« Je pense qu’il y aura une guerre » : les Kurdes irakiens redoutent les conséquences du référendum

« Je pense qu’il y aura une guerre » : les Kurdes irakiens redoutent les conséquences du référendum

#Kurdes

Alors qu’approche l’échéance du vote controversé sur l’indépendance, les tensions se sont accrues dans les zones contrôlées par les forces kurdes situées à l’extérieur des frontières originales du Gouvernement régional du Kurdistan

Les partisans du référendum se rassemblent à Kirkouk, l’une des nombreuses régions contestées sous contrôle du GRK (Reuters)
- Tom Westcott's picture
14 septembre 2017
Last update: 
Thursday 14 September 2017 8:57 UTC
Last Update French: 
14 septembre 2017

ERBIL, Kurdistan irakien – Des craintes d’un nouveau conflit dans le nord de l’Irak émergent alors que les Kurdes irakiens s’apprêtent à tenir un vote controversé sur leur indépendance le 25 septembre.

Le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) a refusé les demandes répétées de Bagdad et des autorités américaines et régionales de reporter son référendum, arguant qu’il ne le ferait qu’à la condition qu’une alternative lui soit présentée par le gouvernement central irakien.

Les tensions se sont accrues dans les zones libérées par les forces du GRK qui se trouvent en dehors des frontières originales de la région datant de 2003, notamment la ville de Kirkouk. Lundi, le président du GRK, Massoud Barzani, a déclaré que « toute tentative de changer la réalité en utilisant la force » à Kirkouk « devrait prévoir que tous les Kurdes seront prêts à se battre ».

« Nous allons faire face à des problèmes frontaliers […] et je suis persuadé qu’il y aura une autre guerre, et bientôt »

– Jutyar Mahmoud, membre de la Commission référendaire

Le Dr Jutyar Mahmoud, membre de la commission référendaire sur l’indépendance de la région, a déclaré à Middle East Eye que les territoires disputés tels que Kirkouk concentraient les craintes d’un nouvel embrasement après le référendum.

« Nous allons faire face à des problèmes frontaliers dans un avenir proche et je suis persuadé qu’il y aura une autre guerre, et bientôt », a-t-il déclaré.

Il a qualifié l’Irak de « faible militairement », après trois ans de lutte contre l’État islamique (EI), pendant lesquels les forces du pays ont subi des pertes considérables, en particulier lors des neuf derniers mois de combats pour libérer Mossoul.

Mais selon lui, l’autre armée irakienne – les Forces paramilitaires de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) soutenues par l’Iran – pose une menace plus grande encore.

« Les Hachd constituent une autre menace et il se peut que l’Iran les pousse à nous combattre », a déclaré Mahmoud, ajoutant que le Premier ministre irakien Haïder al-Abadi « ne contrôle pas les Hachd mais [que] l’Iran le peut ».



Jutyar Mahmoud considère les Hachd al-Chaabi comme une menace plus grande que l’armée régulière de l’Irak (AFP)

Actes hostiles

Ses commentaires ont précédé les récents épisodes d’agitation dans certaines des régions frontalières disputées. Samedi, des habitants arabes de Mandali, dans la province de Diyala, ont retiré le drapeau du GRK d’un bâtiment du conseil municipal et organisé une manifestation armée, quoique pacifique, dans la ville.

Le lendemain, le conseil municipal a licencié le maire kurde et annulé un vote précédent qui approuvait la participation de la ville au référendum, selon l’agence de presse kurde Rudaw. Les allégations selon lesquelles les Hachd étaient impliquées et avaient fait pression sur le conseil municipal ont été démenties par une source bien placée, qui a déclaré que ces actions n’étaient pas conformes aux politiques des Forces de mobilisation populaire.

Cette source a déclaré à MEE que si des combattants locaux affiliés aux Hachd étaient impliqués, ils ne représentaient qu’eux-mêmes et pas les Hachd al-Chaabi.

Toujours samedi, les Turkmènes kurdes ont été invités à boycotter le référendum par huit partis turkmènes à Kirkouk, qui ont répété le discours de Bagdad selon lequel ce vote est inconstitutionnel.

À Sinjar, 2 000 Yazidis ont rejoint les Hachd, selon le porte-parole de ces derniers, Ahmed al-Asadi.

Les réfugiés yazidis vivant dans les camps ont déclaré que cette décision avait été provoquée par le mécontentement vis-à-vis des forces peshmergas kurdes qui ne les avaient pas protégés de l’EI en 2014 et à la négligence et à la marginalisation continuelles des Yazidis sous le GRK.

La limitation de l’éligibilité des électeurs s’ajoute aux tensions existantes. Bien que le nord de l’Irak soit depuis longtemps diversifié sur le plan ethnique, les Arabes déplacés dans le cadre des programmes d’arabisation de l’ancien dirigeant irakien Saddam Hussein ne pourront pas voter lors du référendum, a déclaré Jutyar Mahmoud.

Le vote dans les territoires disputés serait également limité aux zones contrôlées par les peshmergas, a précisé Mahmoud, ajoutant que les Forces de mobilisation populaire avaient clairement indiqué qu’elles n’accepteraient pas que des urnes soient placées dans des zones sous leur contrôle.

La poudrière de Kirkouk

Les forces peshmergas et de mobilisation populaire ont une forte présence militaire dans plusieurs territoires contestés, notamment la province de Kirkouk.

Plusieurs milliers de combattants turkmènes des Hachd al-Chaabi contrôleraient ce que leur porte-parole, Asadi, a affirmé être la part du lion dans la province, mais il a insisté sur le fait que toute évocation de guerre n’était que fanfaronnade politique.

« Les Hachd al-Chaabi ont été fondées pour assurer la stabilité et la sécurité de l’Irak, et non pour déclencher des guerres sectaires ou régionales », a-t-il déclaré à Middle East Eye.

« Les affaires au Kurdistan ne mèneront pas à la guerre »

– Ahmed al-Asadi, porte-parole des Hachd al-Chaabi

« Quiconque promeut ces idées de guerre entre l’Irak et le Kurdistan est un adversaire visant à déstabiliser la sécurité et la stabilité de l’Irak. »

« Les affaires au Kurdistan ne mèneront pas à la guerre et ces discussions ne sont qu’une tempête politique passagère afin de satisfaire certaines questions politiques pour certains politiciens kurdes. »

« Nous considérons le Kurdistan comme un territoire irakien et nous le défendrons comme nous continuons à défendre l’ensemble de l’Irak. »

Ahmed al-Asadi a observé que « les liens fraternels » entre les combattants des Hachd al-Chaabi et les Kurdes avaient été prouvés par la façon dont ils se tenaient unis dans la même tranchée pour défendre l’Irak dans la lutte contre l’EI.



Bagdad et les autorités américaines et régionales ont demandé au GRK de reporter son référendum (Reuters)

Liens fraternels

Le Dr Kemal Kerkuki, un commandant peshmerga stationné près de Hawija, occupée par l’EI, a fait écho à ce sentiment, estimant que les risques de guerre avec l’Irak étaient « très, très faibles, voire impossibles ».

Il était toutefois désireux de rappeler la force des peshmergas. « Les forces peshmergas sont toujours prêtes à défendre nos terres et je pense que la lutte contre l’EI a montré au monde entier de quoi nos forces sont capables », a-t-il déclaré.

« Cependant, nous sommes déterminés à utiliser le référendum et tous les outils démocratiques dans nos négociations avec Bagdad pour un divorce à l’amiable. »

« Le référendum est un outil pour désamorcer les conflits guerriers et intra-urbains dans les zones nouvellement libérées »

– Kemal Kerkuki, commandant peshmerga

Kerkuki a insisté sur le fait que vaincre l’EI restait une priorité pour le GRK et pour Bagdad, ajoutant qu’une coopération continue existait entre les forces irakiennes et peshmergas.

Après avoir rapidement vaincu l’EI à Tal Afar, les forces irakiennes se préparent maintenant à reprendre Hawija, dans l’une des nombreuses zones contestées le long de la frontière entre le GRK et l’Irak.

Kerkuki a reconnu qu’il y avait des problèmes récurrents entre les forces irakiennes rivales, mais s’est dit persuadé que le référendum aiderait à résoudre plutôt qu’exacerber les problèmes dans les régions frontalières.

« Le référendum est un outil pacifique et démocratique pour résoudre les problèmes chroniques entre la région du Kurdistan et l’Irak », a-t-il affirmé.

« Le référendum est un outil pour désamorcer les conflits guerriers et intra-urbains dans les zones nouvellement libérées, en particulier les soi-disant ”zones contestées”. »

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.