Aller au contenu principal

Les médias occidentaux critiqués pour leur « couverture raciste » de la guerre en Ukraine

Les internautes suivent, indignés et interloqués, journalistes et politiciens enchaînant les comparaisons malheureuses entre une nation « civilisée » et la région MENA déchirée par les guerres
Sur Al Jazeera, le présentateur Peter Dobbie a commenté en parlant des Ukrainiens : « Il ne s’agit manifestement pas de réfugiés essayant de fuir des régions du Moyen-Orient qui sont encore en état de guerre. Ce ne sont pas des gens qui essaient de s’éloigner des régions d’Afrique du Nord. » La chaîne a présenté ses excuses (capture d’écran)
Sur Al Jazeera, le présentateur Peter Dobbie a commenté en parlant des Ukrainiens : « Il ne s’agit manifestement pas de réfugiés essayant de fuir des régions du Moyen-Orient qui sont encore en état de guerre. Ce ne sont pas des gens qui essaient de s’éloigner des régions d’Afrique du Nord. » La chaîne a présenté ses excuses (capture d’écran)
Par

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est couverte en continu par les médias internationaux, dont les correspondants sont arrivés du monde entier. Et la diffusion d’information en continu a donné lieu à... plusieurs dérapages remarqués.   

VIDÉO : La couverture médiatique occidentale des réfugiés ukrainiens « civilisés » critiquée
Lire

« Ils nous ressemblent tellement. C’est ce qui rend la situation si choquante », a notamment écrit samedi le journaliste et ancien politique conservateur Daniel Hannan dans le quotidien britannique Telegraph. « L’Ukraine est un pays européen. Sa population regarde Netflix et a des comptes Instagram, vote lors d’élections libres et lit des journaux non censurés. La guerre n’est plus quelque chose qui affecte des populations appauvries et lointaines. Cela peut arriver à n’importe qui. »

Les exemples de ces commentaires, dénoncés comme « racistes », se retrouvent sur les télévisions françaises ou américaines, dans la presse anglo-saxonne, poussant des médias prestigieux à présenter leurs excuses pour calmer le tollé en ligne.

Le correspondant de CBS, Charlie D’Agata, a déclaré vendredi à Kiev que « Ce n’est pas un endroit, avec tout le respect que je leur dois, comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui a vu des conflits faire rage pendant des décennies.»

« C’est une ville relativement civilisée, relativement européenne – je dois choisir ces mots avec soin aussi –, une ville où vous ne vous attendriez pas à cela, ou n’espériez pas que cela se produise. »

Il s’est excusé par la suite.

Traduction : « Fil de discussion sur le racisme débité par les médias du monde civilisé.
1. CBS est le premier à faire la distinction éclairante entre civilisés et non civilisés [note : le journaliste a ensuite présenté des excuses
🙄] »

Traduction : « Quelqu’un s’est déjà lancé dans l’impression de t-shirts “non civilisé” ? J’en veux un. »

La correspondante de NBC News, Kelly Cobiella, a également été critiquée par des confrères journalistes après avoir déclaré à l’antenne : « Ce ne sont pas des réfugiés de Syrie, ce sont des réfugiés d’Ukraine… Ils sont chrétiens, ils sont blancs, ils nous ressemblent beaucoup. »

https://twitter.com/SanaSaeed/status/1498012839247818757?s=20&t=ZTbHg9FWoryG-vLzj-b88g

Traduction : « J’adore être une journaliste musulmane basanée dans un secteur qui se moque de vous et vous pénalise pour avoir exalté l’humanité de vos communautés comme un ‘’parti pris‘’, mais qui permet et promeut des journalistes blancs objectifs‘’ qui soutiennent expressément notre déshumanisation. »

Traduction : « On ne parle pas là de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien soutenu par Vladimir Poutine, on parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures… qui essaient juste de sauver leur vie. »
Au moment où vous pensiez avoir tout vu dans ce bas monde. Incroyable. »

« On est au XXIe siècle, on est dans une ville européenne, et on a des tirs de missiles de croisière comme si on était en Irak ou en Afghanistan, vous imaginez ! », a déclaré un autre éditorialiste sur la chaîne française BFMTV.

Pour le politologue Ziad Majed, professeur à l’université américaine de Paris, la « magnifique solidarité et l’humanisme » envers l’Ukraine illustrent une « distinction choquante » qui révèle une « déshumanisation des réfugiés du Moyen-Orient ».

Un sociologue français souligne que les Ukrainiens fuyant le conflit sont qualifiés de « réfugiés » tandis que les Afghans fuyant leur pays l’année dernière étaient principalement qualifiés de « migrants ».

Et Jean-Louis Bourlanges, membre de l’Assemblée nationale française, a déclaré à la radio que les réfugiés ukrainiens représenteraient « une immigration de grande qualité […] des intellectuels ».

Sur Al Jazeera English, un présentateur faisant part de ses observations sur les Ukrainiens fuyant les combats dans leur pays d’origine a commenté : « Ce qui est percutant, c’est que, rien qu’en les regardant, en regardant la façon dont ils s’habillent, ce sont des gens prospères de la classe moyenne. »

« Il ne s’agit manifestement pas de réfugiés essayant de fuir des régions du Moyen-Orient qui sont encore en état de guerre. Ce ne sont pas des gens qui essaient de s’éloigner des régions d’Afrique du Nord. Ils ressemblent à n’importe quelle famille européenne qui vivrait à côté de chez vous. »

Traduction : « 6. Al Jazeera English n’est pas en reste avec celui-ci : le code vestimentaire est toujours un révélateur important des civilisés. »

Al Jazeera a reconnu que l’un de ses présentateurs « avait fait des comparaisons injustes entre les Ukrainiens fuyant la guerre et les réfugiés de la région MENA » et a présenté ses excuses. 

Traduction : « Un présentateur @AJEnglish a fait des comparaisons injustes entre les Ukrainiens fuyant la guerre et les réfugiés de la région MENA. Les commentaires du présentateur étaient dénués de sensibilité et irresponsables. Nous présentons nos excuses à notre public du monde entier et traitons ce manque de professionnalisme. »

Samedi, David Sakvarelidze, ancien procureur général adjoint en Ukraine, s’est adressé à la BBC, laissant entendre qu’il était plus difficile pour lui de regarder des blancs fuir le conflit. 

Le présentateur a répondu : « Je comprends et, bien sûr, je respecte votre émotion. »

Traduction : « Je suis très ému parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds se faire tuer. »

Pendant ce temps, sur ITV en Grande-Bretagne, un correspondant en Pologne a déclaré : « Ce n’est pas un pays du tiers monde en développement. C’est l’Europe. »

Traduction : « Parce que la guerre et la dévastation sont acceptables dans les pays ‘’du tiers monde en développement‘’... 🙄 »

Sur les réseaux sociaux, les internautes ont également établi des comparaisons entre la diabolisation du mouvement palestinien Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et la volonté d’utiliser ces tactiques contre la Russie.

La Russie a été lourdement sanctionnée par les puissances occidentales et exclue de multiples événements sportifs.

Traduction : « Vous souvenez-vous de ceux qui s’inquiétaient et ont tergiversé sur le boycott du Festival de Sydney ? Vous souvenez-vous de l’avalanche d’articles anti-boycott ?
Il s’avère que le boycott culturel d’un envahisseur/occupant n’est ni compliqué ni controversé. »

Traduction : « N’est-ce pas cela le BDS ? »

Lundi, une Association américaine de journalistes arabes et du Moyen-Orient (AMEJA) déplorait plusieurs « exemples de couverture médiatique raciste, donnant plus d’importance à certaines victimes de guerre qu’à d’autres ».

Elle évoquait « une mentalité répandue dans le journalisme occidental qui tend à normaliser la tragédie dans certaines régions du monde », notamment au Moyen-Orient.

La différence de traitement est d’autant plus frappante que c’est aussi Moscou qui intervient depuis six ans dans le sanglant conflit syrien en soutien à Damas, rappelle Ziad Majed.

« On peut comprendre que les Ukrainiens sont Européens, que la mémoire des guerres en Europe peut susciter beaucoup d’émotions et de souvenirs », concède-t-il. Mais le phénomène illustre aussi « l’extrême droitisation du débat public », à un moment où en Occident « certaines élites politiques n’ont plus de problèmes à s’exprimer comme si la parole raciste s’était libérée ».

Traduit de l’anglais (original) et actualisé par VECTranslation.