Les Palestiniens prêts à en découdre au premier tournoi international de taekwondo

Les Palestiniens prêts à en découdre au premier tournoi international de taekwondo

#Sport

Organisé en Palestine, à l'université de Birzeit, près de Ramallah, le premier championnat international de taekwondo est une grande réussite pour le pays

Karina Zhdanova (Russie) affronte Shahd Torman (Jordanie) (MEE/Eloise Bollack)
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03 août 2016
Last update: 
Thursday 4 August 2016 9:46 UTC
Last Update French: 
04 août 2016

BIRZEIT, Palestine – Rien ne laissait penser à autre chose qu’un tournoi international classique lorsque le champion de taekwondo, Malek Abu Alrob, se présenta sur le tatami pour affronter son adversaire marocain. Il leva les yeux vers sa famille, présente sur les gradins : sa mère, son père, ses trois frères, sa tante et quelques oncles, tous venus l'encourager.



Malek Abu Alrob, 23 ans, est le plus grand champion palestinien de taekwondo. Il s’est classé troisième aux Championnats d'Asie de 2014 et a remporté la médaille d'or aux Championnats arabes de 2015 (MEE/Eloise Bollack)

Pourtant, ce tournoi n’était pas comme les autres pour Malek. Après seize ans d’entraînement en taekwondo, il allait être vu pour la première fois par sa famille et à l’occasion d’une compétition de niveau international. Ils ne suivraient pas ce match devant leur poste de télévision ou autour de la radio parce que, pour la première fois, Malek participait à un événement organisé dans son propre pays : la Palestine.

« J’éprouvais un plaisir incroyable à voir ma famille, venue me soutenir, ici, dans mon propre pays, sans avoir à se déplacer à l'étranger. Je suis galvanisé de les savoir là », a confié Malek à Middle East Eye.

Pour les Palestiniens comme Malek et son frère Yusef, ce premier championnat international de taekwondo en Palestine (du 18 au 20 Juillet à l'université de Birzeit, près de Ramallah) était une occasion exceptionnelle de démontrer leurs compétences sur la scène internationale, tout en restant dans leur pays d'origine.



Troisième journée du premier tournoi international de taekwondo en Palestine : d’un coup de pied, un combattant russe met KO son adversaire (MEE/Eloise Bollack)

Pour la Palestine, organisatrice de ce tournoi, qui exige de respecter des normes très exigeantes et d’appliquer rigoureusement les règlements internationaux de taekwondo, c’était déjà  une grande victoire en tant que telle: en effet, pour la troisième fois seulement un pays arabe accueillait un tournoi homologué par la Fédération Mondiale de Taekwondo (WTF). Elle prenait donc le relais du Maroc et des Émirats Arabes Unis.



Un champion palestinien est soigné par des médecins, sous les yeux attentifs de son adversaire (MEE/Eloise Bollack)

La Fédération palestinienne de Taekwondo, en collaboration avec le Comité olympique palestinien, a organisé et planifié l'événement.



La Jordanienne Shahd Torman, 22 ans, s’entraîne avant de disputer son combat. Plusieurs compétiteurs n’ont pas pu participer au tournoi car ils ont été refoulés à la frontière (MEE/Eloise Bollack)

« Devant le bilan des victoires palestiniennes en taekwondo ces deux dernières années, l'idée d’accueillir notre premier tournoi international s’est imposée », a confié à MEE Omar Kabaha, président de la Fédération palestinienne de Taekwondo.



Dans le pavillon de toile réservé aux entraînements, Eman Adaileh, Jordanienne de 19 ans, est en pleine séance d’étirements (MEE/Eloise Bollack)

« La fédération palestinienne n’est certes pas très importante, et elle est loin de disposer des ressources et équipements dont jouissent certains grands pays, mais c’est néanmoins avec enthousiasme que la WTF a accueilli favorablement notre candidature, et elle nous a offert un soutien sans faille. »



La Russe Karina Zhdanova se prépare pour son premier combat, lors du premier Tournoi Open international de Taekwondo en Palestine, organisé au gymnase de l'université de Birzeit, du 18 au 20 juillet 2016 (MEE/Eloise Bollack)

Avec 321 athlètes et 13 pays participants, l’organisation de ce premier tournoi international du pays n'a pas été une mince affaire, d’autant plus que la Palestine n'a pas compétence sur ses frontières : faire venir des équipes étrangères relevait de l’exploit.



En cas de mauvaise entorse ou d’une chute pendant la rencontre, les combattants bénéficient des secours de médecins (MEE/Eloise Bollack)

Pour entrer dans le pays, les équipes ont reçu des autorités israéliennes un permis officiel, à présenter à la frontière. D’après Ahmad al-Ali, porte-parole de la Fédération palestinienne de Taekwondo, même avec ce document officiel, certaines équipes et compétiteurs indépendants ont été refoulés.

« Les Israéliens ont refusé ce permis à 41 personnes, qui ont été définitivement interdites de séjour », a déclaré avec regret Ahmad à MEE. « Entre autres, une famille de Gaza, environ 28 personnes, ainsi qu’un compétiteur turc et le chef de la délégation jordanienne. » Seuls 20 juges sur les 36 prévus ont réussi à entrer à Ramallah.



Les juges internationaux comptent les points et arbitrent le combat (MEE/Eloise Bollack)

Ceux qui ont effectivement reçu leur laisser passer n’étaient pas au bout de leurs peines : longues files d’attente et interrogatoires interminables les attendaient à la frontière jordanienne. Les membres de l'équipe jordanienne de Zarqa ont signalé à MEE que, même avec l'invitation en main, « les Israéliens donnaient l’impression de ne pas en tenir compte. Ils ont refoulé certaines personnes de notre équipe alors que nous étions déjà à la frontière ».



Le Jordanien Raed Thabit s’échauffe avant son combat (MEE/Eloise Bollack)

D'autres participants se sont retrouvés mêlés fortuitement à de graves événements internationaux. L'équipe marocaine a été bloquée pendant 30 heures à l'aéroport d'Istanbul, suite à la récente tentative de putsch militaire en Turquie. « Nous avons dû rester assis là, impuissants, à attendre qu’évolue la situation, et elle s’est enfin débloquée », a dit à MEE un combattant marocain, en riant. « On s’était déjà fait à l’idée de devoir rentrer au Maroc, mais par bonheur, tout s’est finalement arrangé, et nous sommes bien arrivés. »

Malgré les problèmes logistiques auxquels se sont heurtés les compétiteurs et leurs équipes, les organisateurs ont choisi de rester positifs : la Palestine a réussi à organiser un tournoi international G1. Bien que le G1 soit le niveau minimum pour l’homologation d’un tournoi par le WTF,il n'eu demeure pas moins vrai que cela constitue une grande réussite pour un petit pays, et aux maigres ressources, comme la Palestine.



Après avoir gagné sa médaille d'or le deuxième jour du tournoi, Yusuf Abu Alrob prend de la hauteur et assiste aux matchs (MEE/Eloise Bollack)

« La Palestine a démontré sa capacité à organiser un tournoi international de haut calibre, et nous pouvons le faire », a dit Omar Kabaha à MEE. « Nous avons une équipe nationale, nos combattants sont talentueux, et nous avons désormais à notre actif un tournoi de G1. Bientôt, c’est un G2 qui se tiendra ici, ainsi que le Championnat d'Asie en Palestine, voire les championnats du monde. »

Malek nourrit de grandes ambitions pour sa propre carrière également : certes, il ne s’est pas qualifié cette année pour les Jeux olympiques, mais il compte bien tenter de nouveau sa chance dans quatre ans. Jusque-là, il lui reste une dernière année d’université à terminer – il étudie en comptabilité – et une fois son diplôme en poche, il prévoit de devenir chauffeur de taxi pour continuer à financer sa formation de taekwondo.

 

Traduit de l’anglais (original) par Dominique Macabies.