« Nous allons régler cela » : Trump promet de résoudre le conflit israélo-palestinien

« Nous allons régler cela » : Trump promet de résoudre le conflit israélo-palestinien

#OccupationPalestine

Le président américain a déclaré à son homologue palestinien qu’il s’engageait à conclure un accord de paix, mais a donné peu de détails

Trump rencontre Abbas dans le bureau ovale de la Maison-Blanche (AFP)
MEE et agences's picture
04 mai 2017
Last update: 
Thursday 4 May 2017 19:13 UTC
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04 mai 2017

Donald Trump a promis mercredi de travailler à négocier la paix entre Israël et les Palestiniens tandis qu’il accueillait son homologue palestinien, Mahmoud Abbas, à la Maison Blanche, mais n’a livré aucun indice sur la façon dont il pourrait relancer des négociations depuis longtemps dans l’impasse.

Lors de leur première rencontre en face à face, le président américain a pressé les dirigeants palestiniens de « parler d’une seule voix contre l’incitation » à la violence à l’encontre des Israéliens, mais il n’a pas engagé à nouveau son administration vis-à-vis d’une solution à deux États, un fondement de longue date de la politique américaine.

« Nous allons régler cela », a déclaré Trump à Abbas lors d’une apparition commune à la Maison Blanche, affirmant qu’il était prêt à agir comme médiateur, facilitateur ou arbitre entre les deux parties.

« Espérons que quelque chose de super en ressorte pour les Palestiniens et Israël », a déclaré le président américain, ajoutant qu’une solution « n’est franchement peut-être pas aussi difficile [à trouver] que ce que les gens ont pensé au fil des années. »

« Mais nous avons besoin de deux parties bien disposées. Nous croyons qu’Israël est bien disposé, nous croyons que vous êtes bien disposés, et si vous êtes tous les deux bien disposés, nous allons conclure un accord ».

Abbas a rapidement réaffirmé que l’objectif d’un État palestinien était vital pour tout processus de paix, rappelant que celui-ci devait avoir sa capitale à Jérusalem avec des frontières basées sur des lignes antérieures à 1967. Israël rejette un retour complet aux frontières de 1967 comme une menace pour sa sécurité.

Il a déclaré qu’avec « la direction courageuse et la sagesse [de Trump], ainsi que [sa] grande capacité de négociation », les Palestiniens seraient des partenaires en quête d’un « traité de paix historique ».

« Monsieur le Président, il est temps qu’Israël cesse son occupation sur notre peuple et de nos terres », a déclaré Abbas.

Les discussions à la Maison Blanche avec Abbas surviennent après une visite mi-février du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au cours de laquelle Trump a suscité les critiques de la communauté internationale quand il a semblé s’écarter du soutien à une solution à deux États, indiquant qu’il laisserait les parties elles-mêmes décider.

La nouvelle direction du Hamas

Cette rencontre est survenue quelques jours après que le Hamas, le groupe rival du Fatah d’Abbas, a publié un nouveau document politique réclamant un État palestinien dans les frontières déterminées par la guerre des Six jours en 1967.

Interrogé par CNN à Doha, le chef sortant du Hamas, Khaled Mechaal, a déclaré mercredi que Trump avait un « plus grand seuil d’audace » que les précédentes administrations américaines.

« C’est une occasion historique de faire pression sur Israël… afin de trouver une solution équitable pour le peuple palestinien », a-t-il déclaré. « La fin de l’obscurité dont nous souffrons depuis de nombreuses années sera portée au crédit du monde civilisé et de l’administration américaine. »

« C’est un appel de ma part à l’administration Trump de sortir des mauvaises approches du passé, lesquelles n’ont pas abouti à un résultat. Et peut-être de saisir l’opportunité présentée par le document du Hamas », a-t-il ajouté.

Cependant, le document du Hamas ne reconnaît toujours pas Israël.

« Israël ne reconnaît pas les droits des Palestiniens. Lorsque les Palestiniens auront leur propre État souverain et libre, alors ils pourront choisir sans pression extérieure », a-t-il affirmé lors de l’interview de CNN.

Les promesses de Trump surviennent dans un contexte de déclarations pro-israéliennes, notamment le vœu de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Le vice-président américain, Mike Pence, a déclaré mardi que Trump « réfléchit sérieusement à déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ».

Cette initiative susciterait la colère des Palestiniens et est officieusement considérée par de nombreux membres des institutions israéliennes et américaines de sécurité comme une provocation inutile.

Dans le même temps, Trump a exhorté Israël à refréner la construction de colonies en Cisjordanie, une préoccupation de longue date des Palestiniens et de la majeure partie du monde.

« L’intérêt monte et la bonne volonté s’accroît », a déclaré Pence lors d’un événement consacré à la fête nationale israélienne à la Maison Blanche.

Un « home run »

Le mandat d’Abbas devait expirer en 2009, mais il est resté au pouvoir sans élections.

Il espère que Trump saura faire pression sur Israël pour obtenir des concessions qu’il estime nécessaires pour sauver une solution à deux États dans l’un des conflits les plus anciens du monde.

Les responsables palestiniens ont vu leur cause éclipsée par les préoccupations mondiales, notamment la guerre en Syrie et les militants du groupe État islamique (EI), et veulent que la Maison Blanche de Trump ramène le sujet sur le devant de la scène.

La réunion de mercredi montre que « l’approche de Trump face au conflit israélo-palestinien est plus conventionnelle que celle à laquelle on s’attendait », a déclaré Ilan Goldenberg, du Centre for New American Security.

« La grande question maintenant, c’est ce que Trump va essayer d’accomplir au cours de cette première réunion. S’il opte pour le home run [coup au baseball] et tente de redémarrer les négociations, il risque d’échouer ».

« Au lieu de cela, Trump et son équipe devraient se concentrer sur différentes étapes visant à améliorer la situation sur le terrain, préserver la possibilité de la solution à deux États pour un autre moment et mettre en place les conditions pour des négociations à l’avenir ».

L’un des principaux conseillers de Trump, Jason Greenblatt, a mené des discussions de grande envergure avec des Israéliens et des Palestiniens lors d’une visite en mars.

Abbas et Trump ont discuté au téléphone le 11 mars et certains suggèrent que le président américain pourrait se rendre au Moyen-Orient ce mois-ci.

Trois sénateurs républicains influents ont demandé à Trump de demander à Abbas d’arrêter de financer les prisonniers palestiniens et leurs familles.

Cela pourrait constituer un important casse-tête politique national pour Abbas, qui lutte contre l’impopularité et les défis posés par les factions rivales.

Cependant, selon l’ancien responsable de la Maison Blanche, Dennis Ross, Trump aide Abbas en prolongeant l’invitation de la Maison Blanche.

« À certains égards, le président a déjà renforcé sa pertinence en l’invitant à venir. »

Toutefois, la méfiance mutuelle entre les Palestiniens et les Israéliens sera un grand, voire insurmontable, obstacle pour Trump.

« Le fossé entre les parties n’a probablement jamais été aussi grand », a déclaré Ross.

Au cours de ses quatre mois au pouvoir, Trump a eu des difficultés à traduire ses compétences à faire des affaires en gouvernance efficace.

Les efforts visant à revoir le système de santé, le système fiscal et les dépenses gouvernementales ont échoué, bien que le parti républicain de Trump contrôle non seulement la Maison Blanche, mais les deux chambres du Congrès.

Hady Amr, qui avait trente ans d’expérience sur le Moyen-Orient avant de travailler sur le processus de paix à plein temps pour le secrétaire d’État John Kerry, a déclaré à l’AFP que le coup de collier de Trump au Moyen-Orient pourrait également faiblir.

« Quand j’ai été mis sur cette mission 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, il y a trois ans et demi », a déclaré Amr, c’était encore plus complexe qu’il ne le pensait.

« J’espère me tromper, mais je pense que le président découvrira, comme il l’a découvert pour le système de santé, qu’il existe une raison pour laquelle cela n’a pas été résolu. »

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.