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L’Égypte s’est-elle mise à exporter ses chats et chiens errants en Corée du Sud ?

Alors que des milliers de chats et de chiens errants commencent à être exportés, les défenseurs des droits des animaux craignent qu’ils ne soient transformés en nourriture
Un chien en cage dans une ferme de viande canine à Wonju, Corée du Sud (Reuters)
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L’Égypte exporte du coton, des céréales et du gaz naturel depuis des années. Aujourd’hui, il semblerait que le pays se décide à exporter également des chats et des chiens.

Mercredi, le ministère de l’Agriculture égyptien a confirmé qu’il avait récemment autorisé l’exportation de 4 100 chats et chiens vers un certain nombre de pays. Cette nouvelle inquiète vivement les activistes de la protection animale qui craignent que ces animaux soient envoyés dans des pays où ils pourraient être consommés ou maltraités.

En septembre et octobre, les autorisations pour l’exportation de 2 400 chats et 1 700 chiens de diverses races ont été accordées, selon l’autorité générale des services vétérinaires, qui affirme que cela s’est fait conformément aux règlementations internationales régissant l’exportation d’animaux, notamment le contrôle d’absence de maladie.

C’est la première fois que l’Égypte exporte des chats et des chiens, selon Hamed Abdeldayem, un porte-parole du ministère de l’Agriculture.

Ces chats et chiens ont principalement été « récupérés dans les rues » mais ils ont été vaccinés et ont reçu un certificat médical de l’Institut de la santé animale attestant qu’ils ne sont pas malades, avant leur exportation, a indiqué Abdeldayem.

Abdeldayem n’était pas en mesure de dire dans quels pays seront exportés ces animaux. Il a toutefois précisé qu’il n’existait aucune disposition particulière pour déterminer leur destination.

Viande canine ?

Les responsables n’ont pas cité de raison particulière à l’exportation de ces animaux, même si l’Égypte se plaint depuis longtemps du nombre d’animaux errants dans le pays. Le mois dernier, une étude rapportait qu’il y avait 22 millions de chiens errants en Égypte.

Bien que les autorités n’aient pas divulguées les destinations des chats et des chiens, de nombreux Égyptiens supposent qu’ils seront envoyés dans des pays dont les antécédents en matière de protection animale sont médiocres et dont la consommation de ces animaux est connue.

Un chat assis entre les pattes d’un sphinx au musée égyptien près de la place Tahrir au Caire (Reuters)

Ces autorisations d’exportation interviennent un mois après que la vice-présidente de la commission parlementaire des droits de l’homme, la députée Margaret Azer, a demandé que les chiens errants soient envoyés dans des pays où leur consommation est connue, comme la Corée du Sud.

Le 9 octobre, Azer proposait de résoudre le problème des animaux errants en « les rassemblant dans un endroit du désert, en leur fournissant un régime alimentaire sain pendant une semaine, avant de les exporter ».

« Un certain nombre de Sud-Coréens ont reproché à l’Égypte de ne pas avoir exporté ses chiens errants, au lieu de les laisser nuire [à la population] dans la rue »

- Margaret Azer, députée

Selon Azer, « un certain nombre de Sud-Coréens ont reproché à l’Égypte de ne pas avoir exporté ses chiens errants, au lieu de les laisser nuire [à la population] dans la rue. » 

La députée a déclaré que les exportations pourraient stimuler l’économie égyptienne et éradiquer les animaux malades des rues, lesquels sont devenus « un fardeau pour le citoyen égyptien » d’après elle.

Environ un million de chiens sont mangés en Corée du Sud chaque année, même si les mentalités à l’égard de la consommation de cette viande longtemps considérée comme un mets délicat sont en train de changer.

Jeudi, le plus grand abattoir de chiens de Corée du Sud a commencé à être démantelé et sera transformé en parc public.

Dialogue sociétal

La semaine dernière, le Parlement égyptien a entamé un « dialogue sociétal » pour discuter des moyens proposés pour faire face à l’abondance d’animaux errants dans les rues.

Cependant, la nouvelle des exportations a suscité l’indignation parmi les défenseurs des droits des animaux.

« Votre Excellence, président Abdel Fattah al-Sissi, faites preuve de compassion pour les chiens et les chats [du pays] du Baladi », a tweeté un défenseur des droits des animaux. « S’il vous plaît, n’autorisez pas l’exportation de ces innocents sans défense. Ce serait les envoyer dans des pays qui les torturent brutalement et les consomment. »

« Dans nos pays, nous luttons encore pour prouver que tout humain a le droit de vivre. Je suppose que les responsables auront besoin d’un certain temps pour comprendre ce que signifient les droits des animaux »

- Youssef Hussein, satiriste égyptien

Mona Khalil, responsable de la Société égyptienne pour la miséricorde envers les animaux, a condamné la proposition d’Azer, qui est selon elle contraire aux droits des animaux et aux enseignements islamiques, et a déclaré que l’économie pourrait être financée par d’autres moyens.

« Les services vétérinaires sont le principal meurtrier d’animaux dans les rues », a-t-elle déclaré à la chaîne DMC, critiquant la politique de l’autorité chargée des animaux consistant à empoisonner les animaux errants afin de les éliminer.  

Dans les médias égyptiens, les commentateurs se sont également moqués de la campagne.

Youssef Hussein, un satiriste égyptien, s’est intéressé à ces exportations dans son émission hebdomadaire Joe Show, diffusée sur la chaîne de télévision Araby, basée à Londres.

« Le nombre considérable de violations des droits de l’homme en Égypte fait que [toute discussion sur les droits des animaux] semble être un luxe, mais respecter la vie animale n’est pas différent du respect des droits de l’homme », a déclaré Hussein.

« Dans nos pays, nous luttons encore pour prouver que tout humain a le droit de vivre. Je suppose que les responsables auront besoin d’un certain temps pour comprendre ce que signifient les droits des animaux. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.