Six raisons pour lesquelles Trump ne devrait jamais recevoir le prix Nobel de la paix

Le président américain s’est plié en quatre pour saper les initiatives antérieures en faveur de la paix et les normes et institutions démocratiques mondiales

Lors du sommet de Singapour, le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ont obtenu exactement ce qu’ils voulaient : une séance photo à même de faire remonter les chiffres des sondages – en baisse – du premier, tout en renforçant la légitimité du régime brutal et prédateur du second.

Les pourparlers se sont terminés sur rien de mieux que les pieuses promesses verbales de deux narcissiques accros à l’autocélébration : Trump a promis de mettre fin ou de limiter le soutien militaire américain à son allié de longue date, la Corée du Sud ; et Kim a pour sa part réaffirmé cette même promesse que la Corée du Nord ne cesse de réaffirmer depuis 1992 : dénucléariser la péninsule coréenne.

Rien de plus. Pour l’essentiel, États-Unis et Corée du Sud n’ont rien obtenu en échange pour avoir légitimé la brutale dictature nord-coréenne – mais cela n’a pas empêché experts et politiques de droite de saluer en Trump un grand « pacificateur ». Un groupe de républicains au Congrès américain fait d’ailleurs du lobbying pour que le prix Nobel de la paix soit attribué à Trump pour avoir apaisé les tensions avec la Corée du Nord.

Politiques cruelles et hasardeuses

À de nombreuses reprises déjà, les États-Unis ont amené la Corée du Nord à la table des négociations, et constaté l’échec des accords d’aide au désarmement. Pourtant, les membres du parti de Trump le considèrent comme le principal promoteur de la paix dans le monde – prétention non seulement absurde, mais également insulte méprisable à tous ceux qui ont été lésés par les politiques cruelles et hasardeuses de Trump.

Les critères d’attribution du prix Nobel de la paix se résument à déterminer si les récipiendaires potentiels « ont fait tout leur possibleou été les plus grands promoteurs de la fraternité entre les nations, de l’abolition ou de la réduction des armées en état de mobilisation permanente, et de la tenue de conventions en faveur de la paix ».

Attribuer le prix Nobel de la paix à Trump reviendrait à sanctifier et normaliser sa xénophobie, son racisme, son sexisme et son indifférence impitoyable envers ceux qui souffrent sous le poids de ses politiques et de sa rhétorique

Voyons, qu’a fait Trump à cet égard ? Nada, zilch, zéro – rien ! En fait, il s’est efforcé de saper les initiatives antérieures en faveur de la paix, les normes démocratiques et les institutions mondiales, tout en assouplissant les règles d’engagement sur le théâtre des opérations afin de tolérer un plus grand nombre de victimes civiles et en préconisant le recours à la torture.

Voici six raisons pour lesquelles Trump ne devrait pas recevoir le prix Nobel de la paix.

1. Les victimes civiles

Pendant sa campagne électorale, Trump a promis de « vitrifier » le groupe État islamique (EI) – et c’est exactement ce qu’il a fait en bombardant sauvagement le Moyen-Orient. Selon un groupe de défense des droits basé au Royaume-Uni, un plus grand nombre de civils a été tué du fait des politiques de Trump pendant les sept premiers mois de son mandat qu’au cours des trois dernières années sous l’ancien président, Barack Obama.

Cela n’est pas arrivé par hasard, mais bien plutôt à cause du desserrement délibéré des règles mises en place par Obama afin de minimiser le nombre de pertes civiles pendant les frappes aériennes américaines contre l’EI. À lui seul, Trump est responsable de la mort prématurée de milliers de civils irakiens et syriens tués par les frappes aériennes de la coalition américaine au cours de la première année de son mandat.

2. Le mépris des normes et du droit au niveau international

Le mois dernier, Trump a officialisé sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël en transférant l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem – validant ainsi l’appropriation illégale de la ville sainte par Israël et sanctifiant ce qui constitue, en fait, un crime de guerre, aux termes des conventions de Genève.

Lorsque Trump a exprimé l’année dernière son intention de déplacer l’ambassade, Nabil Shaath, haut fonctionnaire palestinien et ancien ministre palestinien des Affaires étrangères, a déclaré : « Il n’y a pas moyen que nous-mêmes ou le monde arabe puissions entériner une chose pareille. Cela signifierait la fin du rôle joué par des États-Unis de courtier du processus de paix. On se battrait et mobiliserait le reste du monde contre cette initiative ».



Des manifestants au Liban brûlent une photo du président américain Donald Trump, le 15 mai 2018, suite au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem (AFP)

3. L’accord nucléaire avec l’Iran

En mai, Trump a renoncé à l’engagement des États-Unis envers l’accord nucléaire iranien qui, jusqu’à présent, avait réussi à mettre fin à une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient et à éviter un conflit frontal entre une coalition américaine et Téhéran.

Trump et le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, affirment en chœur que c’est l’Iran qui viole l’accord en poursuivant son programme d’armes nucléaires – affirmation calomnieuse, vigoureusement réfutée par l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), qui a déclaré qu’il n’existe « aucune preuve crédible » capable d’étayer une telle allégation. 

En cherchant à mettre fin à l’accord de désarmement nucléaire, Trump risque de raviver une guerre à l’échelle de la région.

4. La vente d’armes

Trump a fait passer les bénéfices des marchands de canons avant la paix et même la sécurité nationale, annulant ainsi les suspensions, imposées pendant l’ère Obama, des ventes d’armes aux pays qui violent régulièrement les droits humains, tels Bahreïn et le Nigéria, tout en assouplissant les restrictions imposées aux fabricants d’armes dans le cadre d’un plan visant à créer davantage d’emplois grâce à l’exportation d’armes fabriquées aux États-Unis.

Au début de cette année, Trump a annoncé un accord pour la vente d’armes à hauteur de 110 milliards de dollars avec l’Arabie saoudite, alors même que le royaume commet au Yémen ce qui a été dénoncé comme des « crimes de guerre », tuant des milliers de civils et provoquant la pire crise humanitaire du monde.

Trump a annoncé un accord pour la vente d’armes à hauteur de 110 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite, alors même que le royaume commet au Yémen ce qui a été dénoncé comme des « crimes de guerre »

« Nous avons constaté à maintes reprises que des armes vendues par les États-Unis s’égaraient et se retrouvaient entre les mains de groupes armés, ou étaient fournies à des États au bilan peu reluisant en matière de droits humains », a rappelé à Newsweek Patrick Wilcken, chercheur en contrôle des armements pour Amnesty International.

5. La torture

Trump a non seulement promis de torturer les détenus, mais aussi de faire « bien pire que ça ». De plus, il a nommé Mike Pompeo au poste de premier diplomate américain – alors même que cet homme a plaidé en faveur du recours à la torture par l’administration Bush, qualifiant de « patriotes » ceux qui ont exécuté le programme de torture. 

Par ailleurs, la nouvelle directrice de la CIA sous Trump, Gina Haspel, « a supervisé la torture d’un suspect de terrorisme et s’est ensuite rendue complice d’un ordre de destruction des bandes vidéo documentant des interrogatoires musclés dans une prison secrète en Thaïlande », a rapporté le New York Times.

6. L’incitation au terrorisme

Dans son éloge des néonazis et des suprématistes blancs, qu’il appelle de « braves gens », et par son choix politique de jouer sur les craintes et les angoisses des pires éléments de la société américaine, Trump a déclenché aux États-Unis une vague d’extrémisme de droite. Les néonazis descendent fièrement dans la rue, sûrs de leur impunité, se présentent à des postes politiques et passent peu à peu de la marge de la société au statut de courant dominant – avec des conséquences mortelles pour les minorités.

En 2016, des partisans de Trump ont comploté pour faire exploser un centre de réfugiés somaliens au Kansas, juste après l’élection présidentielle et, l’année dernière au Minnesota, trois partisans de Trump ont fait sauter une mosquée afin de « faire peur » aux musulmans et les inciter à quitter les États-Unis. 

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N’oublions pas non plus le tireur de la mosquée à Québec, qui a assassiné six musulmans de sang-froid et proclamé son soutien aux sentiments antimusulmans de Trump ; le tireur de l’école secondaire Parkland, qui a exprimé sa haine pour les musulmans et les juifs en même temps que son admiration pour Trump, et abattu dix-sept personnes ; et aussi l’agresseur de Portland, qui a tué deux hommes à bord d’un train parce qu’ils avaient eu le front de prendre la défense d’une musulmane qu’il agressait en lui infligeant des épithètes antimusulmans. 

Il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais d’une envolée alarmante des crimes haineux contre les musulmans depuis que Trump s’est présenté aux élections en 2015.

Pour toutes ces raisons et plus encore, Trump deviendrait l’un des récipiendaires les plus indignes de l’honneur le plus prestigieux du monde, conféré en reconnaissance d’un fort engagement en faveur de la paix mondiale. Attribuer le prix Nobel de la paix à Trump reviendrait à sanctifier et normaliser sa xénophobie, son racisme, son sexisme et son indifférence impitoyable à l’égard de ceux qui souffrent sous le poids de ses politiques et de sa rhétorique.

 

- CJ Werleman écrit des articles d’opinion pour Salon et Alternet. Il est l’auteur de Crucifying America et God Hates You. Hate Him Back. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @cjwerleman

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Le président américain Donald Trump, photographié à Washington le 23 mai 2018 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par Dominique Macabies.