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Les États-Unis aménagent une base aérienne en Arabie saoudite dans un contexte de tensions croissantes avec l’Iran

Cette base donnerait à l'armée américaine du recul pour frapper des cibles pro-iraniennes hors d’Iran et aiderait à protéger les champs pétroliers
Un F-15 saoudien atterrit à la base aérienne militaire de Khamis Mushayt, en Arabie saoudite (AFP)

L’administration Trump renforcerait sa présence militaire en Arabie saoudite et se préparerait à l’envoi de centaines de soldats dans le pays sur fond de tensions régionales. C’est ce que révèle un article publié ce jeudi par CNN et la découverte de travaux d’extension et d’aménagement d’une base aérienne sur le sol saoudien.

Selon la publication, ce ne sont pas moins de 500 soldats qui devraient rejoindre ces jours-ci la base aérienne de Prince Sultan, à l’est de la capitale Riyad. Une cinquantaine de techniciens et d’officiers seraient déjà sur place selon CNN, qui cite des sources dans l’armée américaine.

En juin, l’administration Trump avait autorisé l’envoi de 1 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient et accéléré le déploiement de porte-avions dans la région.

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Les aménagements sur la base aérienne Prince Sultan ont été découverts par les équipes de travail de Jeffrey Lewis, éditeur du blog Arms Control Wonk et directeur du projet de non-prolifération à l’Institut d’études internationales Middlebury de Monterey, à partir d’images de satellites commerciaux.

Les images prises de manière séquentielles entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet semblent indiquer que des préparatifs sont en cours sur le site avant le déploiement des troupes américaines, a déclaré Jeffrey Lewis à CNN.

Effectivement, à la marge de la piste et de la zone utilisées par l’armée saoudienne, on constate des travaux d’aménagement de ce qui semble être des logements collectifs pour les soldats américains, ainsi qu’un dispositif de sécurité autour du périmètre.

« Un petit campement et du matériel de construction sont apparus au bout d’une piste le 27 juin, suggérant que des améliorations sont déjà en cours. Le campement situé à l’est de la piste est typique des escadrons de génie de la Force aérienne déployés à l’étranger », a précisé Lewis à CNN.

Profondeur stratégique

L’idée d’utiliser une base aérienne dans cette région n’est pas incongrue. Si, comme l’affirment des responsables militaires, elle abritera un escadron d’avions furtifs F-22, son rôle sera de protéger la profondeur stratégique américaine en Arabie saoudite, et les champs pétroliers.

Elle donnera aux États-Unis du recul pour frapper des cibles pro-iraniennes hors d’Iran, en Irak au nord ou au Yémen au sud.

Jusqu’à présent, le Pentagone a refusé de commenter le déploiement en raison de la sensibilité persistante de l’Arabie saoudite à l’idée d’avoir des troupes américaines dans le royaume. Les Saoudiens n’ont pas non plus annoncé que des troupes américaines viendraient dans le pays.

Quid de l’affaire Khashoggi ?

Les autorités américaines semblent faire fi des problèmes liés à l’Arabie saoudite qui sont apparus ces dernières années et qui semblent s’être accentués depuis l’intronisation de Donald Trump à la Maison-Blanche.

L’assassinat du journaliste Kamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul n’en est que son expression la plus visible et la plus parlante pour l’Occident. Le massacre de civils durant la campagne de bombardements aériens au Yémen ou le financement de milices en Syrie, en Irak et en Libye sont au cœur de l’action guerrière expansionniste de Riyad.

Le président américain Donald Trump montre un tableau des ventes d’armes au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche le 20 mars (Reuters)
Le président américain Donald Trump montre un tableau des ventes d’armes au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche le 20 mars (Reuters)

En mai, le secrétaire d’État Mike Pompeo avait officiellement informé les législateurs du projet de l’administration d’utiliser une règle préexistante lui permettant d’accélérer la vente d’armes aux alliés du Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite.

« Ces ventes soutiendront nos alliés, renforceront la stabilité au Moyen-Orient et aideront ces pays à dissuader la République islamique d’Iran et à se défendre », déclarait Pompeo.

Mercredi dernier, Donald Trump subissait un nouveau revers au Congrès. Au travers d’une série de mesures, la Chambre des représentants a approuvé le blocage d’une vente d’armes d’une valeur de plus de 8 milliards de dollars à l’Arabie saoudite, ainsi qu’aux alliés jordaniens et émiratis des États-Unis.

« Quand on voit ce qui se passe au Yémen, il est important que les États-Unis prennent position », a déclaré au moment du vote Eliot Engel, élu démocrate à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.

Des résolutions bloquant 22 ventes d’armes sont déjà passées au mois de juin par le Sénat, contrôlé par les républicains, et doivent maintenant obtenir l’aval de la Maison-Blanche. Le président Trump devrait y opposer son veto, le troisième de sa présidence.

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Il faudrait alors aux deux chambres du Congrès une écrasante majorité des deux tiers pour outrepasser ce veto. Cette option est toutefois peu probable, car elle nécessiterait qu’une cinquantaine d’élus qui n’ont pas voté le blocage mercredi choisissent de voter contre le veto présidentiel.

Le 13 mai dernier, le New York Times avait donné les contours du futur déploiement américain dans le Golfe. Selon le journal, 120 000 soldats devraient être déployés pour contrer l’Iran en cas d’attaque de Téhéran contre les alliés des États-Unis ou si le programme nucléaire devait reprendre.

Les plans du Pentagone, d’après les responsables interrogés par le Times, « n’appellent pas à une invasion terrestre de l’Iran, qui exigerait nettement plus de troupes ». Le journal souligne en outre que le plafond de 120 000 soldats « approcherait de la taille de la force américaine qui a envahi l’Irak en 2003 ».

​​​​​​L’armée américaine dispose de nombreuses bases dans la région, encerclant littéralement l’Iran. Sa base navale à Bahreïn est l’une des plus importantes, alors que la base aérienne d’al-Oudeid, au Qatar, est la clé de voute du dispositif aérien américain.