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Algérie : dans la « capitale du pétrole », scarifications et bouches cousues pour protester contre le chômage

Ce n’est pas la première fois que des chômeurs de Ouargla en viennent à de telles extrémités
Jeunes chômeurs de Ouargla qui se sont tailladés le corps, l’un d’eux s’est cousu la bouche, ce mardi 23 mars 2021 (Facebook)
Jeunes chômeurs de Ouargla qui se sont tailladés le corps, l’un d’eux s’est cousu la bouche, ce mardi 23 mars 2021 (Facebook)
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« Le travail ou la mort » : c’est avec des slogans déterminés que mardi 23 mars, plusieurs jeunes chômeurs ont manifesté devant le siège régional de la direction de l’Emploi à Ouargla.

Cette ville de 260 000 habitants du Sahara algérien, dont elle a toujours été un carrefour commercial, a aussi donné son nom à la wilaya (préfecture) où se trouve la commune la plus riche d’Algérie, la zone pétrolifère de Hassi Messaoud.

Selon des médias locaux, ces jeunes ont menacé de procéder à un suicide collectif. « Ce groupe de jeunes, armés de couteaux et de cordes, a escaladé le bâtiment de la direction de l’Emploi, affichant clairement des dispositions suicidaires qui ne laissaient de doute à personne », écrit le site du quotidien Echourrouk.

Selon la même source, « ces jeunes qui habitent Ouargla se sentent toujours lésés du fait qu’ils sont les habitants d’une vaste région pétrolifère. Ils estiment que les grandes entreprises du coin font toujours appel à une main-d’œuvre étrangère à la région, conditionnant tout recrutement par des aptitudes physiques appréciables, une maîtrise des langues et de l’expérience professionnelle, des atouts qui ne se trouvent pas toujours réunis chez les jeunes de Ouargla ».

Traduction : « Après l’incapacité des autorités régionales et centrales de résoudre le dossier du chômage des jeunes de Ouargla, les jeunes sont toujours déterminés à combattre la corruption et les corrompus », selon un des protestataires.

Plus spectaculaire, certains des jeunes protestataires se sont scarifié le corps à coup de couteaux et se sont cousu la bouche.

Traduction : « Véritable catastrophe aujourd’hui à Ouargla. Des dizaines de demandeurs d’emploi se tailladent le corps et se cousent la bouche pour protester contre la politique de l’emploi et les passe-droits. »

« Lésés par des comportements douteux des responsables locaux »

Echourrouk rapporte que « ces jeunes s’estiment lésés par des comportements douteux des responsables locaux, qui souvent, usent d’entourloupes pour recruter, ne respectant ni les priorités, ni la proximité, ni les cartes de chômeurs qu’ils délivrent, ni l’ordre des numérotations suivi dans les cartes de demandeurs d’emploi ».

Traduction : « Tentative de suicide collectif d’un groupe de chômeurs à Ouargla. »

Contacté par Echourrouk, le wali (préfet) de Ouargla a affirmé « qu’il ne pouvait rien faire, car les exigences des jeunes le dépassent, et que le rôle de l’Agence [de l’emploi] est de coordonner uniquement les demandeurs d’emploi et les employeurs ».

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Ce mouvement de colère intervient alors que les chômeurs en sont à leur 41e jour de sit-in.

« Dans une récente déclaration à la presse, le ministre du Travail a affirmé que le taux du chômage dans les wilayas du sud est inférieur à celui des wilayas du nord. Une déclaration qui a ajouté de l’huile sur le feu », a rappelé Radio M.

« Cette nouvelle forme de protestation ne fait pas l’unanimité sur les réseaux sociaux. Certains y voient une forme de spectacle morbide, d’autres, une ultime expression de personnes désespérées, poussées à bout par l’impuissance de l’État à répondre à leurs revendications », a commenté le site d’information Algérie 360°.

En réalité, il ne s’agit pas d’une « nouvelle forme de protestation ». En 2016, des jeunes chômeurs de Ouargla s’étaient tailladé publiquement le corps et avaient cousu leurs bouches.

Les menaces de suicides collectifs ne sont pas nouvelles non plus dans cette ville qui connaît, depuis le début des années 2000, des soubresauts de protestation qui ont fait naître en 2013 un vaste mouvement des chômeurs qui avait pu organiser d’importantes manifestations.