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Après son triomphe en Israël, Zemmour sous le coup d’une enquête pour son démarchage des juifs de France

Dur lendemain de campagne pour le candidat du parti Reconquête, qui, en plus de son échec personnel, se voit visé par une enquête pénale après l’envoi de SMS à des Français de confession juive. Seule consolation, son excellent score en Israël
Un bureau de vote dans la ville côtière israélienne de Tel Aviv, le 10 avril, lors du premier tour de l’élection présidentielle française. Éric Zemmour aurait totalisé 53,59 % des voix sur les treize bureaux de vote du pays selon les estimations (AFP/Jack Guez)
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C’était une des grandes interrogations de ce premier tour de l’élection présidentielle française.

Le candidat d’extrême droite Éric Zemmour, qui était crédité dans les sondages de 15 % des intentions de vote en octobre dernier, à un point de Marine de Le Pen, s’est vu pulvérisé par cette dernière et n’a obtenu que 7,07 % des suffrages – contre 23,15 % pour sa rivale.

Un échec cuisant pour celui qui, sûr de lui, déclarait il y a encore quelques jours : « Je serai au second tour. Ensuite, je serai soit président de la République, soit leader de l’opposition. »

Loin d’être au deuxième tour, Éric Zemmour est également très loin de représenter une quelconque opposition, puisqu’il a terminé l’exercice avec trois fois moins de votes que le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui talonne de près sa rivale du Rassemblement national.

En Israël, Zemmour caracole en tête

Parmi les lots de consolation du polémiste, son score extrêmement important en Israël, où il a fait un carton chez les expatriés autant que chez les binationaux.

Ainsi, selon les données communiquées par le consulat général de France à Tel Aviv, Éric Zemmour a totalisé 53,59 % des voix sur les treize bureaux de vote du pays, loin devant Emmanuel Macron (31,72 %).

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Un bémol à ce succès, cependant : le taux de participation a été extrêmement faible, puisque seulement 10,88 % des inscrits se sont rendus aux urnes.

Malgré cela, le succès incontestable de Zemmour, lui-même de confession juive, a de quoi interroger. Ses réécritures de l’histoire, notamment sur l’affaire Dreyfus, ou encore sa tentative de blanchiment de la France de Vichy dans la déportation des juifs français durant la Seconde Guerre mondiale auraient dû, en théorie, servir de repoussoir.

Or même les consignes du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui avait appelé à lui barrer la route, n’ont pas été suivies.

Un score qui, s’il peut s’expliquer en partie par les déclarations du candidat sur les Palestiniens – il affirmait récemment que ces derniers « avaient perdu la bataille » –, semble également puiser sa source dans son obsession des questions sécuritaires, très en vogue en Israël, pays dirigé par une coalition incluant plusieurs personnalités d’extrême droite.

Rattrapé par la justice en France

À peine sa déconvenue dans les urnes en France digérée, le polémiste doit faire face à une nouvelle charge. Selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), une instruction a été ouverte à la suite d’un démarchage téléphonique de son parti auprès des Français de confession juive.

Dans un message intitulé « Zemmour s’adresse aux juifs de France », envoyé la veille du premier tour alors que les candidats n’avaient plus le droit de s’exprimer, le polémiste épinglait les « racailles » qui « pourrissent la vie » des juifs et dénonçait l’antisémitisme en France.

L’instruction a été confirmée par le parquet, qui a apporté quelques précisions : « Sur plainte de l’UEJF [Union des étudiants juifs de France] et de l’association J’accuse AIJI, une enquête a été ouverte ce jour des chefs de détention, conservation, enregistrement, transmission de données à caractère personnel en dehors des cas prévus par la loi, communication à un tiers sans autorisation et détournement des finalités d’un fichier de données à caractère personnel. »

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Le parquet a ajouté que les investigations avaient été confiées à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP).

Selon les informations obtenues par le quotidien Le Monde, les avocats des deux associations plaignantes ont dénoncé dans leur plainte « la plus massive exploitation de listes nominatives de juifs depuis la rafle du Vel’ d’hiv ».

Alors, après sa déroute électorale, Reconquête ! va-t-il survire à un nouveau coup dur ? La question se pose, tant la défense du parti semble fébrile face aux accusations.

Selon BFMTV, son équipe de campagne a affirmé « avoir reçu l’assurance par son prestataire [un courtier] que les personnes visées avaient donné leur accord pour que leurs données soient partagées ».

La CNIL, pour sa part, martèle que « le traitement des données à caractère personnel qui révèle […] les convictions religieuses » est « interdit ».