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Walt Disney, Facebook, Starbucks… : en pleine austérité, Riyad veut tout acheter

Le fonds souverain saoudien veut profiter de la crise économique pour lancer des investissements de grande ampleur alors que le royaume sombre dans l’austérité
Un trader saoudien dans une banque dans la capitale Riyad, Arabie saoudite (AFP)
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« Le prince des scies à os de l’Arabie saoudite est venu à la rescousse de certaines des industries américaines touchées par le coronavirus. Mais à quel prix ? » Voilà la question que se pose le Washington Post en commentant la razzia d’achats lancée par le fond saoudien PIF (Public Investment Fund) qui a ces derniers trois mois, depuis le début de la crise sanitaire, engagé une politique agressive de prises de participation.

Le fonds saoudien dispose désormais de plus de dix milliards de dollars sur le marché américain des actions

Le Washington Post rappelle que l’Arabie saoudite a acheté une participation de 500 millions de dollars, soit 5 % des parts, dans Live Nation, une société de musique live, devenant ainsi le troisième actionnaire de la société, dont la valeur des actions avait chuté de plus de 40 %.

À cela s’ajoute le rachat d’actions d’entreprises américaines comme Facebook, Walt Disney, Marriott International, Boeing, Starbucks, Berkshire Hathaway (la société d’investissement de Warren Buffett), Broadcom et Qualcomm, le groupe informatique IBM, la société de chemins de fer Union Pacific, la société d’externalisation Automatic Data Processing, Booking Holdings ou encore Cisco Systems, pour un montant dépassant les 500 millions de dollars dans le cas de certaines opérations.

Selon le Hollywood Reporter, « l’Arabie saoudite est toujours à la recherche de bonnes affaires sur fond de crise liée au coronavirus : le fonds d’investissement privé du royaume a fait une offre d’achat de parts dans Time Warner Music Group ».

Les secteurs pétrolier et bancaire ciblés 

Aux participations dans 23 nouvelles sociétés américaines, totalisant près de huit milliards de dollars, il faudra aussi rajouter deux milliards de dollars investis dans Uber.

Ainsi, le fonds saoudien dispose désormais de plus de dix milliards de dollars sur le marché américain des actions. Le fonds souverain a également investi sur une « valeur sûre » durant cette crise planétaire en injectant pas moins de 80 millions de dollars dans Pfizer, « l’un des groupes pharmaceutiques qui travaillent sur un vaccin et plusieurs traitements contre le COVID-19 », fait remarquer France 24.

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L’appétit saoudien touche aussi aux secteurs pétrolier et banquier alors même que le secteur énergétique est frappé de plein fouet par l’effet combiné du ralentissement économique dû à la pandémie et à la guerre des prix du pétrole… initiée par Riyad.

« Le fonds public d’investissement a finalisé sa prise de participation dans quatre des plus importants groupes pétroliers mondiaux [Shell, Total, l’Italien Eni et la compagnie norvégienne Equinor]. Le fonds saoudien a aussi investi 827,6 millions de dollars dans BP, la major britannique qui possède des certificats de dépôt domiciliés aux États-Unis », note encore le site de France 24.

Riyad a aussi investi, courant avril, 522 millions de dollars dans Citigroup, et 487,7 millions de dollars dans Bank Of America. La plupart des actions ciblées par le PIF se négocient à des niveaux historiquement bas, meurtries par les retombées du coronavirus et des prix du pétrole au plus bas.

« Nous recherchons activement des opportunités stratégiques, tant en Arabie saoudite que dans le reste du monde, qui ont un fort potentiel pour générer des rendements significatifs à long terme tout en bénéficiant au peuple saoudien et en stimulant la croissance économique du pays », a déclaré un porte-parole du fonds.

Une boulimie qui choque le Saoudien moyen

Mais cette boulimie choque le commun des Saoudiens astreint à plusieurs mesures d’austérité, comme le souligne l’AFP. « Les mesures d’austérité ont conduit certains Saoudiens à s’interroger sur les dépenses du gouvernement dans le divertissement et de grands événement sportifs ou encore sur celles du fonds d’investissement public. » 

Pour le ménage saoudien moyen, le coût de la vie va devenir beaucoup plus élevé après l’augmentation du montant de la TVA, qui a triplé, et l’arrêt des allocations sociales. La pression sur les finances publiques est à son comble avec la baisse des revenus pétroliers, dont le royaume dépend à plus de 70 % pour ses recettes publiques, et la crise sanitaire qui a pratiquement paralysé l’économie.

Le géant pétrolier Aramco vient d’annoncer une baisse de 25 % de ses bénéfices au premier trimestre et prévoit une année 2020 difficile.

Les mesures d’austérité destinées à économiser 27 milliards de dollars ne permettront de maîtriser qu’en partie le déficit budgétaire, qui devrait atteindre un niveau record de 112 milliards de dollars cette année.

« L’achat d’actifs de firmes en difficulté à des prix bas pourrait avoir un sens stratégique pour le PIF », a commenté pour l’AFP Quentin de Pimodan du Research Institute for European and American Studies. « Mais en période de coupes douloureuses des dépenses publiques, il aurait fallu procéder à ces achats de manière discrète. »