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En France, les « Rosa Parks musulmanes » défient l’interdiction du port du burkini

Les militantes ont justifié leur action de « désobéissance civile » en affirmant que l’interdiction du port de ce maillot de bain couvrant était discriminatoire
Les militantes qui ont mené l’action pour le port de burkini ont été verbalisées par la police municipale à la sortie de la piscine à Grenoble (Facebook)
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Tout a commencé un dimanche après-midi, le 23 juin, lorsqu’une dizaine de femmes se sont baignées en burkini dans la piscine Jean-Bron de Grenoble pour revendiquer le droit de porter ce maillot de bain couvrant interdit en France. 

L’action, organisée par l’association Alliance citoyenne de l’agglomération grenobloise, a été menée par des musulmanes mais aussi par des militants associatifs non musulmans qui ont revendiqué une « action de désobéissance civile des Rosa Parks musulmanes pour le libre accès aux piscines publiques ». 

Cette action, qui fait référence à la célèbre activiste afro-américaine qui a lutté contre la ségrégation raciale aux États-Unis dans les années 50, fait partie de la Campagne pour les droits civiques des femmes musulmanes, qui appelle à « la désobéissance civique pour faire avancer le droit des femmes ». 

L’association n’en est pas à sa première action. En mai, des femmes avaient déjà conduit une action similaire dans une autre piscine municipale de Grenoble pour protester contre les règlements des piscines interdisant le burkini, qu’elles jugent discriminatoires.

Pour rappel, la toute première polémique sur le port du burkini a éclaté en juillet 2016 suite à la publication d’un arrêté interdisant le port de ce maillot sur les plages de la ville de Cannes. Des dizaines de villes en France avaient pris des arrêtés similaires dans la foulée.

Le 26 août 2016, le Conseil d’État, saisi par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), a suspendu l’interdiction introduite dans une trentaine de villes françaises, principalement dans le sud-est.

Les réactions ne se sont pas fait attendre, souvent virulentes, à l’instar de celle du député Éric Ciotti, du parti de droite Les Républicains, qui a estimé sur Twitter que le burkini n’avait « pas sa place en France, où la femme est l’égale de l’homme ». 

Pour Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, derrière l’action des militantes en burkini, « il y a un message politique » envoyé aux autres femmes : « couvrez-vous ».

Un événement Facebook intitulé « Contre l’islam radical, tous à poil pour faire bouger Piolle ! » a même été créé, en référence au maire de Grenoble, Éric Piolle.

 « Dimanche prochain, nous invitons toutes les citoyennes et tous les citoyens attachés aux valeurs de la République à se foutre à poil devant les commandos en burkini », ont-écrit les organisateurs, reprochant l’inaction de l’élu issu d’Europe Écologie Les Verts. 

Suite à l’ampleur de la polémique, ce dernier a fini par réagir : « La Ville de Grenoble condamne ces atteintes au règlement intérieur, voté en conseil municipal et qui s’applique à tou-te-s », a déclaré Éric Piolle dans un communiqué.

Des militants et internautes ont en revanche rappelé sur les réseaux sociaux que la France « garantit la liberté de porter un signe religieux dans l’espace public sans être inquiété ».

D’autres ont manifesté leur soutien aux « Rosa Parks musulmanes ».

Adrien Roux, l’un des fondateurs de l’association grenobloise à l’origine de la campagne, a expliqué que les musulmans « demandent, sans refus de la mixité, le respect des principes de la République : le respect de la liberté de conscience et l’accès pour tous aux services publics ». 

Les militantes qui ont mené l’action de dimanche ont été verbalisées par la police municipale à la sortie. Elles ont écopé d’une amende de 30 euros et d’une interdiction d’accès aux piscines durant un mois.