José María Ridao, le diplomate espagnol blacklisté par l’Algérie

José María Ridao, le diplomate espagnol blacklisté par l’Algérie

#Diplomatie

Alger n’a pas délivré d’agrément à José María Ridao, nommé consul au printemps. Les médias marocains et espagnols expliquent ce refus par la « ligne promarocaine » du diplomate qui en 2001, cosigna… une violente tribune contre le pouvoir algérien

En parallèle de sa carrière diplomatique, José María Ridao a écrit de nombreux livres (Twitter @EmbEspHolanda)
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10 septembre 2017
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Sunday 10 September 2017 12:42 UTC
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10 septembre 2017

ALGER – Il devait être consul à Alger, il sera finalement en poste à Washington : selon le quotidien espagnol El País, le diplomate José María Ridao, nommé par son gouvernement pour occuper le poste de consul à Alger au printemps, n’a pas obtenu l’agrément de l’Algérie.

« Le gouvernement algérien n’a pas donné de raison au rejet de la proposition de l’Espagne, en vertu de la convention de Vienne sur les relations internationales selon laquelle les gouvernements n’ont pas à se justifier de leur refus face aux propositions de consuls », peut-on lire dans le journal.

Pour le site d’informations le 360.ma, c’est sa « ligne promarocaine » qui serait en cause. Des sources officieuses auraient laissé entendre à El País qu’Alger n’appréciait pas la thèse développée par José Maria Ridao dans son livre « El vacío elocuente. Ensayos sobre Camus ». Son amitié avec l’écrivain Juan Goytisolo, décédé en juin et qui vivait depuis plusieurs années à Marrakech, au Maroc, poserait aussi problème.  

Mais une autre raison pourrait aussi expliquer le refus d’Alger.

En 2001, José María Ridao avait signé dans El País, aux côtés d’autres intellectuels comme le sociologue français Pierre Bourdieu ou l’économiste britannique William Byrd une tribune appelant les gouvernements européens à « agir » contre « le régime algérien ».  

Cet appel exigeait que l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie « soit conditionné par le respect des droits de l’homme et l’instauration d’un État de droit », que « l’Algérie accepte les enquêtes des envoyés spéciaux de l’ONU sur la torture et les disparitions forcées », que les États membres « arrêtent et jugent les militaires algériens responsables ou complices de violations des droits humaines » et la constitution d’un tribunal pénal international compétent pour « juger les responsables algériens, quels qu’ils soient, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Algérie ».

Licencié en droit et en philosophie arabe, José María Ridao a commencé sa carrière diplomatique en 1988. Il la mit entre parenthèses en 2004 mais fut rappelé par le gouvernement socialiste de Rodríguez Zapatero qui le désigna ambassadeur d’Espagne à l’UNESCO jusqu’en 2006. Puis il commença à écrire pour El País et intégra la chaîne de télévision Ser comme consultant.