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La Russie offre-t-elle refuge aux millions de dollars d’Assad et de ses proches ?

Les Makhlouf, puissante famille proche du président syrien, auraient investi près de 40 millions de dollars dans l’immobilier à Moscou
Rencontre entre les présidents russe et syrien à Sotchi, en novembre 2017 (AFP)
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L’ONG Global Witness a révélé lundi que des membres éminents de la puissante famille Makhlouf, cousins ​​du président syrien Bachar al-Assad, possèdent au moins 40 millions de dollars de biens immobiliers répartis sur deux immeubles à Moscou. Certains membres de la même famille auraient même joué un rôle clé dans le maintien d’Assad au pouvoir, d’après Global Witness.

Dirigés par l’oncle d’Assad, Mohammed, les Makhlouf sont considérés comme la famille la plus riche et la deuxième la plus importante en Syrie. « Avant 2011, ils contrôlaient 60 % de l’économie syrienne, apparemment acquise grâce à des années de corruption et d’intimidation », estime l’ONG spécialisée dans la traque de la corruption politique à travers le monde. 

Traduction : « ALERTE : Des membres éminents de la famille Makhlouf, principaux financeurs et cerveaux du régime d’Assad en # Syrie, cachent des millions de dollars dans des biens immobiliers à #Moscou. La Russie est-elle un refuge pour l’argent du régime syrien ? »

Les Makhlouf ont presque tous été sanctionnés par l’Union européenne (UE) et les États-Unis « pour leurs divers rôles dans la campagne de violence d’Assad contre son propre peuple ». 

L’enquête cible une des plus grandes banques russes, la Sberbank, qui a collaboré avec la famille Makhlouf dans ses opérations immobilières à Moscou

Les investigations de cette ONG internationale ont permis de découvrir que les propriétés immobilières de la famille Makhlouf, acquises entre 2013 et 2019, se concentrent sur des immeubles de bureaux dans un quartier huppé de la capitale russe. 

« Notre enquête montre également que les emprunts contractés grâce à l’hypothèque de certaines propriétés immobilières sans lien apparent avec les Makhlouf pourraient servir à blanchir de l’argent de la Syrie vers Moscou. Cela ouvre la possibilité que l’argent puisse ensuite être transféré dans d’autres juridictions, telles que l’UE, où les membres de la famille sont sanctionnés », détaille Global Witness. 

La rôle trouble de la Sberbank

« Les informations selon lesquelles des banques russes aidaient le régime syrien ont fait surface en 2012 et 2013, après l’application des sanctions occidentales, après que les membres les plus puissants de la famille ont été privés de visas européens et que leurs comptes bancaires européens et suisses ont été bloqués. Il semble maintenant que le régime syrien utilise Moscou comme un refuge sûr et peut-être une passerelle potentielle permettant à ses gains mal acquis d’entrer dans le système financier au sens large », explique l’ONG.

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L’enquête cible une des plus grandes banques russes, la Sberbank, qui a collaboré avec la famille Makhlouf dans ses opérations immobilières à Moscou. Cette banque étatique est en connexion avec d’autres établissements bancaires à travers le monde, d’où le risque pour ces dernières de se retrouver impliquées indirectement avec les proches du président syrien. 

« Les relations de la Sberbank avec les Makhlouf s’inscrivent dans le cadre plus général des grandes banques russes aidant le régime syrien. En 2012 et 2013, Reuters et le Wall Street Journal ont rapporté que le régime d’Assad avait des comptes chez Gazprombank et VTB, deux des plus grandes banques russes, qui, comme la Sberbank, entretiennent des relations étroites avec des partenaires internationaux », fait remarquer Global Witness.

Hafez Makhlouf, qui a acheté pour une valeur de 22,3 millions de dollars une propriété située dans les tours de City of Capitals à Moscou, était à la tête de la section 40 de la tristement célèbre Direction générale du renseignement syrien à Damas jusqu’à la fin de 2014, rappellent les auteurs de cette enquête. 

« En 2011, il a été sanctionné par l’UE pour son implication dans ‘‘des actes de violence contre des manifestants’’, qui se sont pour la plupart déroulés en dehors de la capitale Damas. Aux États-Unis, les sanctions existantes à son encontre ont été élargies en 2011 pour inclure son implication dans l’assassinat de manifestants à Deraa, le point chaud de la manifestation initiale situé dans le sud de la Syrie », affirme l’ONG.

« Une pratique normale et répandue », selon le Kremlin

Ces accusations n’ont pas laissé indifférentes les autorités russes. « Il existe un marché absolument libre en Russie. Un grand nombre de citoyens russes et de citoyens d’autres pays achètent de l’immobilier ici. C’est une pratique normale et répandue », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, au quotidien russe Gazeta dans son édition du 11 novembre. 

Gazeta cite aussi les déclarations faites au Financial Times par l’ex-ambassadeur russe en Arabie saoudite, Andreï Baklanov, qui estime que les investissements des Makhlouf à Moscou n’ont « rien de sensationnel » et « résultaient de sanctions occidentales fermant toute option alternative ».

« Il est tout à fait naturel que l’élite syrienne investisse dans des pays où elle peut être sûre que rien ne lui arrivera. Les pays occidentaux repoussent les Syriens et leurs capitaux. La seule issue pour eux est la Russie et les pays où ils peuvent être en sécurité », a conclu le diplomate.