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Tunis : manifestation contre les violences policières et colère de Kais Saied

Le président tunisien s’est montré virulent face à ce qu’il décrit comme une situation « extrêmement dangereuse en Tunisie »
Affrontement à Sidi Hassine, près de Tunis, entre manifestants et policiers, le 12 juin 2021 (AFP/Fethi Belaid)
Affrontement à Sidi Hassine, près de Tunis, entre manifestants et policiers, le 12 juin 2021 (AFP/Fethi Belaid)

Un face-à-face a opposé jeunes et policiers samedi soir dans la banlieue de Tunis, quelques heures après une manifestation contre le gouvernement et les violences policières, en réaction à la mort suspecte d’un jeune qui venait d’être interpellé.

Plusieurs dizaines de jeunes ont lancé des projectiles et des feux d’artifices contre la police, qui a tiré des gaz lacrymogènes à proximité du commissariat dans le quartier populaire de Sidi Hassine, a constaté l’AFP.

Des troubles ont eu lieu ces derniers soirs après la mort suspecte d’un jeune habitant du quartier, Ahmed ben Ammar, peu après son interpellation.

Traduction : « Avenue Bourguiba : jets de pierres et de chaises, heurts entre manifestants et les services de sécurité. » 

En fin d’après-midi, plusieurs dizaines de militants de gauche et habitants de quartiers populaires avaient manifesté devant le ministère de l’Intérieur, arborant des pancartes « Qui nous protège de la police ? », ou encore « sauvez une vie – jugez un policier ».

Parmi eux se trouvaient les mères de trois jeunes décédés ces trois dernières années après leur interpellation, qui réclamaient « justice » pour leurs enfants.

Des protestataires ont jeté des chaises sur la police sur l’avenue Bourguiba, en plein centre de Tunis, au début de la manifestation, et plusieurs manifestants ont été interpellés.

« Nos jeunes risquent leur vie dans des bateaux vers l’Europe, parce que l’école ne vaut plus rien, pareil pour la santé, et la police fait n’importe quoi, on a peur pour leur avenir », s’est emportée une manifestante, enseignante.

La famille du jeune décédé accuse la police de l’avoir frappé à mort et une enquête a été ouverte.

Le ministère de l’Intérieur a démenti jeudi qu’il soit mort de mauvais traitements durant son arrestation.

Une vidéo devenue virale montrant un mineur arrêté mercredi en marge des funérailles à Sidi Hassine, près de Tunis, entièrement nu, frappé à terre puis escorté par ce qui semble être des policiers en civil vers une voiture de police, a également déclenché un tollé.

Kais Saied furieux

Une deuxième enquête a été ouverte pour déterminer les responsabilités de ces « abus liés à cette intervention », a indiqué le ministère.

La Commission suprême des droits de l’homme, instance constitutionnelle indépendante, a averti jeudi que de telles exactions risquaient de miner « la confiance dans l’État et ses institutions ».

« L’enquête devrait être d’autant plus prompte que la vidéo permet d’identifier les agresseurs et d’affirmer qu’il s’agit bien de mauvais traitements dénués de toute justification », a souligné l’antenne tunisienne de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).Le Parlement a également réagi dans un communiqué, appelant les autorités à assurer « une protection physique et juridique » au jeune mineur dont l’interpellation a été filmée, et de mener une enquête sérieuse sur ces faits « odieux ».

Selon Kais Saied, « la situation est extrêmement dangereuse en Tunisie ». Il a déclaré qu’il ne laisserait pas le pays « entre les mains des lobbies »

Ces événements interviennent alors que, vendredi, le président tunisien Kais Saied a médiatisé sa colère en convoquant le Premier ministre Hichem Mechichi, également, ministre de l’Intérieur par intérim, et la ministre de la Justice par intérim, Hasna Ben Slimane.

Le chef de l'État estimé que « ce qui s’est passé [à Sidi Hassine] est inadmissible et que tout le monde doit assumer ses responsabilités ».

Dans une vidéo, on voit le président tunisien en colère, fustigeant « ce qui se passe ces jours-ci en Tunisie ».

Selon Kais Saied, « la situation est extrêmement dangereuse en Tunisie ». Il a déclaré qu’il ne laisserait pas le pays « entre les mains des lobbies ». Brandissant la Constitution, il a menacé de faire usage de certaines prérogatives constitutionnelles « auxquelles ils [ces lobbies] ne s’attendent pas », pour sauver le pays.

En Tunisie, plus de dix ans après la fin du régime policier de Zine el-Abidine Ben Ali, les forces de sécurité ne bénéficient plus d’un pouvoir discrétionnaire, mais n’ont été que peu réformées depuis. Leurs abus sont très rarement l’objet de poursuites judiciaires.