpital dans les 24 heures suivant leur arrestation. L’un d’eux était en si mauvaise condition qu’il a été admis dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital – ce qui survient en cas de risque important pour la vie d’un patient, comme une défaillance des organes, du cœur, des poumons, des reins, ou une pression artérielle élevée.

Le personnel de l’hôpital a été informé que les blessures subies dans chaque cas résultaient de « tentatives de suicide ». Tous avaient été roués de coups, mais aucun ne présentait de fracture. Les marques sur leurs corps étaient compatibles avec les empreintes laissées par des bottes militaires.

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Au moins dix-sept des personnes détenues ont été emmenées à l’hôpital, mais le nombre de personnes malmenées au cours de la purge ordonnée par l’actuel prince héritier Mohammed ben Salmane est certainement plus élevé, selon les sources de MEE qui ne peuvent pas être nommées pour des raisons de sécurité.

MEE a appris que des unités médicales ont maintenant été installées à l’hôtel Ritz-Carlton où ont eu lieu les passages à tabac. Ceci afin d’éviter que les victimes de tortures ne soient emmenées à l’hôpital.

MEE a également appris qu’en plus du Ritz-Carlton, les détenus étaient également retenus dans deux autres hôtels, dont le Courtyard, un hôtel du quartier diplomatique situé en face du Ritz-Carlton.

Le Ritz-Carlton et le Courtyard sont tous deux gérés par la chaîne hôtelière Marriott International. Selon leurs sites web respectifs, consultés ce vendredi, les deux hôtels semblaient être complets et ne pas accepter de clients pendant tout le mois de décembre.



Le personnel de l’hôpital a été informé que les blessures subies dans chaque cas résultaient de « tentatives de suicide ». Tous avaient été roués de coups, mais aucun ne présentait de fracture.

De 2013 jusqu’à son arrestation le 4 novembre, le prince Miteb, âgé de 65 ans, a été ministre de la Garde nationale, une force militaire issue de tribus fidèles à la maison des Saoud dont le rôle principal est de protéger la famille royale.

Le prince Miteb est issu de l’armée et était considéré comme l’un des prétendants potentiels à la succession de son père sur le trône, avant la nomination de l’actuel roi Salmane au rang de prince héritier en 2012.

MEE est également en mesure de confirmer que le prince Abdelaziz ben Fahd, le fils du défunt roi Fahd qui a été arrêté début septembre, après le hadj de cette année, a été admis à l’hôpital à un moment proche de son arrestation. On ignore pour l’heure ce qu’il lui est arrivé.



Le Courtyard, géré par la chaîne hôtelière Marriott International (Marriott)

La purge, menée au nom d’une campagne anticorruption, a également impliqué le gel d’environ 1 700 comptes bancaires.

Selon une source américaine, Mohammed ben Salmane a affirmé avoir l’intention de collecter 1 000 milliards de dollars auprès des princes et des hommes d’affaires qu’il a fait arrêter.

Le Financial Times a rapporté ce jeudi que les autorités saoudiennes proposaient des marchés aux détenus, y compris à des magnats milliardaires tels qu’Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz, qui les obligeraient à céder jusqu’à 70 % de leurs richesses en échange de leur liberté. 



Les arrestations, les interrogatoires et les mauvais traitements infligés dans des hôtels appartenant à une chaîne américaine de réputation internationale ont soulevé des questions sur la façon dont Marriott International a autorisé l’usage de ses locaux pour de telles pratiques.

MEE a demandé à Marriott International de clarifier sa politique quant à l’autorisation d’utiliser ses locaux comme centres de détention, invitant également la chaîne à commenter les allégations selon lesquelles des détenus y étaient torturés.

Un porte-parole a déclaré : « Le Ritz-Carlton de Riyad et le Courtyard Diplomatic Quarter ne remplissent pas la fonction d’hôtels traditionnels pour le moment. Nous continuons de coopérer avec les autorités locales sur cette question. »

« Nous restons en contact étroit avec les clients et les groupes qui ont effectué des réservations ; nous travaillons avec eux afin de les aider dans leurs réservations et de perturber le moins possible la planification de leur voyage et de leurs événements. »

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.