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Les commentaires misogynes d’un ministre libanais provoquent un tollé

Le ministère de l’Intérieur Mohammed Fahmi a déclaré qu’il fallait « laisser les femmes cuisiner » et qu’elles étaient « trop timides » pour occuper le poste de Premier ministre
Mohammed Fahmi est ministre de l’Intérieur au Liban depuis janvier 2020 (Reuters)
Mohammed Fahmi est ministre de l’Intérieur au Liban depuis janvier 2020 (Reuters)

Au Liban, les internautes ont lancé une campagne pour répondre aux propos du ministre de l’Intérieur par intérim Mohammed Fahmi au sujet des tâches domestiques incombant aux femmes pendant le second confinement dû au coronavirus

Dans une interview diffusée samedi sur LBCI News, le ministre était interrogé sur ce que les gens devaient faire le dimanche lorsque, conformément aux règles du confinement, ils ne peuvent pas se faire livrer de la nourriture chez eux par les supermarchés ou les restaurants.

« Laissez les femmes cuisiner un peu », a-t-il rétorqué, une réponse dénoncée par beaucoup comme insultante et misogyne.

« Street », un compte Twitter qui se présente comme un « groupe de pression sociopolitique divers et catalyseur de changement », a réagi aux commentaires du ministre samedi.

Dans une vidéo partagée par ce compte, on voit un homme préparer un repas en disant « Mohammed Fahmi ne comprend rien ».

Il appelle les autres hommes à poster des photos d’eux en train de cuisiner avec le hashtag « défier Fahmi » en arabe afin de « mettre fin à cette mentalité vieux jeu ». « Initions le changement dans nos foyers, c’est là que tout commence », ajoute le compte.

Des dizaines d’internautes libanais sur les réseaux sociaux ont rejoint cette campagne, rejetant le stéréotype selon lequel les tâches domestiques incombent uniquement aux femmes, en postant des photos d’hommes faisant la cuisine ou des plats qu’ils ont préparés.

Traduction : « Un geste cool : de nombreux Libanais réagissent aux commentaires du ministre de l’Intérieur pour qui il faut ‘’laisser les femmes cuisiner le dimanche’’ en postant des vidéos et des images d’eux en train de cuisiner à la place de leur conjointe/mère/sœurs aujourd’hui. #leshommessoutiennentlesfemmes #Liban #تَحَدي_فهمي »

Beaucoup ont salué cette campagne en la prenant en exemple pour souligner les gestes d’hommes qui soutiennent les femmes. 

Traduction : « Cuisine du dimanche matin… rien d’inhabituel. Si quelqu’un a besoin d’un cours de cuisine, il est le bienvenu #تحدي_فهمي »

D’autres ont réagi aux commentaires du ministre par le sarcasme et l’humour.

Traduction : « Non, faites-moi un sandwich @M_MohamedFehmi #تَحَدي_فهمي »

Traduction : « Je n’ai absolument AUCUN PROBLÈME avec ce que le ministre de l’Intérieur Mohammed Fahmi a déclaré en encourageant les femmes à cuisiner pendant le confinement parce qu’il n’y a pas de livraison. Qu’il vienne frapper à ma porte. Je l’attends pour faire la vaisselle #àbaslepatriarcat #محمد_فهمي »

Certaines femmes ont également lancé leur propre hashtag : « le dimanche, je ne fais pas la cuisine ».

Dans le même temps, un père sur Facebook a fait une sarcastique amende honorable auprès du ministre, s’excusant d’être un père célibataire qui cuisine pour ses fils. 

« Je suis désolé si je montre à mes fils que les mères et les pères s’occupent de leurs enfants de la même manière », écrit Walid Abou Hamad. « Je suis désolé que mes frères libanais et moi ayons gardé le silence pendant 40 ans… que nous ayons gardé le silence et que nous ayons laissé gouverner. »

Mohammed Fahmi en a rajouté une couche dimanche lorsque, dans une autre interview, il a suggéré que les femmes ne pouvaient pas être Premier ministre car elles sont « trop timides ».

Traduction : « Deux remarques sexistes en l’espace de deux jours pour le ministre de l’Intérieur par intérim Mohammed Fahmi. Hier, il a déclaré que les femmes devaient cuisiner le dimanche car il n’y a pas de livraison. Aujourd’hui, il affirme qu’il n’est pas convaincu qu’une femme puisse être Premier ministre car les femmes sont ‘’timides’’. #محمد_فهمي »

Le ministre de l’Intérieur n’a pas encore réagi au tollé suscité par ses remarques sexistes.

Cette controverse survient alors que la classe politique libanaise est la cible la colère populaire depuis plus d’un an. Le mois d’octobre a marqué le premier anniversaire du soulèvement de masse contre la corruption de la classe dirigeante libanaise.

La crise économique dévastatrice, la pandémie, l’explosion dévastatrice dans le port de la capitale Beyrouth au mois d’août et l’impasse actuelle dans la formation d’un gouvernement n’ont fait qu’aggraver la situation dans le pays depuis.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.