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« Personne ne sait où il se trouve » : le silence de Hichem Mechichi suscite l’inquiétude

L’ex-chef du gouvernement est injoignable depuis cinq jours, affirme un membre de l’International Jurists Union
Hichem Mechichi, 47 ans, est l’ancien chef du gouvernement tunisien. Il a été limogé le 25 juillet 2021 par le président Kais Saied à la suite d’une prise de pouvoir controversée (AFP)
Hichem Mechichi, 47 ans, est l’ancien chef du gouvernement tunisien. Il a été limogé le 25 juillet 2021 par le président Kais Saied à la suite d’une prise de pouvoir controversée (AFP)
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Des défenseurs des droits de l’homme tunisiens se disent préoccupés par la disparition du chef du gouvernement destitué Hichem Mechichi. 

Presque dix jours après que le président Kais Saied a mené un « coup d’État constitutionnel » selon ses opposants, personne ne sait exactement où se trouve Hichem Mechichi.

Ce dernier n’est pas apparu en public depuis l’annonce par le chef de l’État de sa prise de pouvoir, le dimanche 25 juillet. Sa dernière publication Facebook remonte au 26 juillet, lorsqu’il a posté un communiqué relatif à sa démission. 

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Son seul autre commentaire public a été une réaction à l’article de Middle East Eye la semaine dernière, lequel révélait qu’il avait été agressé physiquement le soir avant qu’il n’accepte de démissionner.

Selon le journal The Maghreb Street, le chef du gouvernement démis de ses fonctions a nié avoir été contraint à démissionner.

Middle East Eye maintient les propos tenus dans son article. MEE avait contacté Hichem Mechichi et la présidence tunisienne avant la publication de son article, mais n’avait pas reçu de réponse au moment de la publication.

MEE a signalé que l’ex-chef du gouvernement avait été convoqué au palais présidentiel le 25 juillet. Kais Saied l’avait alors limogé, annoncé la suspension du Parlement et pris le contrôle de l’exécutif après des manifestations contre le gouvernement.

Une fois au palais, Hichem Mechichi a refusé de démissionner à plusieurs reprises, selon les sources de MEE. Il a donc été frappé. 

« Je suis très inquiet pour sa sécurité. Tous les efforts pour entrer en contact avec lui ont échoué », a déclaré à MEE Oussama Sghaier, un député tunisien du parti islamoconservateur Ennahdha.

« Tout ce que nous avons, c’est un message sur Facebook disant qu’il [Mechichi] se retirait. C’est une confirmation de plus que ce qui se passe dans ce pays est très dangereux », a-t-il ajouté.

Si la nature de ses blessures n’a pas pu être vérifiée car il n’a plus été vu en public, elles étaient « importantes », selon les sources au fait de la question.

Mechichi a alors accepté de démissionner, selon nos sources, avant de rentrer chez lui, d’où il a nié les informations des médias locaux selon lesquelles il était assigné à domicile.

« Il n’est pas chez lui »

Mercredi, Anwar al-Gharbi, membre de l’International Jurists Union (IUJ) basé à Genève, a déclaré au site d’informations Arabi21 que son organisation tentait depuis cinq jours d’obtenir des informations concernant l’endroit où se trouvait Mechichi, en vain.

« La situation de Mechichi est devenue inquiétante », estime Anwar al-Gharbi. « Il est d’abord un citoyen avant d’être un membre du gouvernement et personne ne sait où il se trouve. Nous voulons nous assurer qu’il est sain et sauf sur le plan physique comme psychologique. »

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« Il n’est pas chez lui. Tous ceux que nous avons contactés n’avaient pas d’informations à son sujet, y compris sa famille et ses proches, et même ceux qui travaillaient pour lui », ajoute-t-il.

Dans le même temps, le hashtag « Où est Mechichi » a fleuri sur les réseaux sociaux tunisiens, où les internautes veulent savoir où est passé le politicien. 

La transition démocratique de la Tunisie est considérée comme la seule réussite des soulèvements du Printemps arabe de 2011, dont beaucoup ont été violemment réprimés ou se sont mués en guerre civile.

Kais Saied assure que sa prise de pouvoir n’a pas pour objet d’écarter la Tunisie de la voie démocratique. Mais son initiative a été suivie d’une répression des dissidents, notamment une perquisition des bureaux d’Al Jazeera à Tunis et la délivrance de mandats d’arrestation contre plusieurs députés et conseillers juridiques.

Les autorités ont également ouvert des enquêtes contre les deux plus grands partis du pays, Ennahdha et Qalb Tounes, sur la base d’allégations selon lesquelles ils ont reçu des fonds étrangers lors de la campagne électorale de 2019.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.