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Au Maghreb, autorités et ONG se mobilisent contre les violences conjugales aggravées par le confinement

Avec la pandémie, de nombreuses femmes sont prises au piège chez elles avec leur agresseur

Pendant une manifestation contre les violences faites aux femmes, des Tunisiennes crient des slogans devant un tribunal de Tunis (AFP)
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Un des effets du confinement imposé à travers la planète : l’augmentation des violences conjugales, avec des chiffres qui donnent froid dans le dos. En Argentine, par exemple, onze femmes ont été tuées depuis le début du confinement, le 20 mars dernier. En France, les violences conjugales ont augmenté de 32 %, selon le ministère de l’Intérieur. 

Les pays du Maghreb ne sont pas exempts de ces crimes. En Tunisie, le ministère de la Femme, qui avait élargi les horaires de la ligne de soutien aux femmes violentées, a lancé la semaine dernière une assistance psychologique gratuite par téléphone.

Le nombre d’agressions signalées contre les femmes « a été multiplié par cinq par rapport à la même période en 2019 », a indiqué à l’AFP la ministre de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, Asma Shiri Laabidi.

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Les sorties du domicile sont strictement limitées depuis le début du confinement général, le 22 mars, prolongé jusqu’au 19 avril pour ralentir la propagation du nouveau coronavirus.

Selon la ministre tunisienne, plus de 40 femmes victimes de violences ont été signalées du 23 au 29 mars, contre sept alertes durant la même période en 2019.

La plupart sont des femmes vivant dans des zones de l’intérieur du pays, âgées de 30 à 40 ans et ayant un niveau scolaire primaire et secondaire, a ajouté Asma Shiri Laabidi. Les agressions sont verbales ou physiques, et ont nécessité dans deux cas des hospitalisations.

Un autre numéro vert, le 1899, existe depuis 2016 pour recevoir aux horaires de bureau les appels des femmes victimes de violence, et pour « répondre à leurs demandes d’assistance, d’appui psychologique, matériel, médical et aussi judiciaire ».

Face à la situation actuelle, « nous avons prolongé l’horaire de cette ligne pour qu’elle fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 lors de la période du confinement », a-t-elle expliqué.

Urgences face aux violences 

Selon Dejla Ktari, responsable au ministère, plus de 9 000 appels de femmes victimes d’agressions verbales et physiques ont été enregistrés en 2019, en plus des 45 000 plaintes déposées aux unités spécialisées du ministère de l’Intérieur.

En Algérie, « de nombreuses associations féministes se sont mobilisées » et « ont mis en place un système d’alerte, en fournissant des numéros de téléphone de nombreuses associations ainsi que ceux des différents Samu », explique un média algérien. « Les organismes qui reçoivent leurs appels les redirigent vers l’association SOS femmes en détresse, qui se charge d’accompagner les victimes. »

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Au Maroc, l’ONG basée à Rabat Mobilising for Rights Associates (MRA) a mis en ligne des ressources d’urgence pour les femmes victimes de violences.  

Cette ONG a ouvert des centres d’écoute (joignable de 10 h à 16 h du lundi au vendredi), une orientation juridique et un soutien psychologique. Au vu des récentes tragédies qui ont fait l’actualité, ce dispositif vient « à point nommé », rapporte un média local.   

L’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté (ATEC) s’est également mobilisée en créant « une cellule d’écoute et d’accompagnement à distance des femmes victimes de violences conjugales en temps de confinement », à Casablanca. 

« Nous avons annoncé l’initiative tout juste vendredi après-midi, mais nous accompagnons d’ores et déjà quinze cas de femmes victimes de violences à Casablanca, ce qui est un indicateur important sur le phénomène pendant le confinement sanitaire », affirme à Yabiladi Bouchra Abdou, directrice générale de l’ATEC.