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Tunisie : un réfugié politique algérien livré aux autorités de son pays

D’après les organisations tunisiennes, Slimane Bouhafs a obtenu en septembre 2020 du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) le statut de réfugié
Slimane Bouhafs, 54 ans, milite également au sein du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (Facebook)
Slimane Bouhafs, 54 ans, milite également au sein du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (Facebook)

Plus de quarante organisations tunisiennes de défense des droits humains ont affirmé lundi 30 août que la Tunisie avait livré Slimane Bouhafs, un « réfugié politique » algérien, aux autorités de son pays, accusant Tunis de « violer ses engagements internationaux ».

Slimane Bouhafs, 54 ans, milite aussi au sein du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation indépendantiste classée « terroriste » par les autorités algériennes.

Dans un communiqué commun, plus de quarante ONG, dont la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, ont exprimé leur « indignation devant le dangereux précédent créé par l’État tunisien en remettant un réfugié bénéficiant de la protection internationale aux autorités de son pays qui le poursuivent pour ses prises de position politiques ». 

Les ONG exigent des « clarifications des autorités sur la disparition dans des circonstances mystérieuses du militant politique algérien Slimane Bouhafs ». 

« Des témoins ont rapporté que des voitures avec des plaques d’immatriculation inconnues se sont présentées le 25 août à la maison où vit le militant algérien et l’ont emmené vers une destination inconnue. »

Citant des médias algériens, les ONG affirment que « Slimane Bouhafs a été livré » par les autorités tunisiennes à l’Algérie, où il sera jugé. 

Les autorités tunisiennes et algériennes n’ont pas commenté dans l’immédiat.

D’après les organisations tunisiennes, Slimane Bouhafs a obtenu en septembre 2020 du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) le statut de réfugié. 

« La protection internationale dont bénéficie Slimane Bouhafs exige que les autorités tunisiennes, signataires de la Convention de Genève de 1951 contre la torture, ne doivent pas l’extrader », ajoute le communiqué.

« Atteinte à l’islam et au prophète Mohammed »

Des médias tunisiens ont fait état d’un possible « échange » entre les autorités tunisiennes et algériennes après l’annonce de l’arrestation en Algérie de Nabil Karoui, chef d’un parti libéral et ex-candidat à la présidentielle de 2019 en Tunisie. 

Ils affirment qu’en contrepartie de l’extradition de M. Bouhafs, Alger devrait remettre Nabil Karoui à la Tunisie. Ce dernier est poursuivi depuis 2017 dans le cadre d’une affaire de blanchiment d’argent et fraude fiscale.

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Pour les ONG, « l’établissement de relations amicales avec un pays ami ne doit pas se faire au détriment du respect des obligations internationales qui protègent les réfugiés et les demandeurs d’asile ».

Pour rappel, Slimane Bouhafs, converti au christianisme, ex-policier, a été condamné en 2016 à cinq ans de prison en Algérie pour « atteinte à l’islam et au prophète Mohammed ».

À l’origine de l’affaire : une publication sur Facebook dans laquelle il explique que le prophète Mohammed « a perdu d’avance » face au Christ « qui incarne la paix et la vérité ».