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Algérie : l’angoisse d’un Aïd al-Adha sans moutons pour cause de coronavirus

L’approche de la fête de l’Aïd al-Kebir inquiète les autorités algériennes alors que le pays connaît une nouvelle hausse des cas de COVID-19
Un jeune homme balade son mouton de combat à Alger juste avant le couvre-feu, le 29 juin 2020 (AFP)
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Après un Ramadan sous confinement partiel, les Algériens devraient-ils renoncer à fêter l’Aïd al-Adha, attendu le 31 juillet ou le 1er août ?

L’augmentation des cas de contamination au COVID-19 depuis ces dernières semaines poussent les autorités à émettre plusieurs signaux d’alarme quant à la célébration d’une fête synonyme de regroupements familiaux et de circulation entre wilayas (préfectures).

Mardi 7 juillet, le pays a enregistré, les dernières 24 heures, 475 nouveaux cas confirmés, 210 guérisons et neuf décès. Le total des cas confirmés s’élève à 16 879, soit 38 cas pour 100 000 habitants, celui des décès à 968, alors que le nombre des patients guéris est passé à 12 094, selon le comité scientifique officiel de suivi.

En attente de l’avis scientifique 

Inquiet, le sénateur Abdelouahab Benzaïm a appelé, le 2 juillet, le ministère des Affaires religieuses pour annuler l’abattage rituel cette année. « Il a appuyé sa requête sur la propagation inquiétante du coronavirus en Algérie. Une situation qui avait, d’ailleurs, amené les autorités à fermer les marchés à bestiaux », explique un média local.

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« Si l’abattage a lieu [comme] les Algériens [le connaissent], dans les cours avec le sang et les déchets, les contacts avec les familles, les voisins, le virus contaminera des millions de citoyens. »

Le sénateur a aussi proposé que le ministère des Affaires religieuses se charge de collecter les sommes servant à l’achat des moutons pour les redistribuer dans le cadre d’opérations de charité.

« Sachant que le montant du sacrifice peut être offert, comme c’est le cas en Arabie saoudite et pendant la saison du hadj, je propose au ministère des Affaires religieuses de collecter ces fonds et de les verser dans le fonds de solidarité ou dans le fonds zakat [aumône légale], ou de laisser les citoyens décider en fonction de leurs conditions sociales, matérielles et sanitaires », a déclaré le sénateur.

Du côté des Affaires religieuses, la commission ministérielle des fatwas a indiqué que « toutes les fatwas émises par la commission se bas[aient] et obéiss[aient]aux recommandations du comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie, pratiquement sur le sort de toute circonstance ou pratique religieuses ».

Hausse significative des prix des moutons

Le 6 juillet, lors d’une réunion qui a rassemblé les experts des deux commissions (des fatwas et de suivi de l’évolution de la pandémie), les membres du comité scientifique se sont inquiétés face au « danger de la célébration anarchique de ce rituel sur la propagation du coronavirus », tout en précisant que « le comité scientifique a[vait] donné son avis sur la question mais que « le dernier mot rev[enait] à la commission des fatwas ».

Entre-temps, les autorités ont décidé de fermer plusieurs marchés aux bestiaux dans deux wilayas de l’Est algérien, Batna et Skikda. Selon le site TSA, « le wali de Batna, Toufik Mezhoud, a justifié cette décision par le non-respect des mesures sanitaires contre l’épidémie de coronavirus et indiqué qu’elle rest[ait] en vigueur ‘’jusqu’à nouvel ordre’’ ».

« Notre souci, à l’approche de l’Aïd al-Kebir [Aïd al-Adha] est qu’il y ait une augmentation des cas de contaminations comme cela s’est passé au cours de l’Aïd al-Fitr », a déclaré à TSA Djamel Fourar, porte-parole du comité scientifique de suivi de l’épidémie de coronavirus.

Les autorités veulent « sécuriser » cette journée de fête religieuse : « La sécurisation commence déjà par l’opération de l’achat du mouton, ensuite au moment du sacrifice qui connaît une forte concentration de personnes. »

À Alger comme dans d’autres villes, les autorités ont interdit l’organisation des fêtes de mariage et de circoncision

La Fédération nationale des éleveurs a alerté, pour sa part, sur une augmentation de la demande et une diminution de l’offre de moutons, en raison de la fermeture de marchés aux bestiaux, ce qui a entraîné une hausse significative des prix des moutons.

Le 6 juillet, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a reconnu un « rebond des cas de contaminations en Algérie, à l’instar du reste du monde où la progression est beaucoup plus importante », tout en imputant cette situation à de « multiples raisons » dont « le non-respect des mesures de précaution et de prévention ».

Cette hausse du nombre des cas a poussé le wali de Sétif (Est) à reconfiner partiellement, le 7 juillet et pour une durée de deux semaines, dix-huit communes, imposant un couvre-feu de 13 h à 5 h du matin. Dans plusieurs autres wilayas, notamment Alger, les autorités ont interdit l’organisation des fêtes de mariage et de circoncision, et ont suspendu l’établissement des actes de mariage par les mairies.