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Avec Newcastle, MBS rejoint le club des monarchies du Golfe propriétaires de clubs de foot

L’Arabie saoudite a enfin réussi à mettre la main sur un des plus prestigieux clubs de Premier League anglaise, Newcastle
Des supporteurs de Newcastle, vêtus comme des Saoudiens, fêtent la vente de leur club à l’Arabie saoudite (AFP/Oli Scarff)
Des supporteurs de Newcastle, vêtus comme des Saoudiens, fêtent la vente de leur club à l’Arabie saoudite (AFP/Oli Scarff)

Le très lucratif et attractif championnat d’Angleterre de football (Premier League) compte un nouveau milliardaire à la tête d’un club : le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) rejoint le cercle très fermé des cheikhs propriétaires d’un club de football, via le Fonds public d’investissement saoudien (PIF).

Si les héritiers du Golfe se sont souvent concurrencés sur les plus prestigieuses courses hippiques, le football, par sa dimension universelle et son impact, est devenu leur nouvelle priorité.

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Un changement de cap amorcé d’abord par le cheikh Mansour ben Zayed al-Nahyan, de la famille royale d’Abou Dabi, qui a racheté Manchester City en 2008. Cette opération a été suivie par une dizaine d’autres puisque le City Football Group (CFG), propriété d’investisseurs basés à Abou Dabi, a mis la main sur une dizaine de clubs à travers la planète, parmi lesquels New York City FC, Melbourne City FC, Yokohama, l’ESTAC Troyes, etc.

Le voisin qatari, pays hôte de la prochaine Coupe du monde en 2022, a jeté les jalons de sa politique d’influence par le football dès 2010.

L’acquisition par Abdallah ben Nasser ben Abdallah al-Ahmed al-Thani, du Malaga Football Club (première division espagnole), avec la promesse d’en faire un grand d’Europe, n’était au final qu’une sorte de brouillon pour un investissement plus massif et mieux réfléchi à travers le fond souverain, Qatar Sports Investments (QSI). Il portera son choix sur le Paris Saint-Germain (PSG), et en prendra le contrôle dès 2011.

Une anomalie corrigée

L’argent coule à flot, les grands noms du football mondial se bousculent pour porter le maillot du club de la capitale française. Mais contrairement au premier investissement à Malaga, le Qatar parvient à respecter les très contraignantes règles du fair-play financier de l’UEFA (Ligue des champions).

En 2020, soit neuf ans plus tard, le PSG était en finale de la plus prestigieuse compétition européenne après avoir sorti les grosses cylindrées du continent : le FC Barcelone, le Bayern Munich et… Manchester City, avant de tomber en finale face à Chelsea.

Cette saison, le PSG s’aligne pour la douzième année sur la ligne de départ de la Ligue des champions de l’UEFA, depuis son rachat par QSI. Et plus que jamais, il fait partie des favoris, surtout depuis l’arrivée de Messi.

Puissance régionale et première puissance financière du monde grâce au PIF estimé à 400 milliards d’euros, le royaume ne pouvait rester à la marge de ce qu’accomplissaient son voisin et allié d’Abou Dabi et le rival qatari

L’absence de l’Arabie saoudite du paysage footballistique européen constituait donc une anomalie que le prince héritier Mohammed ben Salmane vient de corriger.

Puissance régionale et première puissance financière du monde grâce au PIF estimé à 400 milliards d’euros, le royaume ne pouvait rester à la marge de ce qu’accomplissaient son voisin et allié d’Abou Dabi et le rival qatari.

Mais si le rachat de Newcastle n’a été officialisé que jeudi 7 octobre, les tentatives et les tractations durent depuis plusieurs mois déjà.

En pleine crise diplomatique avec le Qatar, l’Arabie saoudite cherchait déjà à finaliser la transaction et à s’adjuger les Magpies (surnom de l’équipe). Une opération stoppée par le Qatar, diffuseur exclusif de la Premier League anglaise dans les pays du Golfe par le biais de sa chaîne beIN Sport.

La chaîne accusait ouvertement l’Arabie saoudite d’être à l’origine du BeoutQ, un système de piratage qui rendait accessibles gratuitement les matchs de foot et autres événements sportifs propriétés de beIN Sport.

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Le réchauffement des relations entre les deux pays a permis l’évacuation de nombreux contentieux, parmi lesquels BeoutQ et le retour de la chaîne qatarie dans les foyers saoudiens. En contrepartie, le Qatar n’avait aucune raison de s’opposer au rachat de Newcastle.

Mais Riyad a aussi dû montrer patte blanche avant de signer le chèque à Mike Ashley, propriétaire du club depuis quatorze ans. L’État saoudien ne peut, sans tomber sous le coup de la législation anglaise, contrôler directement le club.

Or, le dernier verrou a sauté jeudi, puisque la Premier League a fini par valider la transaction après les garanties fournies par le consortium composé par le PIF, PCP Capital Partners et les frères David et Simon Reuben.

La Premier League anglaise annonçait que le club était « vendu au consortium avec effet immédiat » tout en indiquant qu’elle avait « reçu des garanties légalement contraignantes que le Royaume d’Arabie saoudite ne contrôlera pas le club de Newcastle United ».

Une « honte pour le football anglais »

Amanda Staveley, femme d’affaires britannique rompue aux grosses négociations, a dirigé le deal estimé à 360 millions d’euros.

Une opération diversement accueillie en Angleterre et ailleurs : « Nous sommes extrêmement fiers de devenir les nouveaux propriétaires de Newcastle United, l’un des clubs les plus célèbres du football anglais », se félicitait Yasir al-Rumayyan, le patron du Fonds saoudien, dans un communiqué.

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Côté supporteurs, l’heure est à la célébration et aux attentes : « C’est super pour la ville. C’est absolument génial. On en avait besoin. On en avait tellement besoin. Le club et la ville ont été si souvent méprisés », a expliqué Justin Cowan, un magasinier à la retraite, à l’AFP.

Amnesty International a tenté jusqu’à la dernière minute de faire annuler la transaction en rappelant à la Premier League la situation « désastreuse » des droits humains dans le pays dirigé de fait par le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Au lendemain de l’annonce du rachat du club par le consortium emmené par le fonds d’investissement saoudien, Hatice Cengiz – veuve du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul –, qualifiait la transaction de « honte pour le football anglais ». « Comment les joueurs, les fans et la direction de Newcastle peuvent-ils accepter cette situation ? », s’est-elle interrogée au micro de SkyNews, en interrogeant : « Où sont les valeurs, où sont les droits humains, la responsabilité et la justice pour tous ? »