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Les armées arabes face au coronavirus

Transport d’aide aux pays partenaires, surveillance des mesures de confinement, déploiement d’hôpitaux de campagne : comment les pays arabes mobilisent-ils leurs militaires pour lutter contre la pandémie ?
L’armée jordanienne déployée dans les rues de Amman, le 18 mars 2020 (AFP)
Par
ALGER, Algérie

Pour contrer les effets de la pandémie de COVID-19, les pays arabes ont mobilisé leurs armées pour des raisons diverses et variées : propagande, logistique, maintien de l’ordre, intervention sanitaire, aide humanitaire, liaisons internationales après la suspension des liaisons aériennes, etc.

L’Algérie a par exemple été le premier pays de la région à envoyer une aide humanitaire par cargo à la Chine. Dès le 2 février, un appareil a livré un demi-million de masques chirurgicaux, 200 000 gants et 2 000 lunettes de protection directement à Wuhan, qui connaissait alors son pic de contamination. 

Un mois plus tard, alors que l’épidémie battait son plein en Italie, l’Égypte a mobilisé son aviation militaire pour livrer plus d’un million de masques et des équipements médicaux à Rome.

Le 4 avril, c’est à bord d’un Hercules C-130 de l’armée de l’air égyptienne que la ministre de la Santé, Hala Zayed, est arrivée avec un second lot d’aides médicales et humanitaires au profit de l’Italie.

Traduction : « Luigi Di Maio, ministre italien des Affaires étrangères, a reçu la ministre égyptienne de la Santé à l’aéroport avec deux avions de guerre transportant des soins médicaux. Il a remercié tous les pays qui ont fourni une aide gratuite ou qui ont vendu cette aide au prix du marché, et ont autorisé les expéditions alors que les frontières sont fermées et en pleine détresse. »

Le 30 mars, un des deux Iliouchine 76 MF nouvellement acquis par l’armée de l’air égyptienne était envoyé à Beyrouth pour livrer de l’aide humanitaire et médicale au Liban.

De son côté, le Qatar a envoyé le 7 avril deux cargos militaires C-17, avec à leur bord deux hôpitaux de campagne cumulant une capacité de 1 000 lits et de 9 200 mètres carrés de surface, pour aider les autorités italiennes. Avant l’Italie, le Qatar avait envoyé deux lots d’aide à l’autre pays touché par la maladie, l’Iran.

Le 15 mars, ce sont six tonnes d’équipements médicaux et de protection qui ont été envoyées par Doha à Téhéran, par vols militaires, suivis d’un second lot cinq jours plus tard. L’appel à l’aide de Téhéran a aussi trouvé écho auprès des autorités émiraties qui ont mobilisé deux appareils pour l’envoi de 36 tonnes d’aides médicales en Iran.

Traduction : « Le Qatar a envoyé près de six tonnes de fournitures et équipements médicaux à l’Iran alors que le pays se bat contre le nouveau coronavirus. »

Pour faire face à la pandémie, certains pays de la région MENA ont choisi de déployer leurs armées pour renforcer les mesures de lutte ou faire appliquer les décisions de couvre-feu.

Le Maroc, qui a dès le départ pris des mesures drastiques pour limiter la propagation du virus, a déployé dès le 20 mars des blindés dans les principales villes du royaume. Trois jours plus tard, le roi Mohammed VI ordonnera le déploiement de moyens de santé militaires pour appuyer le ministère de la Santé dans le traitement des malades du COVID-19.

Les infiltrations houthies, la hantise des Saoudiens

Le 23 mars, le président tunisien Kais Saied a lui aussi emboîté le pas au souverain marocain et ordonné le déploiement de l’armée de terre pour venir en aide aux forces de l’ordre qui commençaient à faire respecter le confinement généralisé ordonné trois jours plus tôt par les autorités.

Le ministère de la Défense nationale a annoncé la semaine dernière le déploiement de 300 patrouilles militaires en 24 heures, précisant qu’elles seraient doublées par l’adjonction de patrouilles aériennes dans les gouvernorats du Grand-Tunis, Bizerte, Sfax, Gabès et dans les régions de Ben Guerdane et de Djerba, où des hélicoptères ont été observés survolant les zones les plus à risque.

Le commandant Mohamed Zekri, porte-parole du département de la Défense, explique que ces patrouilles conjointes seront déployées dans la plupart des régions, à l’exception de quelques zones rurales où seules des patrouilles militaires seront envoyées.

Un peu plus tôt, la Jordanie avait aussi fait appel à l’armée pour contrôler l’accès aux villes et limiter les transferts de population. Le 17 mars, les premières unités militaires ont été déployées pour s’assurer du bon déroulement du confinement. En même temps, l’ordre a été donné aux hôpitaux militaires de libérer de l’espace et de se consacrer uniquement à l’éventuelle vague de malades qui pouvaient arriver d’un moment à l’autre.

Le 7 avril, l’armée tunisienne a envoyé un avion militaire C-130J à Hong Kong pour récupérer l’achat d’équipements médicaux effectués par le gouvernement. Le lendemain, l’armée tunisienne a déployé un hôpital de campagne à Tunis pour les patients atteints de COVID-19.

L’Arabie saoudite, qui a ordonné le confinement et l’isolement des principales villes du royaume, a préféré consacrer l’emploi de ses troupes à la surveillance des frontières. En guerre au Yémen, la hantise des Saoudiens demeure les infiltrations des troupes houthies.

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Suleiman al-Ogaily, politologue qui répondait aux questions du journal The Medialine, a affirmé que le roi avait évité de déployer l’armée pour ne pas donner l’impression que le coronavirus était un problème de sécurité nationale.

L’approche la plus visible en matière d’utilisation de l’armée pour la lutte contre le COVID-19 est probablement celle de l’Égypte. Largement couverte par les médias et mise en avant par les autorités, elle a été un mélange de propagande nationaliste et de mesures et actions réelles sur le terrain.

Le président Sissi a transformé la lutte contre le coronavirus en opération de communication efficace pour les autorités, en faisant de nombreuses annonces et inspections de troupes liées à la lutte contre le COVID-19.

Première grande action médiatique : le nettoyage et la stérilisation des grandes avenues du Caire le 21 mars par une unité de guerre bactériologique de l’armée égyptienne, à grand renfort de camions à eau et brumisateurs : cette action dénuée d’efficacité réelle cherchait à montrer la mobilisation de l’armée aux côtés de la population.

De manière plus tangible, un gros effort a été ordonné à l’appareil de fabrication militaire dépendant de l’armée pour produire des équipements de lutte contre le virus. Fin mars, plusieurs usines dépendant du ministère de la Production militaire ont été mobilisées pour fabriquer des masques chirurgicaux et d’intervention, des équipements de désinfection et même des kits de tests pour les porteurs du virus.

Les capacités de production de masques sont de 100 000 unités par jours. Une autre unité serait en train d’étudier la production de respirateurs artificiels sur la base des plans de la société canadienne Medtronics.  

L’armée égyptienne a déployé un hôpital de campagne dans le quartier caïrote de Maadi ainsi que trois autres dans plusieurs régions du pays (AFP)

En plus de cela, l’armée égyptienne a déployé un hôpital de campagne dans le quartier caïrote de Maadi ​​​​ainsi que trois autres dans plusieurs régions du pays, la capacité de chacun de ces hôpitaux étant de plus de 500 lits. L’armée met par ailleurs à disposition des autorités 45 hôpitaux militaires, parmi lesquels 22 hôpitaux dédiés à la quarantaine sanitaire.

Dernier pays à mobiliser son armée dans la région, l’Algérie, qui n’a pas déployé ses troupes pour le maintien de l’ordre mais a privilégié la mobilisation de ses moyens de santé militaire début avril après plusieurs inspections et revues de troupes. De nombreux reportages télévisés ont montré les capacités des services de santé militaires et la mobilisation possible d’hôpitaux de campagnes et de moyens de désinfection.

Une grande partie des victimes habitant entre les villes d’Alger et de Blida, c’est donc à ces endroits que se sont concentrés les efforts. Une campagne de désinfection de l’agglomération de Blida avait été lancée fin mars.

Le 5 avril, en pleine crise diplomatique autour de l’achat de masques en Chine, l’armée de l’air algérienne a mobilisé deux gros porteurs Il-76 pour acheminer une quarantaine de tonnes d’équipements médicaux, dont plus de huit millions de masques chirurgicaux.

Mais beaucoup en Algérie s’attendaient à davantage d’efforts de la part de l’armée, qui a joué un rôle déterminant et important durant la crise politique qu’a connue le pays en 2019.