Au Maroc, les imams superstars enflamment les nuits du Ramadan

Au Maroc, les imams superstars enflamment les nuits du Ramadan

#Ramadan

Ils ont des pages Facebook où ils donnent des conseils religieux, se font filmer par leurs fans et participent à des concours de récitation du Coran : au Maroc, la notoriété des imams a explosé grâce aux réseaux sociaux

Al-Ayoune al-Kouchi, célèbre imam de Casablanca (Facebook)
Reda Zaireg's picture
24 juin 2017
Last update: 
Saturday 24 June 2017 8:34 UTC
Last Update French: 
24 juin 2017

MARRAKECH et RABAT, Maroc – Dans le quartier de M'hamid, à Marrakech, c'est une longue marée humaine qui avance, tapis de prière sous l'épaule, vers la mosquée. « Je ne prie pas régulièrement, que Dieu me pardonne, mais je ne raterai pas la prière guidée par l’imam Cheikh Nabulssi », explique un fidèle, qui se désole de n'avoir pu « assister à la prière de l’imam Omar al-Qazabri à Casablanca. J'ai vu une vidéo de la clôture de la lecture du Coran à la mosquée Hassan II, et depuis, je n'ai que ça en tête : assister à la clôture de la lecture du Coran dans les premiers rangs derrière lui. »

Un peu plus que les autres soirs du Ramadan, le 27e (Laylat al-Qadr, nuit de la révélation du Coran), des dizaines de milliers de fidèles ont rempli les mosquées des grandes villes, venus parfois de très loin, en grande partie pour les imams qui y officient.

Car à l'époque des réseaux sociaux, un grand nombre d'imams connus possèdent des pages Facebook, où ils diffusent prêches, vidéos des tarawih (prières facultatives des soirs de Ramadan) et conseils religieux. Le plus illustre d'entre eux, Omar al-Qazabri totalise plus de 188 000 fans sur Facebook.

Considéré comme le plus illustre imam marocain, il s'est distingué il y a quelques jours lors de la clôture de la lecture du Coran à la mosquée Hassan II de Casablanca. Des vidéos ayant circulé sur les réseaux sociaux montraient des fidèles, émus aux larmes, en train de suivre Du'â' khatm al-Qur'ân (l'invocation de clôture de la récitation du Coran en tarawih) et de… filmer la scène. 

UUne scène qui a reçu un accueil mitigé, certains encourageant l'immortalisation de cet instant de piété, d'autres jugeant l'attitude des fidèles déplacée.

Né en 1974, al-Qazabri a achevé l'apprentissage du Coran à l'âge de 11 ans. Quelques années plus tard, il obtient son baccalauréat et voyage en Arabie saoudite pour parfaire sa connaissance du fiqh, la science religieuse. Il a étudié à l'Institut islamique de La Mecque et a été imam à la mosquée de l'université de Djeddah, en Arabie saoudite. À son retour au Maroc, il se fait connaître pour ses récitations à la mosquée du quartier Oulfa, à Casablanca.

Quelques années plus tard, il atteint la consécration après avoir été choisi pour devenir imam à la mosquée Hassan II de Casablanca, la plus grande mosquée du Maroc. Il a récemment dirigé la prière de la nuit du 27e jour du Ramadan à la mosquée Hassan II, en présence du roi Mohammed VI et du prince héritier Moulay al-Hassan.

Des concours pour les imams

Chaque ville du Maroc possède ses imams stars. Abderrahim Nabulssi à Marrakech, Mustapha El Bouyahyaoui à Tanger, Hassan Msemak à Temara. Casablanca, la métropole économique, est celle qui en compte le plus. En plus d'al-Qazabri, y officient, entre autres, Abdelaziz al-Kanouni et al-Ayoune al-Kouchi.

À cette occasion, le roi a présidé une veillée religieuse durant laquelle des versets du Coran ont été récités par Ezzoubiral-Ghouzi, 13 ans, lauréat du Prix national Mohammed VI de mémorisation, de déclamation et de psalmodie du Coran.

Le prix, à l'instar d'autres, est considéré comme un tremplin pour les jeunes réciteurs du Coran. Issus d'écoles coraniques, les jeunes réciteurs suivent un long parcours visant à parfaire leur formation ainsi que leur maîtrise du Coran, du fiqh et de la langue arabe avant de pouvoir diriger la prière.

Les forums religieux à l'avant-garde

Les nouveaux imams marocains doivent aussi leur émergence à une politique de promotion des réciteurs.

Chaque année, des dizaines d'entre eux se présentent au ministère des Habous (biens religieux) et des Affaires islamiques dans l'espoir d'obtenir l'autorisation d'animer les prières des tarawih. Le ministère les soumet à certains examens, visant à s'assurer de leur parfaite connaissance du Coran et de leur respect de la lecture de Warch, l'une des écoles de lecture du Coran. 

Le phénomène de la starification des imams n'a pas été concomitant à l'émergence des réseaux sociaux. Beaucoup s'accordent à dire que la tendance a surtout démarré avec Mustapha al-Gharbi. Considéré par certains comme le doyen des quraâ, les réciteurs du Coran, il drainait des dizaines de milliers de personnes à la mosquée Chouhada à Casablanca.

Mais depuis plusieurs années, la mode s’est développée, notamment grâce aux sites et aux forums islamiques, qui contribuent à faire connaître les imams et les réciteurs qui se distinguent.

Plusieurs groupes Whatsapp lancés par des fidèles consignent des vidéos de tarawih de plusieurs villes

L'apparition des réseaux sociaux a en ce sens joué un rôle de catalyseur en permettant de faire connaître certaines figures au plus grand nombre. « Dieu merci, grâce à Facebook, nous pouvons désormais visionner en direct les prières dans plusieurs mosquées, et profiter des meilleures récitations du Coran », commente Rachid dans une page Facebook consacrée aux imams et aux réciteurs du Maroc.

Comme lors des Ramadans précédents, plusieurs groupes Whatsapp lancés par des fidèles consignent des vidéos de tarawih de plusieurs villes, et contribuent à accroître la célébrité des stars montantes de la récitation coranique, notamment auprès de la diaspora marocaine. « Quand je vois les mosquées aussi fréquentées durant le Ramadan, je me dis que l’islam est et restera fort au Maroc. Mon pays me manque », lâche Mohamed, un Marocain résidant aux Pays-Bas.

Si certains imams et quraâ doyens ont acquis une grande respectabilité, les nouvelles figures du tajwid (autre nom de la récitation du Coran) sont relativement jeunes.

Omar al-Qazabri, à titre d'exemple, est âgé de 43 ans. Il fait partie d'une nouvelle génération d'imams marocains qui ont fait du tajwid un art, en travaillant au plus près leur technique vocale, leur intonation, la prononciation et les modes de récitation.