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D’anciennes pièces d’or arabes enterrées aux États-Unis révèlent le mystère du « roi des pirates »

La découverte, en Nouvelle-Angleterre, d’ancienne pièces de monnaie frappées au Yémen au XVIIe siècle met en lumière l’un des actes de piraterie les plus célèbres de l’histoire
Une des monnaies arabes du 17e siècles découvertes en Nouvelle-Angleterre (American Numismatic Society)
Une des pièces arabes du XVIIe siècle découvertes en Nouvelle-Angleterre (American Numismatic Society)
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Mais que font une quinzaine de pièces d’or frappées au Yémen en 1693, appelées khemsiyat, dans le sous-sol de la Nouvelle-Angleterre, dans le nord-est des États-Unis d’Amérique ?

C’est l’incroyable saga que raconte Associated Press (AP), mêlant des pirates cruels, le trésor de riches marchands turcs, un sultan mogol en colère et la traite des esclaves sur les côtes est de l’Amérique du Nord.

Gravure de 1837 représentant Henry Every recevant le trésor du Ganj-i-Sawai sur son navire, le Fancy (Wikipédia)
Gravure de 1837 représentant Henry Every recevant le trésor du Ganj-i-Sawai sur son navire, le Fancy (Wikipédia)

Tout a commencé entre 2012 et 2014, quand Jim Bailey, un historien amateur, a commencé à trouver des pièces d’or et d’argent avec son détecteur de métaux d’abord dans un pré à Middletown – où il avait déjà découvert une boucle de chaussures du XVIIIe siècle et des balles de mousquet – puis dans d’autres zones du Massachusetts, de Rhode Island, du Connecticut et de Caroline du Nord.

En examinant ces pièces de monnaie, Jim Bailey y décèle une écriture arabe. Leur analyse  démontre qu’elles ont été frappées au Yémen en 1693. Comment est-ce possible, puisque rien ne prouve que des colons américains luttant pour gagner leur vie dans le Nouveau Monde se soient rendus au Moyen-Orient pour faire du commerce avant des décennies plus tard ?

L’unique explication possible, selon des chercheurs, est rattachée à l’histoire d’un célèbre pirate de l’époque, l’Anglais Henry Every, alias « le roi des pirates », qui vécut de 1659 à 1696 (dates approximatives) et devint «  le criminel le plus recherché au monde après avoir pillé un navire transportant des pèlerins musulmans de retour en Inde depuis La Mecque, puis échappé à la capture en se faisant passer pour un marchand d’esclaves », rappelle Associated Press.

Henry Every, qui quitte la marine marchande alors qu’il est en Espagne, convainc son équipage de partir pour l’océan Indien, longeant la côte africaine – il y commet alors ses premières actions de capitaine pirate.

La colère du Grand Moghol

Le 7 septembre 1695, son bateau pirate, le Fancy, tend une embuscade non loin du détroit de Bab el-Mandeb, au large de Djibouti, et capture le Ganj-i-Sawai, un navire royal appartenant au sixième Grand Moghol Muhiuddin Muhammad (1618-1707), également appelé Aurangzeb, dont l’empire englobe le sous-continent indien et l’Afghanistan, pour une population avoisinant les 160 millions d’habitants. 

C’est, à l’époque, un des hommes les plus puissants du monde, tandis que « l’économie moghole est la première du monde, accaparant près d’un quart du commerce global », explique l’Association de la Sorbonne pour les Mondes asiatiques. « Aurangzeb entretient des relations diplomatiques avec la plupart des grandes puissances de son temps, notamment la Perse safavide, l’Empire ottoman, le royaume de France et la Couronne britannique ».

Le trésor à bord, qui aurait appartenu principalement à des « marchands turcs », vaudrait aujourd’hui environ 400 millions de dollars

À bord du Ganj-i-Sawai, il y a non seulement des fidèles revenant de leur pèlerinage, mais aussi beaucoup d’or et d’argent. Le trésor à bord, qui aurait appartenu principalement à des « marchands turcs », vaudrait aujourd’hui environ 400 millions de dollars.

Chacun des membres de l’équipage pirate s’enfuit avec une part du butin, mais pas avant d’avoir torturé, violé et tué la plupart des passagers et de l’équipage.

Les pirates s’enfuient ensuite aux Bahamas, un paradis pour les pirates. Mais la nouvelle de leurs crimes se répand rapidement et le roi anglais William III – sous la pression énorme d’une Inde scandalisée et du géant commercial de la Compagnie des Indes orientales – met leur tête à un prix mirobolant. C’est l’un des vols les plus importants de l’histoire et Every devient, alors, l’homme le plus recherché au monde.

Car la couronne britannique ne peut se permettre de laisser le crime impuni, d’autant que le sultan moghol, hors de lui, menace « d’ordonner le siège de Bombay (sous contrôle britannique), où des ressortissants anglais échappent de justesse à des émeutes populaires. La Compagnie des Indes britanniques accepte de dédommager l’Empire, et organise sur demande de l’empereur la première chasse à l’homme mondiale de l’histoire », rapporte l’Association de la Sorbonne pour les Mondes asiatiques.

Le mystère Every

Après cette prise faramineuse, le capitaine pirate Henry Every s’échappe vers l’île de la Réunion, où il partage le butin avec ses hommes, qui recevront chacun l’équivalent de 1 000 livres de l’époque, soit 100 000 à 150 000 euros actuellement.

La proclamation pour l’arrestation de Henry Every, avec une récompense de 500 livres sterling, qui a été publiée par le Conseil privé d’Écosse le 18 août 1696 (Wikipédia)
La proclamation pour l’arrestation de Henry Every, avec une récompense de 500 livres sterling, qui a été publiée par le Conseil privé d’Écosse le 18 août 1696 (Wikipédia)

Se sachant recherché pour la potence dans toutes les mers du monde que contrôle l’Empire britannique, Every se réfugierait en Nouvelle-Angleterre, se faisant passer pour un marchand d’esclaves, un négoce fleurissant à l’époque dans la région.

« L’historien Jim Bailey affirme que les pièces que lui et d’autres ont trouvées sont la preuve que le célèbre pirate s’est rendu dans les colonies américaines, où lui et son équipage ont utilisé leur butin pour les dépenses quotidiennes lors de leurs déplacements », rapporte Associated Press.

« Il semble que certains membres de son équipage aient pu s’installer en Nouvelle-Angleterre et s’intégrer », a déclaré à AP Sarah Sportman, archéologue du Connecticut, où l’une des pièces a été trouvée en 2018 lors des fouilles en cours sur un site agricole du XVIIe siècle.

« C’était presque comme un stratagème de blanchiment d’argent », a-t-elle affirmé.

Des archives montrent également que certains des hommes d’Every ont accosté en Caroline du Nord, où certaines des pièces du trésor du bateau attaqué ont été retrouvées.

« Le sort du capitaine Every lui-même est incertain », explique l’Association de la Sorbonne pour les Mondes Asiatiques. « Certains affirment qu’il aurait fondé la colonie pirate de Libertalia à Madagascar, d’autres, qu’il serait mort dans le dénuement en Angleterre, et d’autres encore, qu’il aurait profité de sa fortune mal acquise jusqu’à la fin de ses jours. »