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Guerre en Ukraine : Moscou recrute des Syriens pour l’invasion

Alors que Poutine a donné son feu vert au recrutement de combattants originaire du Moyen-Orient, en Syrie, une annonce sur la page de la 4e Division blindée suscite l’intérêt
Les troupes syriennes déployées à Deraa al-Balad, en Syrie, le 8 septembre 2021 (Reuters)
Les troupes syriennes déployées à Deraa al-Balad, en Syrie, le 8 septembre 2021 (Reuters)
Par
DAMAS, Syrie

Alors que l’invasion russe de l’Ukraine se fait de plus en plus violente, l’appel du Kremlin pour que des volontaires aillent combattre aux côtés de l’armée russe a déclenché un afflux dans les centres de recrutement en Syrie

Bien que les rumeurs du recrutement de Syriens circulent en réalité depuis des semaines, les preuves crédibles étaient jusqu’alors assez rares. Cependant, une nouvelle annonce présente « les postes de combat ouverts aux combattants syriens expérimentés », dans une « mission à l’étranger ».    

Les combattants potentiels se voient offrir un salaire substantiel d’environ « 3 000 dollars en fonction des compétences spécifiques et de l’expertise de chacun ». On ne sait pas s’il s’agit d’un versement unique ou mensuel. 

Capture d'écran facebook
Une annonce appelant les Syriens à combattre pour la Russie en Ukraine (Facebook)

« Déploiement en Ukraine », proclame l’annonce partagée sur Facebook.

Celle-ci a été publiée sur un groupe privé pour les soldats de la 4e Division blindée, l’une des plus importantes de l’armée syrienne, et montre la tentative tangible de recrutement à l’étranger. Des soldats volontaires ont commenté cette publication en demandant le numéro à contacter.

Ces 3 000 dollars représentent l’équivalent d’environ 7,5 millions de livres syriennes, coquette somme dans un pays où les coupes économiques engendrent un véritable désastre. 

Les soldats désireux de rejoindre les rangs russes doivent « décliner leur identité, fournir leur numéro de téléphone, indiquer leur spécialité au combat au sein de l’armée… Type de combat : attaque et consolidation », précise l’annonce.

Cependant, la publication souligne que les inscriptions sont limitées, signe peut-être que les Russes cherchent à tester le recours aux combattants syriens plutôt qu’à ouvrir grand les vannes immédiatement.  

Appel à la guerre de Poutine

Les centres de recrutement devraient maintenant foisonner en Syrie, puisque le président russe Vladimir Poutine a procédé vendredi à un appel aux armes.

S’exprimant depuis le Kremlin, Poutine a déclaré à son ministre de la Défense à la télévision : « Si vous voyez que ces gens veulent y aller de leur propre chef, non pas pour l’argent mais pour venir en aide à la population du Donbass, alors nous devons leur donner ce qu’ils veulent et les aider à atteindre la zone de conflit. » 

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Le ministre de la Défense Sergueï Choïgou estime qu’environ 16 000 volontaires du Moyen-Orient sont prêts à être déployés.

Au Wall Street Journal, le Pentagone et les responsables américains ont déclaré que des Syriens étaient recrutés par la Russie pour combattre en Ukraine.

Le groupe Wagner, société militaire privée liée au Kremlin, avait précédemment recruté des centaines de miliciens pro-Assad et d’anciens rebelles pour combattre en Libye en 2019-2020.

Il faut noter que le ministère russe de la Défense a publié vendredi une vidéo qui semble montrer des forces armées syriennes prêtes à se rendre en Ukraine.

Traduction : « Le ministère russe de la Défense a publié des images de militants pro-gouvernement en Syrie "prêts à se rendre en Ukraine". Le fait que cette annonce vienne de la Russie et non du régime d’Assad est révélatrice. »

Assad à découvert ?

Si autoriser les Syriens à rejoindre les combats réduirait le risque de jeter dans la mêlée d’autres soldats russes, les difficultés sont nombreuses.

Kyle Glen, cofondateur de Conflict News, explique que cela donnerait un nouvel élan aux groupes rebelles syriens et laisserait le président Bachar al-Assad à découvert.

« Si des milliers de Syriens commencent à aller faire la guerre en Ukraine, cela affaiblira l’armée en Syrie »

– Kyle Glen, Conflict News

« Si des milliers de Syriens commencent à aller faire la guerre en Ukraine, cela affaiblira l’armée en Syrie. HTC [Hayat Tahrir al-Cham] et d’autres pourraient saisir l’occasion de lancer une offensive et de s’arroger plus de territoire », déclare-t-il à Middle East Eye.

« Lorsqu’un camp recourt davantage aux mercenaires, l’autre fera de même ; cela pourrait motiver des combattants de l’opposition syrienne à tenter de se rendre en Ukraine. Nous avons vu le combattant rebelle syrien Suheil Hammoud, surnommé Abu TOW écrire qu’il voulait aller combattre là-bas. »

D’après Glen, le recrutement montre que l’invasion ne se déroule pas comme prévu pour la Russie.

« Je pense que c’est un signe de désespoir de la Russie s’ils ont besoin d’amener des troupes [de l’Armée arabe syrienne] là-bas. Je pense que la Russie s’inquiète que le retour de soldats russes dans des cercueils fasse chuter le soutien vis-à-vis de la guerre. »

Difficultés à l’horizon

La Russie est le plus grand soutien du gouvernement syrien ; elle est intervenue de manière significative dans la guerre civile syrienne en 2015 pour maintenir Assad au pouvoir. En retour, les autorités syriennes soutiennent l’invasion russe de l’Ukraine. Assad considère que l’invasion « restaure l’équilibre mondial » et « corrige le cours de l’histoire ».

Plusieurs rassemblements pro-russes ont été organisés récemment pour soutenir l’invasion.

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La plupart des véhicules militaires russes impliqués dans le conflit en Ukraine sont ornés de la lettre « Z », symbole de « za pobedu » ce qui signifie « pour la victoire ». Cette lettre est devenue un signe de ralliement pour les soutiens de l’invasion.

Des étudiants de l’université de Homs ont formé des chaînes humaines en Z et ont peint cette lettre sur leurs voitures en déclaration de soutien.

Toutefois la crise en Ukraine, en particulier la crainte de pénuries de blé mondiales et des cours au plus haut depuis 14 ans, frappera durement la Syrie. Nonobstant le climat économique actuel dans le pays, la production de blé a décliné de plus de 60 % rien qu’en 2021, faisant de la famine un risque réel.

Plus de 12,4 millions de personnes souffrent actuellement d’« insécurité alimentaire » et, selon les estimations, 60 % de la population risque de souffir de la faim, ce qui engendrera inévitablement un désespoir économique encore plus profond.

À n’en pas douter, cette situation devrait se concrétiser par la mobilisation d’hommes prêts et aguerris, désireux de risquer leur vie pour un salaire essentiel à un moment où l’argent se fait rare et que les emplois sont limités.

Travailler en tant que mercenaire dans une guerre étrangère pourrait être la meilleure option financière pour certains Syriens dans le climat actuel.    

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.