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Le monde en 2040 vu par le renseignement américain 

Quels seront les défis de demain ? Entraîneront-ils une coexistence ou un isolement des grandes puissances ? Le think tank américain qui en 2017 avait prévu une « pandémie mondiale » expose ses conjectures
Le manque d’alimentation et de ressources en eau aggravera, dans les deux prochaines décennies, les crises migratoires et les tensions régionales (AFP)
Le manque d’alimentation et de ressources en eau aggravera, dans les deux prochaines décennies, les crises migratoires et les tensions régionales (AFP)
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Dans son dernier rapport publié ce 8 avril, le National Intelligence Council (NIC), think tank le plus important de la communauté du renseignement américain, met en garde, pour les deux prochaines décennies, contre la montée en puissance de la Chine et les dangers sur la stabilité mondiale provoqués par le changement climatique et la mutation technologique.

Intitulé « Tendances globales 2040 : un monde de plus en plus contesté », ce rapport public est une synthèse des différentes données amassées par les agences de renseignement américaines.

En 2017, ces auteurs avaient même prévu, dans un des scénarios de prospective, une « pandémie mondiale » en 2023 qui pourrait « considérablement réduire les voyages dans le monde afin de contenir la propagation de la maladie, contribuant au ralentissement du commerce mondial et à la baisse de la productivité ».

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Le rapport s’attarde sur la configuration des puissances mondiales et s’attache à analyser l’avenir de l’affrontement Chine-États-Unis.

« Les États-Unis, ainsi que leurs alliés de longue date, et la Chine, auront la plus grande influence sur la dynamique mondiale, soutenant des visions concurrentes du système international et de la gouvernance qui reflètent leurs intérêts et idéologies fondamentaux. Leur rivalité affectera la plupart des domaines, mettant à rude épreuve – et dans certains cas remodelant – les alliances existantes et les organisations internationales qui soutiennent l’ordre international depuis des décennies », lit-on dans le rapport.

Mais la concurrence entre Washington et Pékin ne devrait plus être analysée à l’aune de l’histoire de la « guerre froide » entre les États-Unis et l’ex-URSS, « en raison de la plus grande variété d’acteurs dans le système international qui peuvent façonner les résultats, de l’interdépendance dans divers domaines et du fait qu’il y ait moins de lignes de division idéologiques exclusives ».

Le plus inquiétant : le réchauffement climatique

Le National Intelligence Council estime que « l’Union européenne, l’Inde, le Japon, la Russie et le Royaume-Uni joueront probablement également un rôle important dans la réalisation d’objectifs géopolitiques et économiques. »

« Cet environnement plus compétitif avec des technologies rapidement émergentes est susceptible d’être plus volatil avec un risque accru de conflit, au moins jusqu’à ce que les États établissent de nouvelles règles, normes et limites pour les domaines de concurrence les plus perturbateurs », ajoute-t-il.

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Car « si les règles et les traités » qui régissent les relations mondiales continuent de s’éroder, les États pourraient avoir du mal à créer une efficace dissuasion contre les risques à venir (et qui s’esquissent déjà) : « une combinaison d’armes conventionnelles et stratégiques hautement destructrices et précises, de cyberactivités ciblant les infrastructures civiles et militaires, dans un environnement de désinformation confus ».

Mais plus que le contrôle des infrastructures et des flux de télécommunication, avec la prédominance qu’annonce la Chine sur la 5G, la propagation constante des fake news ou l’émergence de nouvelles technologies militaires, ce sont surtout les risques inhérents au réchauffement climatique qui inquiètent les auteurs de ce rapport.

En résumé, le manque d’alimentation et de ressources en eau aggravera, dans les deux prochaines décennies, les crises migratoires et les tensions régionales.   

Plusieurs scénarios pour 2030-2040

À la fin du rapport, le National Intelligence Council se projette dans une sorte de politique-fiction imaginant ce qui pourrait arriver en 2030-2040.

Dans un des scénarios, le monde traverse une terrible crise. La hausse des températures et de l’acidité des océans détruit des ressources déjà épuisées par la surpêche.

Le changement climatique crée des déficits énormes dans la production de céréales, entraînant une famine mondiale et des troubles à travers la planète.

Optimiste, le rapport imagine que ce choc pourrait entraîner dans la jeune génération, façonnée par le trauma du COVID-19, une mobilisation qui la pousserait à investir le politique : naîtrait alors, entre 2034 et 2036, une vague de gouvernements écologiques en Occident, appuyée par une Chine alarmée par la dangeureuse conjoncture.

L’Union européenne lancerait une nouvelle organisation internationale, le « Conseil de sécurité humaine », engagée dans l’amélioration de la sécurité alimentaire, sanitaire et environnementale.

« La Russie et certains États de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole ont résisté au changement »

- National Intelligence Council

« En 2038, les attitudes mondiales à l’égard de l’environnement et de la sécurité humaine se transformeraient, reconnaissant de plus en plus le caractère non durable des pratiques passées. »

« Tout le monde n’est pas venu à bord. La Russie et certains États de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole [OPEP] ont résisté au changement, et certaines communautés ont trouvé que le nouvel éthos mondial menaçait les valeurs traditionnelles et les systèmes de favoritisme », prévoit le rapport.

« Les extrémistes ont eu recours aux cyberattaques et au terrorisme pour attirer l’attention sur leurs causes. Les États ayant de puissants intérêts énergétiques, comme l’Iran, la Russie et certains États arabes du Golfe, ont été confrontés à des mouvements politiques perturbateurs qui menacent de conduire à une période prolongée de conflit politique et social », conjecture l’étude.

 D’autres scénarios sont proposés, notamment celui d’une « coexistence » entre les grandes puissances pour solutionner les crises à venir, tandis qu’un autre prévoit la dislocation des instances internationales et une Chine « profitant des troubles en Occident ».

Elle étendrait son « influence internationale, en particulier en Asie, mais sans avoir ni la volonté ni la puissance militaire nécessaires pour assumer le leadership mondial, laissant de nombreux défis mondiaux, tels que le changement climatique et l’instabilité dans les pays en développement, en grande partie sans réponse ».