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La délégation européenne en Turquie critiquée pour un tweet en arabe

Certains craignent que le tollé provoqué par un message en arabe dénote une xénophobie croissante à l’égard des Arabes en Turquie
La délégation européenne en Turquie a retiré son tweet après les critiques de milliers d’internautes (AFP)
Par
ANKARA, Turquie

Des milliers de twittos ont accusé l’Union européenne (UE) de traiter la Turquie comme un pays arabe après que sa délégation à Ankara a posté un tweet en arabe pour marquer la rentrée scolaire.  

Dans un message rédigé en arabe et en turc, le compte officiel de la délégation souhaitait une bonne rentrée aux enfants et « une année agréable ». 

Toutefois, le message de la délégation européenne s’est attiré l’ire de milliers de twittos turcs, la contraignant à retirer son tweet et à clarifier son message quelques heures après. 

La délégation européenne en Turquie a supprimé son tweet pour la rentrée qui était traduit en arabe, en anglais et en turc (capture d’écran)
La délégation européenne en Turquie a supprimé son tweet pour la rentrée qui était traduit en arabe, en anglais et en turc (capture d’écran)

« L’année scolaire 2019-2020 commence aujourd’hui. Nous souhaitons une année agréable aux élèves, une occasion d’apprendre davantage. #BackToSchool », a tweeté la délégation en turc, en arabe et en anglais dans deux tweets distincts.

Réagissant au premier tweet de l’UE, İpek Özbey, une journaliste de Hürriyet Daily News, a déclaré : « Qu’est-ce que ce message en arabe ? Ressaisissez-vous. » 

Une autre journaliste, Özlem Özdemir, a tweeté : « Pardon, qu’est-ce que ce message en arabe ? On est en Turquie, notre langue officielle est le turc, et vous n’en avez probablement pas conscience mais, en tout cas, nous ne sommes pas Arabes. Quel est l’objectif de ce message ? Est-ce que l’UE nous perçoit comme Arabes ? »

D’autres ont partagé une photo de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne, qui a fait passer l’alphabet turc des caractères arabes aux caractères latins.

Traduction : « Cet alphabet n’est pas utilisé sur ce sol. En outre, le turc est la langue officielle de ce pays. »

Quelques heures après le tweet originel, la délégation européenne en Turquie a réagi aux critiques et déclaré qu’elle tweetait en arabe depuis trois ans en raison de son partenariat éducatif avec le ministère de l’Éducation turc pour la scolarisation des réfugiés syriens.

Dans un communiqué publié en ligne, la délégation s’est expliquée et a précisé que ces messages « s’adress[aient] aux Syriens présents en Turquie ».

« Ces messages s’adressent aux Syriens présents en Turquie afin de leur expliquer, dans leur langue, ce que nous faisons concernant l’éducation, la santé, l’aide humanitaire, la gestion des migrations, les infrastructures et les projets socio-économiques mis en place dans le cadre de la Facilité de l’UE en faveur des réfugiés en Turquie (FRIT) », a expliqué la délégation européenne.

« Grâce aux fonds fournis par l’Union, des centaines d’écoles ont été construites. Voilà pourquoi ils tweetent en arabe. Mais les esprits conspirationnistes seront toujours persuadés que l’UE a un plan pour arabiser le pays » 

- Mehmet Alğan, ancien député

Mehmet Alğan, ancien député étroitement lié aux communautés arabes dans le pays, a confié à Middle East Eye que les réactions sur les réseaux sociaux reflétaient la xénophobie croissante à l’égard des réfugiés arabes et syriens en Turquie.  

« La plupart des commentateurs sur les réseaux sociaux ignorent tout de ce que fait l’UE dans le pays pour aider les réfugiés à accéder aux écoles et à l’éducation », déclare Alğan. 

« Grâce aux fonds fournis par l’Union, des centaines d’écoles ont été construites. Voilà pourquoi ils tweetent en arabe. Mais les esprits conspirationnistes seront toujours persuadés que l’UE a un plan pour arabiser le pays. » 

Les données publiées par la délégation européenne montrent que l’UE a fourni plus de 1,2 milliard d’euros pour des projets scolaires en Turquie. 

Dans le cadre du programme de l’UE, 450 000 enfants syriens dans le pays ont suivi des cours de turc, et actuellement, 193 000 élèves sont inscrits dans 400 écoles publiques.

Les responsables turcs déclarent, quant à eux, que l’UE n’a pas respecté son engagement de 2016, qui promettait 3 milliards d’euros. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.