Raids meurtriers au Yémen, le président rejette le plan de paix de l’ONU

Raids meurtriers au Yémen, le président rejette le plan de paix de l’ONU

#GuerreYémen

Des frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite ont tué au moins 60 rebelles, prisonniers et civils

La coalition menée par l'Arabie saoudite a continué à bombarder le Yémen en dépit des critiques internationales (AFP)
MEE et agences's picture
30 octobre 2016
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Sunday 30 October 2016 14:04 UTC
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30 octobre 2016

Le président du Yémen a rejeté samedi la proposition de plan de paix de l’ONU pour mettre fin au conflit qui fait rage dans son pays, alors que des raids menés par ses alliées de la coalition conduite par l’Arabie saoudite ont tué au moins 47 rebelles, des prisonniers et des civils.

Les forces loyales du gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi sont embourbées depuis 2014 dans des combats meurtriers avec les rebelles houthis, des chiites soutenus par l’Iran, qui se sont emparés de Sanaa, la capitale, cette année.

Le conflit a connu une escalade dans la violence en mars 2015 quand l’Arabie saoudite a lancé une campagne militaire pour faire reculer les rebelles.

La guerre a fait presque 7 000 morts, pour la plupart des civils, selon l’ONU qui tente de convaincre les parties belligérantes d’appliquer un cessez-le-feu et de redémarrer des négociations politiques paralysées.

Le dernier plan de paix proposé par l’envoyé spécial de l’ONU, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed a été rejeté par le président Hadi qui a refusé de recevoir la proposition alors qu’il rencontrait à Riyad l'émissaire des Nations unies.

Alors que le gouvernement a provisoirement déménagé son siège à Aden, Hadi réside en ce moment à Riyad avec la plupart des hauts représentants de son gouvernement.

Le contenu de la feuille de route que l’envoyé spécial de l’ONU a déjà présenté aux rebelles mardi n’a pas été rendu public.

Des sources proches du dossier ont révélé que ce plan prévoyait un accord dans lequel Abd Rabbo Mansour Hadi nommerait un nouveau vice-président qui désignerait un Premier ministre pour former un gouvernement dans lequel le nord et le sud du Yémen serait représentés de manière égale.

La porte à plus de souffrances

Selon le président Hadi, cité par un communiqué du gouvernement repris par sabanew.net, cette feuille de route « ouvre juste la porte à plus de souffrances et n’est pas un plan de paix ».

Traduction : « Dans le conflit actuel, l'enfance est un luxe que seule une fraction d'enfants yéménites peuvent se permettre  »

« [Il] récompense les putschistes et punit le peuple yéménite et la légitimité », a-t-il également déclaré.

Les raisons pour lesquelles les soutiens arabes de Hadi auraient refusé cette proposition ne sont pas claires. Surtout que les Émirats arabes unis, membre clé de la coalition, ont salué le plan comme « une solution politique à la crise au Yémen ».

L’Arabie saoudite n’a pas commenté la proposition de l’envoyé spécial de l’ONU, à laquelle les rebelles n’ont pas encore répondu.

Les parties belligérantes font face à une pression internationale de plus en plus grande pour mettre fin au conflit qui laisse un pays presque en ruines aux prises avec des cas toujours plus nombreux de malnutrition et la propagation de maladies.

Le Yémen était déjà le pays le plus pauvre du Moyen-Orient avant que la guerre commence, rappelle le journal The Telegraph. Alors que le conflit est devenu de plus en plus violent, la petite économie du pays s’est effondrée. Les transferts sociaux pour les plus démunis ont été arrêtés il y a presque deux ans.

Il n’y a quasiment plus d’emplois dans le secteur privé depuis que le conflit, le blocus et les raids aériens ont ciblé, de manière directe ou indirecte, les usines et les commerces. Les pénuries d’essence, la rareté de l’eau, le blocus des importations et la destruction de routes et de ports ont ruiné l’agriculture, souligne encore The Telegraph.

Des pressions sont par ailleurs exercées sur la coalition en raison du nombre élevé de victimes civiles, tuées lors de ses frappes.

Samedi, quatre raids aériens ont frappé trois immeubles résidentiels. Dix-sept personnes ont été tués et sept autre blessées dans la ville de Salou, au sud-est de Taëz, la troisième ville du pays, selon les médias contrôlés par les rebelles.

Une source officielle yéménite proche du gouvernement a confié que les frappes de la coalition avaient touché trois maisons adjacentes par erreur.

« Toutes les personnes qui se trouvaient dans les maisons ont été tuées », a rapporté l’AFP, en précisant qu’un enfant et sept femmes se trouvaient parmi les victimes.

Quelques heures plus tard, de nouvelles frappes aériennes ont ciblé une prison tenue par les rebelles à l’ouest du Yémen, faisant au moins 30 morts parmi les prisonniers et les insurgés, ont déclaré des sources militaires.

Les deux frappes aériennes ont détruit un bâtiment des forces de sécurité rebelles à Zaidia, au nord du port d'Hodeidah (ouest) où étaient détenus 84 prisonniers, des adversaires des rebelles houthis et de leurs alliés, a indiqué à l'AFP une source militaire proche des rebelles.

Les habitants ont confirmé l’attaque et les secouristes ont fourni le même bilan sans pouvoir dire dans l’immédiat combien il y avait de blessés.

Les raisons pour lesquelles la coalition a ciblé ce centre où se trouvaient des prisonniers anti-rebelles ne sont pas claires. La coalition n’a fait aucun commentaire après ces attaques.

Attaque suicide déjouée contre la Banque centrale

Plus au sud, dans la ville d’Aden, la deuxième du pays, « capitale provisoire » du gouvernement, des gardes ont déjoué samedi une attaque suicide à la voiture piégée contre la Banque centrale. Ils ont ouvert le feu sur une voiture piégée et l’ont faite exploser avant qu’elle atteigne le bâtiment, a rapporté une source sécuritaire.

La Banque centrale est basée depuis septembre à Aden (sud), deuxième ville du pays, le président Hadi ayant ordonné son transfert en accusant les rebelles houthis de puiser dans ses réserves en devises.

Cinq gardes ont été blessés lors de l’explosion de la voiture piégée à environ 30 mètres du bâtiment.

Le déménagement de la Banque centrale a été un coup majeur porté aux rebelles, qui ont été obligés de suspendre le paiement des salaires des fonctionnaires dans de larges régions du pays qu’ils contrôlent.

Selon un rapport de l'ONU rendu public en août, les rebelles houthis et leurs alliés détournaient près de 100 millions de dollars (91 millions d'euros) par mois de la Banque centrale. D'après l'ONU, les réserves en devises avaient baissé pour atteindre 1,3 milliard de dollars contre 4 milliards en novembre 2014.

Traduit de l'anglais (original).