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Quatre agents iraniens planifiaient d’enlever une journaliste à New York, assure le FBI

Ils avaient prévu « d’emmener de force leur victime en Iran, où [son] sort aurait été au mieux incertain ». La journaliste et militante antivoile Masih Alinejad assure être la cible visée
La journaliste Masih Alinejad lors du 7e sommet annuel de « Women in the World » à New York, le 7 avril 2016 (AFP/Jemal Countess)
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La justice américaine a annoncé mardi avoir inculpé quatre « agents du renseignement iranien » pour avoir planifié l’enlèvement d’une reporter américaine d’origine iranienne aux États-Unis, la journaliste et militante antivoile Masih Alinejad assurant être la cible visée.

Les quatre hommes cherchaient depuis « juin 2020 » à enlever « une auteure et journaliste qui a mis en évidence les violations des droits humains commises par le gouvernement iranien », a fait savoir le ministère américain de la Justice dans un communiqué.

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Ils avaient prévu « d’emmener de force leur victime en Iran, où [son] sort aurait été au mieux incertain », a précisé la procureure Audrey Strauss.

N’étant pas nommée dans le communiqué, la militante féministe Masih Alinejad, à l’origine du mouvement antivoile en Iran, a indiqué être la cible de ce projet d’enlèvement.

« Merci au FBI d’avoir déjoué le projet des renseignements iraniens de m’enlever », a-t-elle dit sur Twitter, se filmant devant une fenêtre depuis laquelle on aperçoit une voiture de police. Cette dernière est selon elle garée devant son domicile depuis deux semaines.

Depuis les États-Unis, où elle s’est désormais installée, Masih Alinejad critique le régime iranien et sa politique, et a reçu le soutien de stars telles que Meryl Streep, qu’elle avait rejointe sur scène lors d’une conférence sur les droits des femmes en 2016.

« Aux yeux du régime iranien, toute femme qui se bat pour ses droits fondamentaux est une criminelle », avait-elle affirmé en avril dernier dans un message vidéo devant le Parlement suédois.

D’autres victimes visées

Les agents avaient cherché une façon de transporter la journaliste hors des États-Unis, l’un d’eux se renseignant notamment sur des vedettes rapides proposant « une évacuation marine autonome » à partir de New York, et un voyage par bateau entre New York et le Venezuela, pays qui entretient « des relations amicales avec l’Iran ».

Ce réseau, découvert par le FBI, visait aussi d’autres victimes vivant notamment « au Canada, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis », contre lesquelles ils avaient tenté de déployer les mêmes moyens de surveillance, selon les procureurs.

Les quatre agents sont Alireza Shavaroghi Farahani, Mahmoud Khazein, Kiya Sadeghi et Omid Noori.

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Un cinquième Iranien résidant en Californie, Niloufar Bahadorifar, est lui soupçonné d’avoir participé au financement de ce projet.

« Chaque personne aux États-Unis doit être libre de tout harcèlement, de toute menace et de toute atteinte physique de la part de puissances étrangères », a affirmé le procureur Mark Lesko.

L’Iran est considéré comme l’un des pays les plus répressifs pour les journalistes, et exerce un contrôle de l’information « implacable » selon l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), qui l’a placé à la 174e place sur 180 de son classement mondial de la liberté de la presse en 2021.

« Cette répression contre la liberté de l’information ne se limite pas à l’intérieur du pays », affirme RSF, qui estime que depuis 1979, au moins 860 journalistes y ont été « arrêtés, détenus ou exécutés par le pouvoir ».

En janvier 2016, Téhéran avait échangé le journaliste du Washington Post Jason Rezaian contre sept Iraniens détenus aux États-Unis.

Correspondant en Iran, Rezaian avait été arrêté avec son épouse le 22 juillet 2014, alors que l’Iran venait d’accepter la relance des négociations sur son programme nucléaire, soupçonné par la communauté internationale de cacher un volet militaire.

Son épouse avait été libérée après deux mois de détention. Accusé d’« espionnage » au profit des États-Unis, il avait passé 544 jours à la prison d’Evin, dans le nord de Téhéran, où il a affirmé avoir subi des mauvais traitements, été privé de sommeil et menacé d’être décapité.

L’Iran détient plus d’une douzaine d’Occidentaux – également détenteurs d’un passeport iranien pour la plupart – en prison ou en résidence surveillée, comme la chercheuse franco-iranienne de Sciences Po Fariba Adelkhah, emprisonnée depuis deux ans.

Par Léa Dauple.