Quand le prix de la banane flambe, les Algériens appellent au boycott

Quand le prix de la banane flambe, les Algériens appellent au boycott

#Algérie

Pour les Algériens, la banane est plus qu'un fruit. Alors pour protester contre la brusque augmentation du prix au kilo, ils ont lancé une campagne de boycott sur les réseaux sociaux

La banane, produit de luxe, a inspiré l'artiste algérien El Moustach (Facebook)
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10 janvier 2017
Last update: 
Tuesday 10 January 2017 17:12 UTC
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10 janvier 2017

Pour protester contre l’inflation, en particulier sur les fruits et les légumes, les Algériens ont appelé sur les réseaux sociaux au boycott d'un fruit emblématique : la banane, dont le prix frôle les 600 DA le kilo (un peu plus de 5 euros).

Comment expliquer une telle flambée – le kilo coûtait environ 250 DA (2 euros) il y a encore quelques mois – alors que sur les marchés mondiaux, comme le montre ce graphique publié par un twitto, le cours de la banane a même chuté après l’été ?

« Non seulement les prix mondiaux sont à la baisse mais en plus, depuis le mois de septembre on note aussi une stabilité du dinar à la banque, s’emporte Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et d'orientation des consommateurs (APOCE), contacté par Middle East Eye. Par ailleurs, la taxe sur la banane prévue par la loi de finances n’est pas encore entrée en vigueur. Il n’y a donc aucune raison pour que son prix s’envole à part la spéculation. C’est la seule explication. »

Sur les huit premiers mois de 2016, l’Algérie a importé pour 116,7 millions de dollars (presqu'un million d'euros) de bananes. « Une somme conséquente [à titre de comparaison, le pays importe pour 50 millions de dollars de pommes] qui, à notre connaissance, est partagée entre seulement deux importateurs », poursuit Mustapha Zebdi qui appelle les pouvoirs publics à revoir et à contrôler le circuit de distribution.

En Algérie, la banane est plus qu’un simple fruit. Il est d’abord le symbole d’une époque, la fin des années 80 et le programme « antipénurie » du président Chadli Bendjedid qui a permis à plusieurs produits d’entrer sur le marché algérien jusque là fermé.

Il est aussi un produit de base régulateur qui grâce à son prix jusqu’ici modeste – il est déjà arrivé que la banane soit moins chère que la pomme de terre – permettait aux Algériens de manger des fruits même quand les fruits locaux de saison, comme la cerise qui dépasse les 600 DA le kilo, sont parfois inaccessibles.

Pour dénoncer la banane devenue un produit de luxe, des artistes comme El Moustach, ou même El Manchar, média satyrique, se sont joints à la campagne.

Ce n’est pas la première fois qu’un appel au boycott est lancé sur un produit dont le prix s’est soudainement envolé : l’APOCE a déjà ciblé la sardine, l’œuf et même la banane.

Le 1er février, elle compte mener une opération différente pour la semoule, un classique dans toutes les maisons. Le sac de 25 kilos qui ne devrait pas dépasser 1 000 DA (8,5 euros) a connu récemment une hausse de 50%.

« Le 1er février, nous allons déposer des requêtes et des plaintes dans les 48 directions du commerce du pays avec copie au ministère du Commerce », promet le président de l’association. « Nous allons mettre les autorités en face de leurs responsabilités car pratiquer de tels prix est du vol caractérisé. »