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Un arbitre turc de karaté ciblé par des menaces de mort pour avoir disqualifié un athlète saoudien

Des trolls saoudiens se sont attaqués à l’arbitre turc et à sa famille sur les réseaux sociaux et ont juré de le tuer à la suite d’une décision qu’ils jugent « politique »
L’arbitre turc de karaté Uğur Kobaş à Tokyo, le 5 août 2021 (Instagram)
Par
ANKARA, Turquie

L’arbitre turc qui a officié lors de la finale du karaté masculin samedi aux Jeux olympiques de Tokyo affirme que lui et sa famille sont la cible de menaces de mort depuis qu’il a disqualifié un athlète saoudien pour avoir blessé son adversaire iranien.

« Ils m’ont impliqué dans le conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Je n’ai rien à voir avec cela. Je crois en l’esprit sportif et en la paix », soutient Uğur Kobaş, interrogé mardi par Middle East Eye à l’occasion d’un entretien téléphonique. « Je n’ai fait que suivre les règles et il n’y a rien de politique là-dedans. »

Uğur Kobaş (49 ans) et quatre autres arbitres ont unanimement disqualifié le karatéka saoudien Tareg Hamedi, coupable d’avoir asséné un coup de pied au niveau du cou à son adversaire, l’Iranien Sajad Ganjzadeh. Le score était alors de 4-1 pour Tareg Hamedi, qui se dirigeait vers la première médaille d’or de l’histoire de l’Arabie saoudite.

Une caricature saoudienne populaire diffusée sur Twitter compare l’arbitre turc à un âne

Uğur Kobaş explique qu’il a compté jusqu’à dix avant d’appeler un médecin, qui a jugé que Sajad Ganjzadeh devait être transféré vers un établissement de santé. Il a quitté le tatami sur une civière.

« J’ai discuté avec un deuxième médecin travaillant pour la Fédération mondiale de karaté et ce dernier a convenu que l’athlète iranien n’était pas en mesure de terminer le combat », ajoute-t-il. « Ensuite, avec quatre autres arbitres, nous avons décidé à l’unanimité de disqualifier l’athlète saoudien parce que le règlement nous y oblige. »

Quiconque blesse son adversaire au point de l’empêcher de poursuivre le combat doit être sanctionné, précise-t-il.

Traduction : « La Turquie et l’Iran volent des médailles d’or. Ces deux pays font intervenir des questions politiques dans ces Jeux olympiques, ce qui est inacceptable ! Nous demandons une enquête sur ce qui s’est passé au cours de ce combat : le Saoudien a gagné, mais l’arbitre turc a décidé du contraire ! »

Pourtant, Uğur Kobaş a reçu des centaines de milliers de messages hostiles depuis cette décision. Sa messagerie est pleine et il a supprimé son compte Twitter. Sur Instagram, sa boîte de réception ne peut plus recevoir de messages.

« J’ai reçu 100 000 messages de menaces et d’insultes rien que sur mes photos sur Instagram. C’est insensé », déplore-t-il. « Ils m’ont menacé de mort. Ça, ce n’est pas grave. Mais ensuite, ils ont commencé à s’en prendre à mon épouse et à mon fils, ils leur ont dit qu’ils allaient tous nous retrouver et nous tuer. »

Selon un utilisateur saoudien de Twitter, Uğur Kobaş a « volé la médaille d’or » à Tareg Hamedi en raison de sa proximité avec le parti du président turc Recep Tayyip Erdoğan. Uğur Kobaş nie cette accusation et affirme que ses interactions avec le gouvernement se limitent tout au plus à des visites rendues au fil des ans à des amis qui travaillent à la section locale du parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP), dans la province de Sakarya où il vit.

Traduction : « En gros, l’arbitre turc Uğur Kobaş a volé la médaille d’or à Tareg Hamedi parce qu’il est un proche du parti d’Erdoğan, le Parti de la justice et du développement. Voici plusieurs photos avec des membres du parti, qui nous prouvent son racisme envers les Arabes et ses manigances visant à priver le héros saoudien de l’or. »

Faisal Abdulkarim, président du Comité de sensibilisation des consommateurs à la Chambre de commerce de Riyad, selon sa bio Twitter, affirme dans un tweet qu’Uğur Kobaş s’est moqué des Jeux olympiques devant le monde entier. « Turcs + Iraniens = tricherie, fraude et vol », a-t-il lancé.

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Des comptes saoudiens accusent également Uğur Kobaş d’avoir liké un tweet qualifiant les trolls saoudiens de « chiens bédouins ». L’arbitre, qui affirme ne jamais avoir liké ce tweet, soutient qu’il s’agit certainement d’un photomontage. « Les Arabes sont nos frères et nous avons vécu ensemble pendant des centaines d’années », indique-t-il. « Mon fils est malade du COVID et il a été profondément affecté par ces attaques. »

Selon Uğur Kobaş, le public devrait plutôt s’en tenir à la joie des Jeux olympiques. « Il est seulement question de concourir et de célébrer le sport. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.