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Algérie : la défense d’un militant du hirak dénonce un cas de « torture »

Les avocats de Walid Nekkiche ont déposé une plainte pour « torture » dans l’affaire concernant ce jeune étudiant militant arrêté lors d’une manifestation du hirak
Pour l’avocate Nacéra Haddouche, « l’État est en principe obligé de faire une enquête sur les soupçons de torture et de sévices » (AFP)
Pour l’avocate Nacéra Haddouche, « l’État est en principe obligé de faire une enquête sur les soupçons de torture et de sévices » (AFP)

Un étudiant contestataire algérien, Walid Nekkiche, accusé notamment de « complot contre l’État », a été condamné dans la nuit de lundi à mardi à six mois de prison ferme, a indiqué le Comité national de libération des détenus (CNLD) sur sa page Facebook.

En détention préventive depuis plus d’un an, Walid Nekkiche, poursuivi aussi pour « participation à un complot pour inciter les citoyens ou les habitants à prendre les armes contre l’autorité de l’État et organisation d’une manière secrète de communication à distance dans le but de porter atteinte à la sécurité nationale », « atteinte à la sécurité et l’unité nationale » et « distribution et possession de tracts pour porter atteinte à l’intérêt du pays », a été libéré à l’issue du jugement. 

Le procureur du tribunal de Dar el-Beïda à Alger avait requis lundi la réclusion à perpétuité contre l’étudiant.

Originaire de Tizi Ouzou, en Kabylie, le jeune homme de 24 ans était accusé, selon des médias algériens, d’appartenir au Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), une organisation séparatiste illégale.

Ces mêmes médias ont accusé l’étudiant d’avoir, « en coordination avec le MAK et d’autres parties étrangères, tenté de noyauter les manifestations du hirak, provoquer les policiers et prendre des photos incriminant les forces de sécurité dans leur gestion des manifestations ».

Walid Nekkiche a finalement écopé d’une peine de six mois de prison, selon le CNLD.

Le jeune homme avait été arrêté le 26 novembre 2019 à Alger lors d’une marche hebdomadaire des étudiants du hirak, le mouvement de protestation populaire né en février 2019 pour exiger le départ de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, qui voulait briguer un cinquième mandat.

Appel à ouverture d’une enquête

Durant le procès, qui s’est ouvert lundi matin, le jeune homme a affirmé avoir été « agressé sexuellement, physiquement et verbalement par les services de sécurité lors de son interrogatoire », a rapporté le CNLD.

Son collectif de défense a déclaré devant la juge que son client avait « été contraint par la force de faire les aveux contenus dans son PV d’audition », rapporte le quotidien El Watan.

Un de ses avocats, Mohand-Tayeb Belarif, d’après le compte-rendu du journal Liberté, a déclaré devant les magistrats que son client avait été « torturé » et « violé ».

Une autre avocate, Nacéra Haddouche, a plaidé que « l’État est en principe obligé de faire une enquête sur les soupçons de torture et de sévices », et, s’adressant aux juges, a déclaré : « Mais aucun d’entre vous n’a rien fait ».

Ses avocats, selon le site TSA et Radio M, « ont fait des demandes pour désigner un médecin pour constater les sévices qu’il a subis, il n’y a pas eu de suite ». Une plainte a été déposée pour « torture ».

Le collectif de défense, constitué de plus d’une dizaine d’avocats, avait dénoncé « l’utilisation d’un arsenal d’articles répressifs »

« Il y a de la torture dans ce dossier, nous lui avons posé la question pendant la plaidoirie, il a répondu qu’il a[vait] été torturé, humilié, porté atteinte à sa dignité », explique à Radio M l’avocate Nabila Smail, qui poursuit : « Il y a un article du code pénal qui punit tout fonctionnaire qui obtient des informations après des pressions psychologiques et physiques, et après torture. »

Le co-accusé de Walid Nekkiche, Kamel Bensaad, âgé de 43 ans et également originaire de Tizi Ouzou, a été, pour sa part, acquitté. Il avait été arrêté le 26 novembre 2020. 

Le collectif de défense, constitué de plus d’une dizaine d’avocats, avait dénoncé « l’utilisation d’un arsenal d’articles répressifs » sur la base d’un « dossier vide ».

Le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Saïd Salhi, s’est dit « soulagé » par la décision de justice, après avoir dénoncé le recours à la torture. 

Selon le CNLD, quelque 80 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie en lien avec les protestations du hirak et/ou les libertés individuelles.

Des poursuites fondées dans au moins 90 % des cas sur des publications critiques envers les autorités sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, le cas du journaliste et militant Khaled Drareni, condamné, en septembre 2020, à deux ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », sera examiné par la Cour suprême en pourvoi de cassation le 25 février prochain.