Pour un ex-émir d’AQMI, « le G5 est un projet mort-né »

Pour un ex-émir d’AQMI, « le G5 est un projet mort-né »

#Al-Qaïda

Yahia Abdou al-Hammam a publié un message audio qualifiant l’initiative du G5 comme un « projet mort-né », ciblant particulièrement la France

Le président français Emmanuel Macron salue le président tchadien Idriss Déby lors d’un sommet du G5 Sahel à Bamako en juillet 2017 (AFP)
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21 mars 2018
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Wednesday 21 March 2018 9:08 UTC
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21 mars 2018

L’intervention française au Mali a « certes réussi à éloigner les moudjahidine [combattants] des villes, mais elle a surtout multiplié leur nombre », « a permis d’élargir leurs rangs à toutes les tribus du Mali » et « d’étendre le djihad à tout le pays et au-delà ».

Dans un message audio diffusé il y a quelques jours, l’ex-émir d’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) pour le Sahara, l’Algérien Yahia Abou al-Hammam, alias Djamel Okacha, prend la parole en tant que le numéro deux du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans au Maghreb islamique (GSIM).



Le « Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans au Maghreb islamique » réuni autour d’Iyad ag-Ghali, a été créé en avril 2017 (capture d'écran)

Ce groupe a été créé en avril 2017 par Iyad ag-Ghali, figure des groupes islamistes armés au Sahara et au Sahel, pour fédérer plusieurs mouvements de la région, dont certains ont contrôlé le nord du Mali pendant près de dix mois, à la faveur d'une rébellion touareg, à partir du printemps 2012 : Ansar Dine (fondé en 2012 par Iyad ag-Ghali), al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar, et l’émirat du Sahara d’AQMI, dirigé par Djamel Okacha. Le groupe affirme avoir prêté allégeance à Ayman al-Zawahiri, actuel dirigeant d'al-Qaïda.

Djamel Okacha, qui a rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, actuel AQMI) dès sa création en 1998, explique que les opérations militaires françaises successives, Serval puis Barkhane, « sont un échec ».

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« Des personnes sensées, en France même, ont reconnu ces échecs, mais la France s’obstine à lancer sa nouvelle campagne, le G5, pour tenter de pousser les pays du Sahel et du Sahara à se battre à sa place. »

Lancée en début d’année, l’initiative de la France, le G5 Sahel, vise à former, d’ici à la mi-2018, une force de 5 000 militaires contre les groupes islamistes armés, composée de soldats de cinq pays : le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie.

Abou al-Hammam souligne « les hésitations des cinq pays de la région à s’engager dans le G5 et l’incapacité de la France à financer cette initiative ».



Un militaire français de l’opération Barkhane lors d’une patrouille dans le centre du Mali en novembre 2017 (AFP)

« On a vu Macron appeler à l’aide les Nations unies, puis le président des États-Unis, puis l’Union européenne, les pays du Golfe et d’autres… pour seulement 450 millions d’euros », déclare-t-il avant d’ironiser : « Cette somme n’atteint même pas le prix du yacht de l’ennemi de Dieu Mohammed ben Salmane, qui s’est précipité avec l’ennemi de Dieu [Mohammed] ben Zayed [le prince héritier d’Abou Dabi] pour payer une bonne partie de cette somme, 130 millions d’euros ».

Yahia Abou al-Hammam lance enfin un appel aux populations et aux oulémas (théologien de l’islam) des cinq pays concernés par le G5 : « Ne suivez pas la voie de vos dirigeants corrompus qui obéissent à la France pour qu’elle soutienne leur pouvoir ».

Pour l’adjoint d’Iyad ag-Ghali, « la France essaie à travers le G5 de recourir aux modèles des harkis et des sahwas employés en Algérie puis en Irak et en Afghanistan ».  

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Ce n’est pas la première fois qu’il s’en prend à la France. Dans un entretien donné en janvier à Al Massar, l’hebdomadaire publié par al-Qaïda au Yémen, il avait déjà expliqué sa stratégie face à « l’occupant français, ses alliés et ses agents » : « Nos ennemis sont les ennemis des musulmans, les juifs et les chrétiens, mais c’est la France qui reste notre ennemi historique dans cette partie du monde islamique. »

Son groupe a revendiqué l’attaque qui a coûté la vie, en février, à deux militaires français au nord du Mali. Quelque 4 000 militaires français sont déployés au Sahel pour Barkhane, et douze ont été tués depuis le lancement de Barkhane, à l'été 2014.