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La plus importante librairie saoudienne censure les ouvrages de Nawal al-Saadawi

Une virulente campagne contre la pensée critique de la célèbre intellectuelle égyptienne a été menée par des internautes saoudiens
Les ouvrages de Nawal al-Saadawi et ses idées ont été attaqués par des internautes saoudiens (AFP/Marwan Naamani)
Les ouvrages de Nawal al-Saadawi et ses idées ont été attaqués par des internautes saoudiens (AFP/Marwan Naamani)
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Al-Jarir, la plus importante librairie en ligne d’Arabie saoudite, a fini par retirer tous les ouvrages de la féministe égyptienne Nawal al-Saadawi, disparue le 21 mars 2021.

Cette décision, saluée par plusieurs médias saoudiens, est intervenue cette semaine après une violente campagne sur les réseaux sociaux.

Auteure d’une cinquantaine d’ouvrages traduits dans une trentaine de langues, Nawal al-Saadawi était connue par son franc-parler et ses positions audacieuses sur des sujets jugés tabous par une société égyptienne largement conservatrice. Positions qui lui ont valu des ennuis avec les autorités, les institutions religieuses et les islamistes radicaux. Par le passé, elle a d’ailleurs été accusée d’apostasie et d’atteinte à l’islam.

Dans les années 1990, l’apparition de son nom sur une liste de personnalités à abattre, dressée par des milieux extrémistes islamistes, l’avait poussée à s’installer pendant trois ans aux États-Unis, où elle enseigna à l’université de Dukes.

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En 2007, l’institution théologique al-Azhar, l’une des plus prestigieuses de l’islam sunnite, portait plainte contre elle pour atteinte à l’islam. Un mois plus tôt, son autobiographie et l’une de ses pièces de théâtre avaient été bannies de la foire du livre du Caire.

« La campagne initiée par des activistes saoudiens a triomphé », écrit un journal saoudien, ajoutant : « La librairie al-Jarir a décidé de ne plus vendre les livres de Nawal al-Saadawi, connue pour avoir encouragé l’athéisme et l’homosexualité, et qui a combattu explicitement l’islam. »

Sur Twitter, les hashtags « boycottez la librairie al-Jarir » et « al-Jarir diffuse l’apostasie » ont proliféré. Des internautes ont appelé à désinstaller l’application de la librairie en ligne sur les smartphones et de la noter négativement sur les plateformes Apple Store et Play Store.

« Nawal al-Saadawi est contre le voile, la circoncision et la polygamie ; elle encourage l’homosexualité. Le Diable écrit et al-Jarir diffuse », commente l’un des internautes.

« Une pensée ne meurt jamais »

Un autre publie sur Twitter ce message : « Boycottez al-Jarir et alertez tout le monde, c’est une guerre qui est menée contre la religion et la société. »

« Le boycott ne suffit pas, il faudrait punir pénalement la librairie al-Jarir », twitte un autre internaute saoudien, expliquant que le décret royal M/32 régulant l’édition et l’impression stipule que les « ouvrages ne doivent pas contredire les règles de la loi islamique ».

Le journal électronique saoudien Watan yoghared kharej serb a pour sa part listé les idées et positions de Nawal al-Saadawi comme autant de griefs contre la militante. La liste va de l’opposition de l’intellectuelle égyptienne à l’inégalité dans l’héritage entre homme et femme dans l’islam à sa défense des homosexuels poursuivis pénalement pour leur orientation sexuelle, en passant par sa critique des dogmes religieux en général.   

Certains internautes se sont toutefois opposés à cette campagne, estimant que, de toute manière, d’autres plateformes en ligne continueront à offrir à la vente les ouvrages de la célèbres féministe et militante. « Al-Saadawi est une pensée, et une pensée ne meurt jamais », plaide l’un d’eux.

La campagne contre al-Saadawi s’est jumelée, souvent dans le même tweet, avec les appels pour rétablir complétement les haut-parleurs dans les moquées du royaume.

Fin mai, le ministère des Affaires islamiques avait ordonné aux mosquées de régler leurs haut-parleurs à un tiers de leur volume maximum, et de limiter leur usage à l’appel à la prière et non à la diffusion de sermons entiers.

« Ceux qui veulent prier n’ont pas besoin d’attendre l’appel à la prière de l’imam », avait affirmé le ministre des Affaires islamiques Abdullatif al-Sheikh. « Ils devraient déjà être avant à la mosquée », avait-il ajouté.