Aller au contenu principal

En Israël, la détresse des « soldats isolés » inquiète l’armée d’occupation    

Isolés car sans aucune attache familiale en Israël, confrontés au dilemme moral en servant une armée d’occupation, les « lone soldiers » comptent parmi les catégories les plus fragiles des forces israéliennes  
Des soldats israéliens arrêtent un jeune Palestinien à la suite d’affrontements dans le centre de la ville d’Hébron, en Cisjordanie, le 20 juin 2014 (AFP)
Par

Un mal secret ronge l’armée israélienne depuis des années : le suicide des soldats. Selon le site d’information The Times of Israel, « le suicide est la principale cause de décès parmi les soldats en 2016, bien plus que les attaques terroristes, les accidents d’entraînement, les accidents de voiture ou les maladies ». 

Récemment, l’armée israélienne a donc « intensifié ses efforts pour lutter contre le suicide des soldats en service actif, éduquant les commandants en matière de santé mentale et rendant l’assistance plus accessible aux soldats ».

Ces derniers mois, plusieurs cas de suicide ont inquiété les autorités militaires israéliennes, surtout ceux touchant les « lone soldiers », ou « soldats isolés ». 

7 000 « soldats isolés »

Les « soldats isolés » sont une catégorie à part dans l’armée israélienne : il s’agit de soldats dont les parents ne résident pas en Israël ou qui ne sont pas soutenus financièrement par leurs parents. Ils sont environs 7 000 à servir dans l’armée israélienne.

« Les soldats isolés représentent environ 4 % des soldats en service actif dans l’armée, mais l’année dernière, ils ont représenté 30 % de tous les suicides »

- Campagne Why they fell

Suite à une série de suicides dans leurs rangs – quatre rien qu’au cours de l’année 2019 –, certains groupes d’immigrés et des activistes ont accusé l’armée de ne pas s’être correctement occupée d’eux.

Deux d’entre eux, israélo-américains, ont lancé en septembre une campagne sur internet expliquant que « la bureaucratie et le non-respect des directives médicales, entre autres critiques, avaient empêché l’armée israélienne de fournir le fondement d’un service militaire important et honorable aux soldats isolés », rapporte, mercredi 20 novembre, le Jerusalem Post

« Les soldats isolés représentent environ 4 % des soldats en service actif dans l’armée, mais l’année dernière, ils ont représenté 30 % de tous les suicides. Notre mission est de sensibiliser le public à l’épidémie qui sévit dans notre pays, mais nous avons besoin d’aide », selon la campagne Why they fell.

Précarité sociale et solitude

Le principal problème selon The Times of Israel est que les « soldats isolés » « ne sont sur leur base que six jours par mois ». « Pour beaucoup de ceux qui vivent seuls en permission, il n’y a ni repas chaud, ni lit chaud, ni personne à qui parler quand ils rentrent ‘‘à la maison’’. »

« Les options de logement étant limitées et excessivement chères pour les soldats vivant loin de chez eux ou sans famille, certains choisissent de vivre principalement dans des bases, passant parfois le week-end chez un ami ou sur un divan de gens inconnus […] Certains soldats isolés sont plus âgés que la population générale de recrues, qui s’engagent généralement juste après le lycée, et beaucoup sont plus âgés que leurs officiers supérieurs. Ils sont presque tous en service actif et essaient simultanément d’apprendre l’hébreu comme seconde langue », énumère le même média.

Ces citoyens français complices de la politique israélienne en Palestine
Lire

En 2018, explique The Times of Israel, « un rapport du contrôleur d’État a révélé que l’armée israélienne ne répondait pas de manière adéquate à leurs divers besoins, sur la base d’enquêtes menées auprès de soldats isolés ».

Mais au-delà des raisons purement sociales ou économiques, la détresse des « soldats isolés » de l’armée israélienne est également liée au dilemme moral que leur pose leur service dans une armée d’occupation.

En novembre, un groupe de « soldats isolés » israélo-américains de la campagne « Nos soldats brisent le silence » (Breaking the Silence), ont apporté un nouvel éclairage sur leurs missions en Israël.  

Dilemme moral

Dans une lettre ouverte, ils déclarent : « Notre service dans les territoires occupés nous a amenés à nous interroger sur la moralité de l’occupation en cours. Cela inclut les tâches quotidiennes que l’État juge nécessaires pour le faire respecter et qui nous ont été confiées : patrouiller dans des villes palestiniennes, ‘‘faire sentir notre présence’’ en perquisitionnant des maisons au milieu de la nuit, en arrêtant de jeunes Palestiniens et en utilisant des équipements pour disperser les manifestations. Nous avons fait ces choses. Et avec le temps, nous avons fini par reconnaître que ces formes de contrôle étaient moralement inacceptables. »

« Nous avons été progressivement corrompus par le pouvoir que nous détenions »

- Soldats isolés américano-israéliens, dans une lettre ouverte

Plus loin, les signataires de cette lettre expliquent qu’ils se sont engagés, en tant que membres de la diaspora, pour protéger leurs concitoyens en Israël.

« Des mois plus tard, nous nous sommes retrouvés dans des quarts de travail de huit heures à des check-points, limitant la capacité de déplacement des Palestiniens et empêchant les gens de rentrer chez eux. Dans d’autres cas, nous avons eu le pouvoir de décider si les Palestiniens pouvaient ou non voir les membres de leur famille, escorter leurs proches à l’hôpital ou même participer à leurs funérailles. »

« L’occupation déchire la fibre morale de la société israélienne »

« Bien que nous ayons commencé comme jeunes recrues ayant des principes, nous avons été progressivement corrompus par le pouvoir que nous détenions. Dans notre environnement quotidien, il nous a semblé naturel de considérer la population civile que nous contrôlions comme étant en quelque sorte inférieure », poursuivent ces « soldats isolés » d’origine américaine. 

« Nous savons de première main que l’occupation déchire la fibre morale de la société israélienne ; c’est aussi une tache sur l’éthique et les valeurs de la diaspora juive. Nous pensons que la fin de l’occupation est une première étape cruciale pour un avenir juste et pacifique. Nous appelons les membres de notre communauté juive américaine à rejeter la notion de soutien inconditionnel de la politique israélienne dans les territoires occupés », concluent-ils.