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L’histoire des militantes dénudées par la police avive la colère en Algérie

Alors que la police opte pour plus de fermeté lors des manifestations, quatre militantes ont été dénudées par une policière lors d’une garde à vue à Alger, dans la nuit de samedi à dimanche
Le dimanche 14 avril, pendant un rassemblement au centre d'Alger (AFP)
Par -
ALGER, Algérie

« La policière m’a dit qu’il fallait que je me dénude, complètement, que c’était la procédure… Elle m’a ensuite demandé d’enlever même ma culotte, d’écarter les jambes… et elle a fouillé, là. Je suis restée dans cette position durant un quart d’heure ».

Le témoignage vidéo de cette jeune fille dénonçant une « fouille au corps » de la police dans la nuit du 13 au 14 avril dans un commissariat de la banlieue d’Alger a créé une onde de choc.  

Des femmes déshabillées dans un commissariat

Le récit de Amel, une des manifestantes arrêtées devant la grande poste, le 13 avril, puis, fouillée jusqu'à être ... déshabillée complètement dans un commissariat.

Posted by Interlignes Algérie on Sunday, April 14, 2019

Retour sur ce drame : en fin de journée samedi, plusieurs militants du Mouvement démocratique et social (MDS, gauche) et du Rassemblement action jeunesse (RAJ, association) tentent de se rassembler sur l’esplanade de la Grande Poste, à Alger, au lendemain des tensions qui ont marqué la grande manifestation du vendredi contre le système. 

La police a tenté, selon plusieurs témoignages sur place, d’intervenir à coups de canon à eau et de gaz lacrymogènes pour disperser de force les foules. Les policiers attendaient cette vingtaine de militants du MDS et de RAJ devant la Grande Poste, un des épicentres de la contestation ces dernières semaines. 

VIDÉO. Interpellation musclée de militants de l'association RAJ devant la Grande poste. Un rassemblement prévu à 17h a été empêché, selon l'association.

VIDÉO. Interpellation musclée de militants de l'association RAJ devant la Grande poste 🔴 Suivez notre Direct ➡ http://bit.ly/2Z8r0kL

Posted by TSA - Tout sur l'Algérie on Saturday, April 13, 2019

La police a d’abord embarqué ce groupe de militants, filles et garçons, dans des fourgons, direction la Sûreté de daïra (sous-préfecture) de Baraki, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Alger. Ils n’ont été relâchés que vers 1 h du matin.

Viré forcé entre potes. Bravo et merci à vous toutes et tous. Sincèrement. Vous avez étais, simplement formidable. Respect.

Posted by Hakim Addad on Sunday, April 14, 2019

Amel, une des jeunes filles arrêtées, témoigne au quotidien El Watan : « Nous étions quatre femmes, deux militantes du MDS et deux autres de RAJ. Les policiers nous ont fait entrer dans une pièce, l’une après l’autre. Quand je suis entrée, j’ai trouvé une femme en civil qui m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé et lui ai demandé sa carte professionnelle [de police]. Elle m’a répondu : ‘’Laissez-moi faire mon travail’’. Et quand j’ai résisté, elle a menacé d’appeler les autres policiers pour me dévêtir… Lorsque j’ai enlevé mes habits, elle m’a demandé d’écarter les jambes, avant de commencer, sans gants, à fouiller mes parties intimes ».

L’humiliation de trop… Ce qui s’est passé hier, au commissariat de Baraki, ne doit en aucun cas rester sans suite....

Posted by Semiane Sid Ahmed on Sunday, April 14, 2019

Inès, une autre miliante, donne ce témoignage à TSA : « Un agent femme, en civil, est venue. Elle nous a prises une à une dans une chambre isolée. Elle m’a demandé de me déshabiller intégralement. Je lui ai dit : ‘’Pourquoi ? Je n’ai rien fait de grave’’. Elle m’a répondu : ‘’Ne m’apprends pas mon travail, enlève tes habits et ne me parle pas’’ ».

Ces témoignages rendus publics dans la journée de dimanche, d’abord sur les réseaux sociaux puis sur plusieurs médias, ont suscité une vague d’indignation.

Le Collectif des femmes algériennes pour un changement vers l’égalité a dénoncé dans un communiqué : « Ce pouvoir ne réussira pas à empêcher les femmes algériennes de prendre part à ce mouvement national. Malgré toutes formes de violences et d’oppression, les femmes algériennes n’ont raté aucun appel à la lutte pour une Algérie libre et émancipée ». 

« D’aucuns soutiennent que la fouille est légale, nous leurs répondons qu’encore une fois, nous assistons à des pratiques barbares légitimées par la loi d’un pouvoir autocratique », relève le collectif féministe.

Ce qui s'est passé dans le commissariat de Baraki porte un nom: c'est une OFFENSE au MVT du 22 février, un viol des...

Posted by Ghania Mouffok on Monday, April 15, 2019

Pour l’écrivain Kamel Daoud, « le but est d’humilier, écraser, faire peur. C’est un scandale que des décennies de répression et d’État policier ont banalisé dans les mentalités ». 

« Le but est d’humilier, écraser, faire peur »  

- Kamel Daoud, écrivain

« La police algérienne, même s'il ne faut jamais généraliser à toutes ses recrues, est ‘’formée’’ pour traiter les civils comme une menace, un désordre, une plèbe. Ce corps, comme d’autres, reproduit, sans en prendre conscience parfois, le mépris du régime pour les Algériens et surtout pour ses élites. Ce policier croit même que c’est le seul schéma de comportement possible. Quand un Algérien a une arme et une casquette, il reproduit souvent le comportement de celui qui l’a écrasé pendant des siècles », écrit l’écrivain sur son mur Facebook. 

Ces développements interviennent alors que l’on sent, à Alger, un raidissement de l’attitude des forces de l’ordre. Dès mardi dernier, la manifestation hebdomadaire des étudiants dans la capitale a été réprimée en début de matinée quand la police a procédé à des interpellations musclées.  

Ce lundi, la police a « démenti » les cas de « maltraitance » des quatre militantes, mais reconnaît qu’elles ont été soumises à « une fouille corporelle, en présence d’une policière ». « Cette procédure conservatoire vise à délester la personne de toute matière ou outil qu’elle utilise contre elle-même ou un tiers », selon la police.