Maghreb : une banque ADN pour les migrants et les combattants armés

Maghreb : une banque ADN pour les migrants et les combattants armés

#ForteresseEurope

Dans le cadre du Dialogue 5 + 5, les pays de la Méditerranée ont décidé de se doter d'un outil pour l'identification des personnes portées disparues, migrants mais aussi combattants armés présumés

Ces bases de données ADN auraient d'abord été pensées pour identifier les personnes disparues en mer (AFP)
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13 avril 2017
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Thursday 13 April 2017 14:22 UTC
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13 avril 2017

L’Algérie a commencé il y a quelques semaines à mettre en place une base de données ADN sur les personnes disparues, retrouvées mortes en mer ou arrêtées.

Ce projet a été lancé dans le cadre du Dialogue 5 + 5, un cadre de rencontre entre les États de la Méditerranée occidentale qui réunit cinq États de la rive sud de la Méditerranée – Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye –  et cinq pays de la rive nord – Portugal, Espagne, France, Italie et Malte.

« Les pays de la rive sud doivent chacun créer leur base de données afin de pouvoir procéder à des échanges d’informations avec ceux de la rive nord », explique une source sécuritaire algérienne à Middle East Eye.

L’idée remonte à fin 2015 quand les Européens se sont aperçus que certains points de passage pour les migrants servaient aussi aux combattants armés qui avaient rejoint les rangs de l’EI.

« Nous effectuons les prélèvements sur les corps que nous retrouvons en mer ou sur les personnes dont les proches ont disparu ou encore sur les harragas (migrants algériens) arrêtés par les autorités », explique une source sécuritaire algérienne à Middle East Eye.

En effet, le code pénal algérien punit de deux à six mois de prison et d’une amende de 20 000 à 60 000 DA « tout Algérien ou étranger résident quittant le territoire national d’une façon illicite. »

À LIRE : Les malheureux de la mer, une perspective algérienne

Ce mercredi, les gardes-côtes d’Oran ont par exemple intercepté, selon l’Agence de presse officielle, deux groupes de 12 et 21 candidats, en majorité des ressortissants d’Afrique subsaharienne, qui tentaient de prendre la mer.  

« Certaines enquêtes sur les personnes disparues ont révélé que l’Europe n’était pas toujours la destination choisie », poursuit notre interlocuteur. « Nous en soupçonnons certaines d’être parties se battre en Libye. »

Pour une militante d’une association de défense des droits de l’homme installée dans la région pour protéger les populations migrantes, sollicitée par MEE, « la création de ce fichier et surtout son utilisation pose problème. Car on suppose que les autorités ne demandent pas leur accord aux personnes sur qui les prélèvements sont effectués. Ensuite, on est en droit de se demander qui a accès à ces données ? Car l’ADN n’est pas une simple empreinte : elle renseigne sur un individu mais aussi sur sa famille. »

Selon la source sécuritaire que nous avons contactée, les fichiers seraient gérés par les services de sécurité de chaque pays. « Ils serviront surtout à identifier la cause de la disparition des gens. »

Les pays européens cherchant de plus en plus intervenir sur les flux migratoires en amont, l’Italie s’est récemment entendue avec les tribus du sud de la Libye pour que ces dernières assurent un contrôle sur les 5 000 kilomètres de frontières sud où interviennent les passeurs de migrants.

L’Union européenne (UE) assure également la formation de 90 gardes-côtes libyens qui devraient être opérationnels d’ici au mois de mai et que l’Italie doit équiper de vedettes libyennes saisies.



Gardes-frontières tabous en Libye (MEE/Tom Westcott)