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Le Maroc normalise ses relations avec Israël en échange de la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental

Donald Trump a annoncé jeudi que le Maroc s’était engagé à normaliser ses relations avec Israël et que les États-Unis reconnaissaient la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental
Le président américain a également fait savoir sur Twitter qu’il avait signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental (AFP)
Le président américain a fait savoir sur Twitter qu’il avait signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental (AFP)
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« Une autre percée HISTORIQUE aujourd’hui ! Nos deux GRANDS amis Israël et le Royaume du Maroc ont convenu de pleines relations diplomatiques – une avancée énorme pour la paix au Moyen-Orient ! »

Par une série de tweets diffusés ce jeudi, Donald Trump a annoncé que le Maroc s’était engagé à normaliser ses relations avec Israël, comme l’avaient déjà fait récemment trois autres pays arabes, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

Officiellement, le Maroc n’entretient pas de liens diplomatiques avec Israël. Des liens ont été formellement établis en 1993, après la signature de l’accord d’Oslo, puis rompus après la deuxième Intifada en 2000. Mais le Maroc et Israël avaient déjà disposé, dans les années 1990, de bureaux de liaison, à Rabat et à Tel Aviv, jusqu’à leur fermeture au début des années 2000.

Le président américain a également fait savoir sur Twitter qu’il avait signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole que se disputent les Marocains et les indépendantistes du Polisario soutenus par l’Algérie.

Les Américains ont annoncé l’ouverture prochaine d’un consulat à Dakhla.

« Aujourd’hui, j’ai signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc est la SEULE base d’une solution juste et pérenne afin d’assurer paix et prospérité ! »

« Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777. Il convient donc de reconnaître leur souveraineté sur le Sahara occidental », a-t-il ajouté.

« L’information a été confirmée par un communiqué du cabinet royal relayé par l’agence de presse officielle, la MAP », a écrit le site d’information Tel Quel quelques minutes plus tard.

« Celui-ci annonce la tenue d’une conversation téléphonique entre le président américain et le souverain concernant la reconnaissance de la marocanité du Sahara. »

Des « vols directs » entre les deux pays

Au cours de cet appel, ajoute le site ledesk.ma, Donald Trump a informé le roi qu’il avait « publié un ordre exécutif qui avec son pouvoir juridique et politique inébranlable, et avec son effet immédiat, annonce que les États-Unis d’Amérique reconnaissent, pour la première fois de leur histoire, la pleine souveraineté du Royaume du Maroc sur toute la région du Sahara marocain. »

Les Affaires étrangères marocaines se sont contentées pour le moment de retweeter Donal Trump. 

Le Maroc a confirmé qu’il allait « reprendre des relations diplomatiques » avec Israël « dans les meilleurs délais », et qualifié de « prise de position historique » la décision de Washington de reconnaître la souveraineté marocaine sur le territoire disputé du Sahara occidental.

Mohammed VI a indiqué que son pays allait « reprendre les contacts officiels [...] et les relations diplomatiques dans les meilleurs délais » avec Israël, est-il indiqué dans un communiqué du Palais royal.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a salué lui aussi un accord de normalisation « historique » avec le Maroc et évoqué la mise en place sous peu de « vols directs » entre les deux pays.

Dans une allocution télévisée, le chef du gouvernement israélien a aussi « remercié » le roi du Maroc pour cette « relation chaleureuse » entre les deux pays.

« J’ai toujours cru en cette paix qui se concrétise aujourd’hui devant nos yeux. Je veux remercier le président Trump d’avoir mené ces accords et remercier le roi du Maroc Mohammed VI pour cette décision historique de faire la paix avec Israël », a déclaré le Premier ministre jeudi soir avant d’allumer une bougie pour la fête juive de Hanouka.

« Nous allons d’abord mettre en place des bureaux de liaison, puis des relations diplomatiques directes et des vols directs entre les deux pays », a-t-il ajouté.

Le mouvement palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a en revanche dénoncé cette nouvelle normalisation entre un pays arabe et Israël.

« C’est un péché politique qui ne sert pas la cause palestinienne et encourage l’occupation [Israël] à continuer de nier les droits de notre peuple », a réagi auprès de l’AFP Hazem Qassem, son porte-parole.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à qui Mohammed VI a dit avoir assuré qu’il ne renoncerait « jamais à son rôle dans la défense des droits légitimes du peuple palestinien », n’a pas fait de commentaires dans l’immédiat.

Les Palestiniens avaient qualifié les précédents accords entre Israël et des pays arabes de « coup de poignard dans le dos ».

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays est lié depuis 1979 par un traité de paix avec Israël, s’est lui félicité de l’annonce américaine.

Il a salué un « pas important vers davantage de stabilité et de coopération régionale » au Moyen-Orient.

Une reconnaissance de l’Arabie saoudite « inéluctable »

Une reconnaissance d’Israël par l’Arabie saoudite est « inéluctable », a jugé mardi le conseiller et gendre de Donald Trump Jared Kushner, après l’annonce de l’accord de normalisation des liens entre Israël et le Maroc.

« Un rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite et une pleine normalisation sont à ce stade inéluctables mais le calendrier doit encore être défini », a estimé Kushner auprès de journalistes. 

Cet été, à la suite de la normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis, le politologue Aziz Chahir avait prévenu dans Middle East Eye : « Le Maroc se retrouve donc dans le viseur de la diplomatie américaine, qui semble déterminée à sortir le roi Mohammed VI de sa situation de torpeur diplomatique. Avec l’annonce de cet accord, à un moment où le processus de paix est gelé, l’administration américaine semble avoir privilégié une ‘’diplomatie agressive’’ menée par MBZ [Mohammed ben Zayed], l’homme fort des monarchies du Golfe. Face à ce revirement stratégique, la ‘’diplomatie d’écoute’’ menée par Mohammed VI, qui se veut l’émanation d’un soft power, met le roi au pied du mur. »

La question de la normalisation des relations entre Rabat et Israël avait été relancée en février dernier à l’occasion d’une visite officielle au Maroc du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Comment Netanyahou a poussé Trump à reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental
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À l’époque, selon plusieurs médias, Israël aurait fait pression sur les États-Unis pour qu’ils reconnaissent la souveraineté marocaine sur la région du Sahara occidental. En échange, Rabat se serait engagé à normaliser ses relations avec Israël, a rapporté la chaîne israélienne Channel 13.

Les responsables israéliens avaient déclaré à Channel 13 que la proposition de Netanyahou était avantageuse pour toutes les parties : Israël ajouterait ainsi un autre État à sa liste de pays avec lesquels les relations ont été normalisées, le roi du Maroc Mohammed VI verrait les États-Unis reconnaître la souveraineté de Rabat sur la région du Sahara occidental et Trump serait considéré comme le champion des relations arabo-israéliennes.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou aurait donc tenté de faire avancer cet accord tripartite plusieurs fois au cours de l’année écoulée, après avoir entamé des pourparlers avec des responsables marocains et américains, à la suite de son discours lors d’une réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2018.

Netanyahou aurait même secrètement rencontré le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, pour discuter de cette proposition.

Lors de son interview télévisée sur la chaîne Sky News Arabia, fin septembre à New York, Nasser Bourita avait mis l’accent sur le rapprochement du Maroc avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, en déclarant : « La sécurité de l’Arabie saoudite, c’est la sécurité du Maroc ». 

Le communiqué royal précise qu’en sa qualité de président du Comité al-Qods, le roi a souligné « la nécessité de préserver le statut spécial de [Jérusalem] » et « a insisté sur le respect de la liberté de pratiquer les rites religieux pour les adeptes des trois religions monothéistes ».

Polisario : « Trump attribue au Maroc ce qui ne lui appartient pas »

Le Front Polisario a réagi vivement à l’annonce de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et a promis de poursuivre les combats dans la zone. 

« Les combats se poursuivront jusqu’au retrait total des troupes marocaines d’occupation », a affirmé Mohamed Salem Ould Salek, ministre des Affaires étrangères de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976 par le Polisario.

Le Front Polisario et le gouvernement sahraoui « condamnent dans les termes les plus forts le fait que […] Donald Trump attribue au Maroc ce qui ne lui appartient pas », a indiqué le ministère sahraoui de l’Information.

« La décision de Trump ne change rien à la nature juridique de la question saharaouie car la communauté internationale ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. »

De fait, Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU, a déclaré que les Nations unies ne changeraient pas de position après la décision américaine.

Le secrétaire général de l’ONU António Guterres « pense [...] que la solution à cette question peut toujours être trouvée sur la base des résolutions du Conseil de sécurité », a ajouté le porte-parole lors de son point-presse quotidien en réponse à des questions. 

Le message du chef de l’ONU aux deux parties « est d’éviter toute action qui pourrait aggraver encore une situation tendue », a aussi fait savoir Stéphane Dujarric à propos des échanges de tirs qui ont lieu depuis près d’un mois entre le Maroc et le Front Polisario.

L’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental, a dit pour sa part se « réjouir » de la normalisation entre le Maroc et Israël, comme celles des semaines passées.

« Maintenant, il reste à résoudre le problème de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens et il reste à résoudre la position sur le Sahara occidental », a toutefois indiqué la ministre des Affaires étrangères Arancha González.

« Dans les deux cas, la position de l’Espagne est très claire : je respecte les résolutions des Nations unies pour trouver une voie de sortie sur ces deux sujets », a-t-elle dit.

« Nous avons été choqués »

L’annonce a été également dénoncée par les Sahraouis.

« C’est comme un échange : soutenir la soi-disant souveraineté marocaine sur le Sahara occidental contre une reconnaissance politique d’Israël », a commenté à MEE Ahmed Ettanji, journaliste et activiste de Laayoune, au Sahara occidental.

« Nous avons été choqués quand nous avons vu le tweet de Trump. En même temps, ce n’est pas quelque chose de nouveau. En tant que Sahraoui, je vois les États-Unis revenir au Maroc depuis plusieurs décennies. Mais nous espérons d’une certaine manière que la prochaine administration sera différente. »

« Nous pensons que cette position est une tentative de contourner le droit international et tous ses principes », commente à MEE le militant sahraoui Mohamed Elbaikam.

« Nous pensons que la prochaine administration américaine dirigée par Joe Biden corrigera la position américaine, et que le peuple américain ne l’acceptera pas. »