John Kerry : la paix est impossible tant qu’Israël n'accepte pas un État palestinien

John Kerry : la paix est impossible tant qu’Israël n'accepte pas un État palestinien

#IsraëlPalestine

Le secrétaire d'État a déclaré que les États-Unis s'étaient abstenus lors du vote de l'ONU sur les colonies en raison de leur engagement en faveur d’un « État juif vivant côte à côte avec ses voisins »

John Kerry s’est exprimé au Département d'État mercredi (site web du Département d'État américain)
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29 décembre 2016
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Thursday 29 December 2016 9:59 UTC
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29 décembre 2016

La paix entre Israël et le monde arabe est impossible à moins qu’Israël n'accepte l'existence d'un État palestinien, a déclaré le secrétaire d'État américain John Kerry lors d'un important discours de politique mercredi.

Il a déclaré que le processus de paix était « en péril » et que, « si Israël prend la voie d’une solution à un État, il ne connaîtra jamais de véritable paix avec le reste du monde arabe ».

Il a également averti que les politiques du gouvernement israélien étaient apparemment dirigées par des « éléments extrêmes » engagés en faveur de la solution à un seul État.

Répondant à Danny Danon, l'ambassadeur israélien auprès de l'ONU qui a déclaré qu'il s'attendait à ce que Washington soutienne Israël, Kerry a déclaré que les États-Unis avaient agi conformément à leurs valeurs.

« Ils ne reconnaissent pas que cet ami, les États-Unis, qui ont fait plus pour soutenir Israël que n'importe quel autre pays, cet ami qui a bloqué d'innombrables efforts visant à délégitimer Israël, ne peut être fidèle à [ses] propres valeurs – ou même aux valeurs démocratiques déclarées d'Israël – et [que] nous ne pouvons pas défendre et protéger correctement Israël, si nous laissons une solution viable à deux États être détruite devant nos propres yeux », a-t-il dit.

« En d’autres termes, le vote aux Nations unies a consisté à préserver la solution à deux États. C'est ce que nous défendions : l'avenir d'Israël en tant qu'État juif et démocratique, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec ses voisins. C'est ce que nous essayons de préserver pour notre bien et pour le leur. »

Kerry a ajouté plus tard : « Nous rejetons la critique selon laquelle ce vote abandonne Israël. Au contraire, ce n'est pas cette résolution qui isole Israël, c'est la politique permanente de construction de colonies qui risque de rendre la paix impossible ».

Kerry a également critiqué le gouvernement israélien du Premier ministre Benyamin Netanyahou, décrivant sa coalition comme étant « la plus à droite de l'histoire israélienne ».

Netanyahou a affirmé qu'il était attaché à une solution à deux États, a déclaré Kerry, mais le programme de son gouvernement semble orienté vers une solution à un seul État visant à créer un « plus grand Israël ».

« C'est le gouvernement le plus à droite de l'histoire israélienne avec un programme conduit par ses éléments les plus extrêmes », a énoncé Kerry.

Il a également déclaré que le « programme des colons définissait l'avenir en Israël », la prolifération des colonies augmentant par inadvertance le « fardeau sécuritaire » des forces israéliennes.

« Le programme des colons est en train de définir l'avenir en Israël, et leur but déclaré est clair : ils croient en un seul État : un plus grand Israël », a-t-il dit.

Il a ajouté que le processus de paix allait « bien au-delà des colonies ».

« Les tendances indiquent un effort global visant à prendre les terres de Cisjordanie au profit d’Israël et à y empêcher tout développement palestinien. Aujourd'hui, les 60 %de la Cisjordanie connus sous le nom de zone C – dont une grande partie était censée être transférée au contrôle palestinien il y a bien longtemps sous le régime des accords d'Oslo –, une grande partie est dans les faits interdite d’accès pour le développement palestinien », a-t-il observé.

Kerry a également décrit la situation difficile de 2,75 millions de Palestiniens vivant « sous occupation militaire » en Cisjordanie.

« Ils sont limités dans leurs mouvements quotidiens par un réseau de check-points, donc s'il n'y a qu'un seul État, vous aurez des millions de Palestiniens vivant dans des enclaves séparées sous une occupation militaire permanente qui les prive des libertés les plus fondamentales », a-t-il déclaré. « Un Israélien accepterait-il cela ? Un Américain accepterait-il cela ? Le monde accepterait-il cela ? »

 


« En fin de compte, nous ne pouvions pas, en toute bonne conscience, protéger les éléments les plus extrêmes du mouvement des colons alors qu’ils essaient de détruire la solution à deux États. Nous ne pouvions pas, en toute bonne conscience, fermer les yeux sur les actions palestiniennes qui attisent la haine et la violence. Il n'est pas dans l'intérêt des États-Unis d'aider l’une ou l’autre des parties à créer un État unitaire. Nous ne pourrons peut-être pas les arrêter, mais on ne peut s’attendre à ce que nous les défendions. Et ce n'est certainement pas le rôle d’un pays quel qu’il soit de voter contre ses propres politiques », a-t-il conclu.

Kerry a également déclaré que la politique des États-Unis à l'égard des colonies israéliennes n'avait pas changé depuis des décennies, et qu’elle était bipartisane.

« Il est important de noter que chaque administration américaine, républicaine et démocrate, s'est opposée aux colonies comme étant contraires aux perspectives de paix, et [cette] action au Conseil de sécurité de l'ONU est loin d'être sans précédent. En fait, les administrations précédentes, des deux partis politiques, ont permis à des résolutions qui critiquaient Israël d’être adoptées, y compris sur les colonies. »

Les propos de Kerry sont intervenus après qu'Israël a approuvé une dernière vague de construction de colonies en Cisjordanie occupée, au mépris de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée la semaine dernière.

Celle-ci a été jugée controversée par la plupart de l'establishment politique israélien, s’agissant de la première fois en 40 ans qu'une motion condamnant Israël est adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU, où les États-Unis exercent traditionnellement leur droit de veto sur les questions qui s'y rapportent.

Dans quelques jours, le président élu des États-Unis, Donald Trump, qui est considéré comme un fervent partisan d'Israël, prendra ses fonctions en remplacement du président sortant, Barack Obama, dont les relations avec Netanyahou ont été tendues.

Plus tôt ce mercredi, Trump a déclaré qu'Israël était traité avec « total dédain et manque de respect » et l'a exhorté à « rester fort ».

Traduction : « Nous ne pouvons pas continuer à laisser Israël être traité avec un tel dédain et manque total de respect. Ils avaient auparavant un grand ami en les États-Unis, mais... »

Traduit de l’anglais (original).