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EXCLUSIF : Un second membre du conseil saoudien chargé de déterminer la succession au trône arrêté

Cette arrestation survient alors que Mohammed ben Salmane cherche à exercer un contrôle total afin de prendre la place de son père sur le trône
Au moins vingt princes ont été arrêtés ces derniers jours dans le cadre d’une initiative manifeste du prince héritier Mohammed ben Salmane visant à consolider son pouvoir (AFP)

Un deuxième membre du Beya, le Conseil d’allégeance, qui détermine la succession au trône saoudien, a été arrêté samedi dans le cadre d’une purge parmi les princes de haut rang lancée la semaine dernière par le prince héritier Mohammed ben Salmane, a appris Middle East Eye.

Le prince arrêté est Mohammed ben Saad al-Saoud, le fils de Saad ben Abdelaziz, le défunt frère du roi Salmane.

Son arrestation fait suite à celle du prince Ahmed ben Abdelaziz, frère cadet du roi Salmane, ainsi que de son fils Nayef ben Ahmed, et de Mohammed ben Nayef, l’ancien prince héritier.

Au moins vingt princes arrêtés lors d’une purge massive organisée par MBS
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Au moins vingt princes au total ont été arrêtés depuis vendredi.

Des sources bien placées ont également déclaré à MEE que Mansour al-Shalhoub, le directeur du cabinet d’Ahmed, était en état d’arrestation.

Un troisième membre du Beya, Saoud ben Nayef, frère aîné de Mohammed ben Nayef et père du ministre de l’Intérieur, a été emmené pour interrogatoire, mais libéré ultérieurement. Saoud est le gouverneur de la province orientale.

Lundi, MEE a révélé le projet du prince héritier de monter sur le trône pendant que son père est encore en vie, et de le faire en forçant l’abdication de Salmane avant que l’Arabie saoudite n’accueille le sommet du G20 en novembre à Riyad.

Une telle initiative nécessiterait l’approbation du Beya.

Le schéma d’arrestations confirme ce que MEE a rapporté de sources informées du plan du prince héritier : que le Beya, et non un complot présumé de coup d’État, est au cœur de la dernière vague d’arrestations. 

Le rôle du Beya dans le projet de Mohammed ben Salmane est double.

Le premier consisterait à déclarer que le roi Salmane, qui est atteint de démence, n’est plus capable d’exercer ses fonctions de roi. Le Conseil pourrait aussi – ou en plus – prêter son autorité à un processus dans lequel le roi abdiquerait volontairement.

Le cas échéant, le prince héritier deviendrait roi. 

Comme MEE l’a rapporté, lorsque le prince Ahmed a quitté son domicile à Londres, avec l’assurance du MI-6 et de la CIA qu’il ne serait pas arrêté à son retour en Arabie saoudite, son objectif était de bloquer l’accession de son neveu au trône de manière constitutionnelle en se servant des pouvoirs conférés par le Beya.

Le deuxième rôle du conseil est d’approuver un nouveau prince héritier, soi-disant parmi trois candidats choisis par le nouveau roi. Le retrait de toutes les voix dissidentes est donc la clé des plans de Mohammed ben Salmane pour s’emparer du trône.

Aggravation de la démence du roi

L’état actuel de la démence du roi fait l’objet de rapports contradictoires. 

Lors de son discours au sommet Union européenne-Ligue arabe à Charm el-Cheikh en février 2019, il a bafouillé et a dû demander à un assistant s’il avait bien lu le premier paragraphe.

Lors d’une conversation avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan au lendemain du meurtre de Jamal Khashoggi, le roi saoudien était incapable de répondre aux questions ou de participer à une conversation. Il se contentait de répéter les mots qu’il lisait sur un script.

Cependant, une délégation koweïtienne qui l’a vu l’année dernière a affirmé que le roi avait pu parler librement avec ses membres. 

MEE est en mesure de révéler que la dernière évaluation médicale du roi a montré que sa démence s’était aggravée.

Une source au fait de son état de santé a déclaré à MEE : « Il n’est pas pleinement conscient de ce qui se passe. Il répète les mêmes phrases. Il oublie ce qu’il a dit ou ce que d’autres ont dit quelques minutes plus tôt. Il ne parvient pas à se concentrer. »

De gauche à droite, Mohammed ben Salmane, Mohammed ben Nayef et le roi Salmane (AFP)

L’autre problème avec le roi Salmane est de savoir dans quelle mesure il est libre d’agir indépendamment de son fils, qui contrôle ses gardes du corps et agit comme le gardien de son père, allant jusqu’à exclure un ami avec qui le roi aimait jouer aux cartes, selon une autre source connaissant les rouages de la cour royale.

Les arrestations du prince Ahmed et de Mohammed ben Saad, ajoutées à l’interrogatoire de Saoud ben Nayef et à l’arrestation antérieure du prince Miteb ben Abdallah, signifient que quatre membres du Beya au total ont été arrêtés ou mis en garde.

Les membres du Beya ont été désignés de manière à représenter les différentes branches issues des fils d’Abdelaziz. À la suite de cette initiative, le Beya se retrouve complètement sous le contrôle de Mohammed ben Salmane et de ses satellites.

Ces derniers jours, ces arrestations se sont accompagnées d’une nouvelle vague de propagande sur les réseaux sociaux menée par des trolls progouvernementaux accusant Mohammed ben Nayef d’être un trafiquant de drogue, un traître et un allié d’Erdoğan.

MEE a sollicité l’ambassade saoudienne à Londres pour obtenir ses commentaires, mais celle-ci n’avait pas répondu au moment de la publication.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.